‹ Les prologues de TérenceChapitre 135 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

dangereux, il prépare les auditeurs à écouter sans murmure les attaques auxquelles le poète, toujours dans le cas de légitime défense dont il vient de revendiquer les droits, va se livrer tout de suite. En effet, le dernier vers de l'exorde est lié, même grammaticalement, au premier vers d'une longue digression ' composée de critiques et de menaces contre Lascius, dont le but est de le déconsidérer comme poète et comme homme. Par une habile transition, Térence arrive ensuite à l'accusation lancée contre V Eunuque-, ii l'introduit comme un cas particulier de la conduite malveillante de Luscius à son égard. Avec la même intention de déconsidérer son adversaire dont il fait ressortir la brutalité, il raconte ^ la scène de la répétition et met ainsi ses auditeurs au courant de l'accusation. Le récit, dans sa vive précision, n'omet aucun détail intéressant : par exemple, la présence des magistrats, circonstance qui aggrave les torts de Luscius, du calomniateur, est soigneusement notée. La narration se termine par la proposition ^, que Térence met dans la bouche de l'accusateur lui-même :

i Colacem esse Nsevi et Plauti, veterem fabulam, Parasiti personam inde ablatam et militis. »

Térence est donc accusé par Luscius d'avoir pillé ses devanciers : il se disculpe de ce chef' en affirmant qu'il a pris les personnages en question dans le Colax grec et qu'il ignorait l'existence du Colax latin. C'est la première partie de la réfutation ; il y en a une seconde •"'. Car le grief de plagiat écarté, reste l'accusation subsidiaire d'avoir donné du vieux pour du neuf. Cette accusation, Térence s'est bien gardé de la formuler dans la proposition ; il espère que, pour beaucoup de spectateurs, elle ne se dégagera pas nettement de la principale, et il estime qu'il serait naïf de les aider à l'apercevoir. Mais, d'un autre côté, beaucoup certainement Pont distinguée, et, pour ceux-là, il la combat en établissant une habile confusion entre ce qu'il a fait et d'autres choses qu'on a évidemment le droit de

faire, que les anciens ont faites bien des fois. Il a réservé ce dernier argument, le plus décisif, pour la fin, selon le précepte des rhéteurs. Nous sommes déjà sur la frontière de la péroraison : ici pas d'instantes prières, une simple invitation au silence, la confiance que donne la certitude d'un acquittement.

La disposition de ce prologue est moins classique, plus originale que celle du précédent. La moitié de la proposition n'est pas formulée, nous avons dit pourquoi, et, surtout, entre l'exorde et la narration, dans ce premier joint du discours, se place une digression. Pourquoi là plutôt qu'entre la confirmation et la péroraison, à l'endroit classique, comme dans le prologue de VAndrienne ? C'est une hardiesse de tactique. Le grief que Térence doit repousser est grave ; les moyens de réfutation qu'il peut produire ne sont pas en somme bien solides. Il éprouve donc le besoin de chercher, avant d'en arrriver là, à dépouiller l'accusateur de toute autorité. Dans ce prologue encore, nous remarquons que l'étendue relative des parties est sagement proportionnée à leur importance actuelle. La digression et la confirmation se distinguent par leur longueur : c'est que Térence attachait un grand prix à refi"et de l'une ; quant à l'autre, il voulait dissimuler sous l'abondance de l'expression la pauvreté des arguments, il voulait parler beaucoup pour faire accroire au public qu'il avait beaucoup à dire.

Dans le prologue de V Heautojitimorumenos , l'exorde ' joue le même rôle que dans celui de VAndrienne : il explique aux spectateurs une dérogation à l'usage, dont ils doivent être informés tout de suite : l'apparition imprévue du vieil Ambivius en Prologus. Mais il comprend une autre partie- que l'on ne rencontre pas habituellement dans les prologues de Térence, la pronuntiatio tituli, présentée ici .avec une habileté que nous avons déjà fait ressortir. Il est (donc doublement indispensable : il prévient la surprise léigilime du public, il le munit des renseignements prôlimi-

1 V, l-lp.- 2 V. 4-9.

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