‹ Les prologues de TérenceChapitre 14 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

menceraent de restitution proposé par M. Ihne ; « In Hecyrœ prologo j^riore, qui in fine mancus est, verba sunt conjungenda ita : No7i oh eam rem voluit iterum referre, ut iterum posset vendere, sed... — Si Térence fait représenter de nouveau son Hécijre, ce n'est pas qu'il ait voulu la vendre et en toucher le prix une seconde fois, c'est pour une autre raison ». Mais on ne peut construire et expliquer ainsi cette phrase sans torturer le texte et faire violence aux lois de la langue latine. Elle ne peut raisonnablement fournir qu'un seul sens : « L'auteur de la pièce n'a pas voulu qu'elle fût de nouveau présentée au public (immédiatement après l'échec et pendant les mêmes jeux), afin de pouvoir la vendre de nouveau (pour d'autres jeux). » Dans cette déclaration que trouve-t-on de choquant? Répugne-t-on, comme Guyet, à mettre sur le compte de Térence l'aveu formel d'un sentiment si peu désintéressé ? Nous avons dit plus haut pourquoi nous sommes persuadé, avec Donat, que Térence l'a réellement fait. Ou bien paraît-il invraisemblable que Térence, aussitôt après son échec, ait conçu l'espoir de revendre sa pièce et que plus tard il ait osé afficher une pareille prétention? Qu'un drame comme V Eunuque, accueilli dans sa nouveauté par un succès exceptionnel, ait été redemandé à l'auteur et payé le prix d'une œuvre nouvelle, cela se conçoit. Mais pouvait-il jamais se trouver un donneur de jeux pour acheter VHécyre, déjà présentée au public qui n'en avait pas voulu ? Nous répondrons qu'on n'est pas obligé de croire Térence sur parole ; il n'a pas eu après son échec l'intention et la confiance qu'il s'attribue, mais il veut en imposerau public. Si VHécyre n'a pas reparu depuis, c'est en réalité que l'accès de la scène lui est resté fermé. Arrivent les jeux funèbres de Paul-Emile, dont l'un des fils est Scipion Emilien, l'ami de Térence. Pour faire plaisir au poète, il inscrit VHécyre au programme de ses fêtes : il va sans dire que Térence accepte sans réclamer ses droits d'auteur.

Mais qui l'empêche de faire accroire au public que la pièce a été revendue et qu'il y avait bien compté ?

Nous venons de défendre, sur deux points importants, le texte des prologues contre des entreprises téméraires. Les discussions critiques de détail, qui trouveront place dans la suite de celte élude, nous fourniront d'autres occasions de prendre parti pour la tradition contre d'inutiles hardiesses. En somme, les prologues de Térence, à peu près exempts des altérations qui entachent beaucoup de textes anciens, nous sont parvenus dans un état presque parfait de pureté.

Il est important pour nous de classer les prologues de Térence dans leur ordre chronologique. Nous devrons en effet nous demander plus loin quel emploi il a fait du prologue; recueiihr et coordonner les renseignements que, dans ces curieux morceaux, il nous fournit lui-même en abondance sur sa carrière ; enfin, apprécier les mérites littéraires qui distinguent cette partie de son œuvre. Nous ne pourrons pas placer nos documents dans un ordre quelconque : ce serait en altérer la valeur relative. Pour avoir une idée juste des variations que Térence fît subir à sa manière selon les nécessités du moment et les conseils de la pratique théâtrale, pour tracer une image exacte de sa vie poétique, pour signaler dans ses prologues le progrès de ses qualités oratoires, il est indispensable d'en établir d'abord aussi solidement que possible la chronologie. D'ailleurs, même si celte question, par les conséquences qui se déduiront de la solution, n'était pas d'un intérêt fondamental pour notre sujet, elle vaudrait bien en elle-même la peine d'être examinée de près, parce qu'elle se pose depuis longtemps à la curiosité philologique comme un dilFicile problème.

Page 1