‹ Les prologues de TérenceChapitre 137 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

relatif à la nature de ses prologues, le reproche de stérilité, qui est l'essentiel, et met en vedette un reproche de médisance contre lequel il aura beau jeu. Pour que le public n'ait pas le loisir d'apercevoir la supercherie-,, il absorbe toute son attention au moyen d'une longue et éloquente tirade ' sur le droit de légitime défense. Il n'y a de narration ni avant l'une, ni avant l'autre des deux parties de la confirmation : les faits incriminés pouvaient, sans préjudice pour la clarté, se formuler en quelques mots. Vient ensuite la péroraison, assez développée, car elle a une importance particulière : Térence y fait allusion au premier échec de VHécijre ^. C'est là un point délicat auquel il n'arrive pas d'emblée : il tourne quelque temps autour, donnant dans une petite digression la raison du changement de litre qu'il a fait subir à l'original ; dès qu'il y a touché, il s'empresse de le quitter pour faire allusion aux succès remportés depuis. En somme, dans ce prologue il faut remarquer, relativement à l'ordre des parties, l'absence de la narration et la place des deux digressions ; relativement à leur étendue, la concision de l'exorde, l'ampleur de la confirmation et de la péroraison, qui sont l'une et l'autre construites avec beaucoup d'art.

L'exorde •* du prologue des Adelphes appartient au genre simple ; mais avec cette simplicité, quoiqu'il n'ait pas l'allure insinuante de ceux de YAndrienne et de V Eunuque, il est très adroit : c'est sans faire paraître la moindre inquiétude au sujet de l'arrêt du public, que Térence déclare venir se dénoncer lui-même. Suit la narration '*, qui contient la dénonciation promise : les faits y sont nettement exposés dans leur vérité, et il en résulte que le poète n'est pas coupable du plagiai qu'on lui impute. La seule narration suffit à anéantir le grief. Pas de proposition explicitement formulée, pas de confirmation; tout cela eût été inutile. Entre les deux termes de l'alternative que Térence pose dans la conclusion de son récit :>, les juges ne sauraient hésiter. Mais

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voici une seconde partie du plaidoyer', que l'exorde, visant spécialement la première, ne faisait pas clairement prévoir : il s'agit d'un autre reproche, général celui-ci, le reproche déjà connu de collaboration ; Tôrence, sans le réfuter plus que la première fois, en tire un avantageux parti pour se grandir dans l'estime du public. Il fait ensuite une courte digression ^ sur l'absence de V argumentum : nous en avons dit depuis longtemps ^ le sens et la portée : il faut y voir une allusion au reproche relatif à la matière des prologues. Térence, qui l'a déjà éludé dans le prologue du Phormion, ne veut pas davantage y répondre franchement ici. Il lient pourtant à faire sentir aux lettrés qu'en cette question il peut se prévaloir d'un précédent : Piaule a supprimé un jour V argumentum ; et il cite à peu près textuellement l'excuse donnée ce jour-là par Piaule. Sa péroraison, très simple comme l'exorde, est un bref appel à l'impartialité. Ce qu'il y a de remarquable dans la disposition de ce prologue, c'est le rôle que Térence fait jouer à la narration : elle sert à la fois de narration proprement dite et de confirmation, et, en guise de conclusion, elle amène non pas la proposition ordinaire, mais pourtant une sorte de proposition déjà résolue dans le sens favorable au plaidant.

Le premier prologue de VHécyre n'est pas, à vrai dire, un discours : c'est plutôt un avis au public, en deux parties : la première explique l'échec immérité que la pièce a déjà subi ; la seconde, le délai qui a séparé cet échec de la reprise. Comme entrée en matière, le nom de la pièce, que les spectateurs n'apprirent pas ce jour-là par l'annonce ordinaire ; comme conclusion, une exhortation à ne pas priver celte comédie du bon accueil fait aux autres œuvres du poète. Les deux explications qui composent ce petit morceau sont, dans leur brièveté, des modèles d'art oratoire.

Le second prologue est bieu un vrai discours, le plus original, le plus parfait qu'ait écrit Térence. L'exorde'',

1 V. 15-21. — 2 V. 22-24. - s Cf. ch. 2, parag. 2. - * V. 1-5,

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