CHAPITRE QUATRIÈME
part de celles que la subtilité des rhéteurs a distinguées se trouvent représentées dans les prologues. Il y a V antistrophe ou conversion : deux membres de phrase se terminant par le même mot :
Qui cum hune accusant, Naevium, Plautum, Ennium Accusant. . , . (^And. pr. 18 sq).
date crescendi copiam,
Novarum qui spectandi faciunt copiam ; {Heaut. ^w. 28 sq).
Vanadiplose ou réduplication : un membre de phrase commençant par le mot qui termine le précédent :
. . . . ita eam oppressit calamitas ; Eam calamitatem . . . . {Hec. pr, ait. 22 sq).
Vantanaclase ou répétition d'un même mot dans une situation identique à celle-là, mais avec deux sens différents :
Si id est peccatum, peccatum imprudentia est; {Eun, pr, 27).
la polyptote : le même mot revenant plusieurs fois dans la phrase sous différentes formes grammaticales :
Qui utramvis recte norit, ambas noverit. . . . {And.])r. 10).
Mea causa causam hanc justam esse (Jleaut, pr, 41).
Existimavit esse, sic existimet. . . . {Eun. pr. 5).
Minus multo audacter, quam nunc Isedit, Isederet {Ph. 2)r. 11).
Je ne prétends pas avoir cité tous les cas de répétition qui ornent les prologues : je n'ai donné que quelques exemples ; pour être complet, il faudrait reproduire ici presque la moitié du texte. A côté des répétitions, il y a les paronomases, très nombreuses aussi, c'est-à-dire, l'emploi calculé, dans une phrase, de deux ou plusieurs mots, ayant un son semblable, sans avoir même sens, composés le plus souvent du même simple, ou dérivés de la même racine :
Quorum aemulari exoptat neglegentiam,
Potiusquam istorum obscuram diligcntiam. . . {And. pr. 20 sq).
. . .desinant Maledicere, malefacta ne noscant sua... {Ibid. 22 sqj. Orator ad vos venio omatu prologi :
Sinite exorator sim. . . CHec. pr. ait, 1 sq.)
.... Qua re omnes vos oratos volo ,
Ne plus iniquom posait quam sequom oratio... {Ileaut.pr. 26 sq). Quare sequom est vos cognoscere atque ignoscerc, Quae vetercs f actitarunt si faciunt novi .... {Exm, pr. 42 sq).
et beaucoup d'autres. Avec la paronomase nous touchons à V allitération^ nous sommes sur les confins du style oratoire et du style comique. Signalons en dernier lieu le chiasmus, ou construction en croix, dont le prologue du Phormion fournit à lui seul plusieurs exemples, parmi lesquels celui-ci :
Tenui esse oratione et scriptura levi. . . (v. 5).
Sans doute ces figures ne sont pas exclusivement propres aux prologues ; on les retrouve en général dans les comédies, mais beaucoup plus rarement. Térence les a prodiguées dans les prologues, parce que, sans leur communiquer un éclat et une grandeur qui n'eussent pas été de mise, elles leur donnaient un aspect oratoire très manifeste. Ajoutons à ces caractères du style ceux de la disposition, dont nous avons parlé plus haut, et nous aurons la somme des moyens que Térence mil en œuvre pour faire de ses prologues des plaidoyers par la forme, comme ils en étaient par le fond.
Cependant le style des prologues a une évidente parenté avec celui des comédies. Le fond du vocabulaire est le même : à pari quelques termes juridiques dont nous avons parlé et d'autres termes, un peu plus nombreux, forcément empruntés à la langue technique du théâtre, on n'y trouve que les mots et les façons de parler du langage quotidien. Les images sont également populaires : « Animum adpellere, lœdere, nomen profiteri, palma in medio posita, locum restituere, tutari locum, sedare cala7nitatem, circumvenire . » Ça et là une pensée à tournure proverbiale :
Faciuntne intellegendo, ut nihil intellegant? {And. pr. 17). Nulliim est jam clictum, quod non dictum sit prius. {Euii.pr. 41). Quod ab illo adlatum cst^ sibi esse id relatum putet. (J*A. ^r, 21).
Ajoutons à tout cela plusieurs particularités de construction, qui sentent aussi le langage familier : la suppression très fréquente des pronoms sujets et régimes ; exemple :
Nam quod rumores distulerunt malivoli Multas contaminasse Grîecas, dum f acit Paucas Latinas .... ; {Reaut, pr, 16 sqq)