CHAPITRE PREMIER
rien de bizarre dans l'aspect du prologue, et la bévue se perpétua.
Après notre correction, « primumquod venieloquar » porte sur les vers 4-9. Le contenu en est-il de telle nature qu'Ambivius puisse dire qu'il est venu pour les prononcer, donnant à entendre par là qu'il ne s'est cliargé du prologue que par surcroît? Oui, car ils sont consacrés à l'annonce préliminaire, à la pro?iu7itiatio tituli, incomplète et irrégulière ici. Or, nous insisterons plus tard sur ce point, l'annonce complète et normale était faite par le directeur, du haut de la scène, avant le prologue ; l'annonce était ce pour quoi le directeur paraissait à ce moment sur le théâtre. Une fois par exception Ambivius cumule avec sa mission de directeur le rôle de personnage du prologue ; mais, cette fois-là même, il est surtout et avant tout directeur, il vient surtout et avant tout pour la pronuntiatio tituli. Et il y avait pour lui urgence à la faire, encore plus qu'à fournir les raisons de son apparition sous un aspect inattendu, puisque d'ordinaire le public était renseigné avant le premier vers du prologue. Comme elle devait tenir en peu de mots, elle ne ferait pas longtemps attendre à l'impatience des spectateurs l'explication déjà promise d'un choix tout exceptionnel. Cette explication se trouve dans les vers 11-15, annoncés par « id deinde dicam ». Quant au vers 10, il forme une transition dont on comprend la force très accentuée, puisqu'elle sépare, non pas une digression d'un développement principal, mais bien deux développements principaux. Ce qui suit, à partir du vers 10, constitue le prologue proprement dit, le plaidoyer en faveur de Térence. Il n'est pas annoncé dans la division du vers 3, et n'avait nul besoin de l'être ; les attributs^ portés par Ambivius étaient une annonce assez claire. Tout s'arrange donc par un simple déplacement de deux mots, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à des moyens extrêmes '.
1 M. Dziatzko a renoncé lui-mOmc, au moins en partie, à son aventureux système. Dans sou édition de Térence (Tauchnitz, 1884), il maintient la
C'est à M. W. Ihne ' que revient la hardiesse d'avoir signalé une lacune après le septième vers du premier prologue de VHécyre, et son opinion a fait école-. Pour moi, je considère ce texte, dans Tétat où nous le possédons, comme entier et complet -^ Que peut-on, en elTet, lui reprocher? Le trouve-t-on trop court par rapport aux autres prologues de Térence ? Mais il ne faut pas oublier que la deuxième représentation de VHécyre ne fut pas isolée, qu'elle eut lieu, ou plutôt fut tentée, aux mêmes jeux que la première des Adelphes et, selon toute vraisemblance, après le succès de la pièce nouvelle. Térence avait dit aux spectateurs, dans le prologue des Adelphes, tout ce qu'il avait à leur dire soit de particulier "* à cette comédie, soit de général ^ : il pouvait donc être très bref dans le prologue de VHécyre. Mais ne devait-il pas recommander avec insistance l'œuvre si dédaigneusement accueillie d'abord ? Non, ce jour-là sa tactique était tout autre : il ne voulait pas avoir l'air de mendier une attention bienveillante, il payait d'audace. D'ailleurs, le succès tout récent des Adelphes pouvait bien passer à ses yeux pour la plus efficace des recommandations. Le sens donné par le texte actuel n'est-il pas acceptable ? demande-t-il à être changé ou au moins modifié par une suite au vers 7 ? C'est l'objection qui ressort du com-
suppression des vers 7-8-9 de la vulgate ; il fait suivre le v. 3 des v. 11.15, et ceux-ci des vers 4-6 ; après lesquels il suppose une lacune ; puis viennent les V. 16 sqq. Le vers 10 est rejeté parce que « sine dubio,j}ost(iuain V. 7-9 irrepserunt, ad transitum faclenduvi confictus est » (p. XXIII). Bouleversement inutile. Cf. une restitution analogue de M. L. Havet ; Rev. de PUlol. 1886, p. 12.
1 Qiiœst. Terent. ; dans les Sent, controv. annexées à la thèse.
2 Dziatzko, oj). cit. 10. (C'est dans cette lacune qu'il fait entrer les vers 7-9 du prol. de VHeaut) ; et Rh. Mus. XXI, 474. — W. Wagner, FlecTi. Jalirh. 91 ; p. 284. — Dans son éd. de Térence, Fleckeisen a marqué cette lacune, etc .
3 Umpfenbach, l'auteur de l'édition critique de Térence, ne croit pas non plus à cette lacune. N'ayant pu me procurer sa dissertation {Aïial . Terent.), j'ignore quelles raisons il a fait valoir.
* V. 1-14 de ce prol.
'^ Y. 17-21, ibid.