‹ Les prologues de TérenceChapitre 127 sur 143 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Ce que nous avons étudié jusqu'ici dans les prologues de Térence, c'est d'abord l'introduction du drame, introduction d'un genre si original, ensuite la source abondante de renseignements sur la carrière, le caractère et le talent du poète. Nous ne les avons pas encore considérés en eux-mêmes, au point de vue de leur valeur littéraire. Leurs rapports avec le drame nettement définis, leur matière examinée en détail, il convient donc maintenant d'y chercher l'art, l'art oratoire; car ce sont, nous l'avons déjà dit, de véritables plaidoyers. Comme un accusé, au sens juridique du mot, se défend devant les juges compétents par l'organe d'un avocat, Térence, qui se trouvait sous le coup de griefs dont l'appréciation ressorlissait au public, chargea le personnage du prologue de plaider sa cause devant ce tribunal. Il a fait lui-même de fréquentes allusions à cette analogie de situation, par l'emploi de termes techniques empruntés au langage judiciaire : il a appelé le prologue « oratio », le personnage, « orator, actor »,'ses ennemis, « adversarii », la question en débat, « causa », le public, «judices », la décision du public, «judicium », etc. * !Si les prologues sont des plaidoyers, il faut en faire l'étude littéraire suivant la méthode classique de l'analyse oratoire, c'est-à-dire qu'il faut y étu-

1 Cf. Hemt.in'ol. 11-15 ; 41 ; - Hec. pr . ait. \;!û ; — iAd. pr. 2-4,

dier successivement l'invention, la disposition et le style'. Voilà certes un aspect intéressant du talent de TL'rence,et trop peu connu ; car ce talent on le cherche plus volontiers, comme il est bien naturel, dans les pièces que dans les prologues ; le poète dramatique absorbe toute l'attention au préjudice de l'orateur. Nous allons rendre à celui-ci l'hommage qu'il mérite et que les historiens de l'éloquence romaine ne songent pas à lui décerner.

Pour atteindre son but, qui est le gain de sa cause, l'avocat, d'après les auteurs de traités de rhétorique ^, peut produire et combiner trois efiets : convaincre les juges, gagner leur sympathie, émouvoir leurs passions. Les deux premiers sont de mise dans toutes les affaires ; mais le troisième, le pathétique, ne convient qu'à celles qui ont assez d'importance pour passionner les juges; l'essayer dans une cause qui n'a point ce caractère, c'est non seulement perdre sa peine, mais encore courir le risque du ridicule 3. Un premier mérite de Térence est d'avoir compris que, dans le procès de ses comédies, il ne devait pas y avoir recours. L'intérêt capital qu'il attachait à leur succès ne Ta pas aveuglé : il a senti que pour le public romain l'affaire n'avait qu'une importance minime. Aussi, sans tenter de faire jouer les grands ressorts des passions, a-t-il employé tous les efforts de son invention à chercher les moyens de prou-

1 Les remarques sur l'art oratoire de Térence abondent dans le commentaire de Donat ; c'est à ce point de vue spécial qu'Eugraphius s'est placé dans le sien : « Cum omnes poctœ virtutem oratoriam semper versibus exseqiiajitur, tum magis duo \lri apud Latûios, Virgilius et Te • rentius. Ex quHus, ut suspiclo nostra est, viagis Terentli vlrtus ad rationem rhetoricœ artis accedit : ciijus potentiam per singulas comœdias, ut possnmus, explicabimus. »

2 Cf. surtout Cic, De Orat. IL

3 Cf. iiid. 51, 205 : « Nam neqiie parvis vi rébus adliibendœ surit hce Mcendi faces-,, t

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