‹ Les prologues de TérenceChapitre 136 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

naires. En ce qui concerne la position relative des deux parties de Texorde, nous avons déjà dit pourquoi Térence avait placé l'annonce avant les explications d'Ambivius : il se hâtait de l'amener, parce qu'elle était déjà en retard sur son moment normal. De l'exorde à la confirmation, le passage se fait sans secousse : Ambivius est venu, dit-il, pour plaider la cause du poète, et il se met à la plaider. Il répond rapidement ' aux deux griefs de contamination et de collaboration : à l'un par une affirmation très énergique du droit de Térence, fondé sur de bons précédents ; à l'autre par un acte de confiance en l'appréciation du public. Dès ce moment commence la péroraison, qui est bientôt interrompue par une digression 2 contre la sottise de l'adversaire, puis elle reprend son cours ; dans la partie antérieure à la digression, Ambivius appelle la bienveillance des spectateurs sur les poètes qui leur procurent des pièces nouvelles irréprochables ; dans celle-ci, il réclame l'impartialité et le silence pour lui-même qui les mérite bien.

On est vivement frappé d'abord de !a longueur de cette péroraison, qui forme à elle seule, sans tenir compte de la digression qu'elle englobe, presque la moitié du prologue. Mais, à la réflexion, on trouve cette anomalie très naturelle : c'est précisément en vue de cette péroraison, pour mettre en avant les motifs de recommandation tirés de la personne d'Ambivius, que Térence a chargé le vieillard du rôle de Prologus, et il ne cherche pas à dissimuler, contrairement à la règle donnée par les rhéteurs ^ et à son propre usage, que le plaidoyer a pour but de gagner la sympathie des juges bien plus que de les éclairer. On conçoit aussi la longueur de l'exorde : il a ici une importance considérable et il est augmenté de l'annonce. Par

■ 3 Cic. ibid. 77, 3\0 : « Quoniam... tribus rébus homi/ics ad nostram eententiam 2}L'rduciinus, mit docendo aut coriciliando aut permorendoj una ex tribus his rebiis res prœ nobis est fercnda, ut nihil aliud nisi do^' cere velle videamur ; reliquœ duœ, siouti sanguis in C07-2wribus, sic illce in perpetuis orationibus fusœ esse debcbunt. »

contre, la confirmation est très courte : il devait en être ainsi, puisque l'un des griefs, déjà exploité par l'accusateur, est repoussé par le même argument, et que l'accusé ne veut pas discuter l'autre. Irrégulier par les proportions anormales des parties, ce prologue l'est également par la situation de l'une d'elles, la digression, qui se trouve, non dans un joint du discours, mais au cœur de la péroraison, et par la suppression d'une autre, la narration. L'inutilité de celle-ci était évidente : les spectateurs savaient déjà ce qu'il fallait entendre par contaminer ; il n'y avait pas lieu de leur expliquer longuement ce que c'était qu'une collaboration. Quant à la place de la digression, elle a été déterminée par le désir de ménager un contraste, tout à l'avantage de Térence, entre ce poète pour lequel Ambivius réclame la faveur du public, et cet autre poète, l'accusateur, pour lequel il ne la réclame pas.

Le prologue du Phormion débute' par la constatation de l'acharnement que Luscius met à poursuivre Térence de ses attaques. En comparant cet exorde à ceux des trois prologues précédents, on est frappé de son peu de relief et de sa concision : c'est un simple début plutôt qu'un exorde. Térence, n'ayant aucune idée importante à placer en tète de son discours, n'avait qu'à aller droit au sujet. C'est ce qu'il a fait en rapportant, dès le quatrième vers, l'une de ces calomnies dont il vient de dire que son adversaire le harcèle. Il en rapportera tout à l'heure ^ une seconde ; car dans ce prologue, comme dans celui de V Heautontimorumenos et dans celui des Adelphes, la proposition et la confirmation sont doubles. La réponse au premier grief a ceci de remarquable qu'elle est une attaque, non une défense, suivie d'une courte digression ^ destinée à déconsidérer l'accusateur : il importait ici d'insister sur ses défauts, d'amoindrir sa personne, parce qu'on ne faisait pas de réponse directe et dicisive à son grief. Par une rédaction habile de la seconde proposition, Térence élude, dans le grief

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