CHAPITRE PREMIER
accusations ^ D'ailleurs, de quel droit son adversaire l'auraii-il chicané plus lard ^ sur la composition de ses prologues, s'il avait mérité les mêmes reproches, et le premier ? Enfin, des quatre derniers vers :
Favete, adeste œquo animo et rem cognoscite, Ut pernoscatis ecquid spei sit relicuom ; Posthac quas faciet de integro comœdias, Spectandœ an exigendîe sint vobis prius,
on a voulu conclure qu'avant la représention de VAiidrienne avec notre prologue, une ou plusieurs comédies de Térence avaient échoué ; on a dit que Térence, réduit presque au désespoir par ces revers, suppliait ici le public de ne pas agir comme il l'avait fait auparavant, de ne pas repousser la pièce avant delà connaître. Interprétation forcée qui ajoute au texte et veut lire entre les lignes. Pourquoi ne pas entendre tout naturellement ce que dit Térence ? « On a dit du mal de ma pièce ; je viens de la défendre ; à vous maintenant déjuger entre mes adversaires et moi. Soyez équitables ; prenez entière connaissance de la chose, et vous verrez après clairement si de moi vous pouvez attendre rien de bon, si les pièces que je ferai à l'avenir, il conviendra de les écouter ou de les repousser de prime abord. En un mot, faites-vous aujourd'hui une opinion sur mon compte etqu'elle vous serve de règle pour me juger dans la suite. » D'échecs déjà subis, soit par VAndrienne, soit par une autre comédie, pas un mot dans le prologue, non plus que dans les témoignages anciens qui signalent comme ayant échoué une seule pièce de Térence, VHécyre ; pas un mot dans le prologue du Phormion^, où il n'est également question que d'un échec de VHécyre. Serait-ce donc précisément à celui-ci que feraient allusion nos quatre derniers vers ? 'L'Andrienne^ jouée une première fois en 588, aurait plu au public ; puis serait venu l'échec de VHécyre. Pour reconquérir la faveur populaire, Térence aurait rerais sur la scène
1 Cf. Ewi.prol. 23; Hcant, 16-22; Ph. 12; Ad. 1 sqq.
2 PJi. 2)rol. 13 sqq. — 3 y. 31.
sa pièce précédemment applaudie^ lMncfrie;i«e. Combinaison invraisemblable: car, si Ton place entre l'échec deVHécyre et la représenlalion de VlIeaiUontimorumenos une reprise de VAndriennc^ à moins d'admettre que l'œuvre d'abord applaudie tomba alors, on ne saurait expliquer pourquoi Térence chargea Ambivius de prononcer le prologue de V Heautontimorumenos . Le but de cet artifice était évidemment de prévenir le retour d'un malheur, retour contre lequel aucun succès intermédiaire n'avait encore rassuré le poète ^ De plus, les vers :
Favete, adeste aequo animo et rem cognoscite, Ut pernoscatis ecquid spei sit relicuom . . .
démontrent que le public ne connaît pas encore d'un bout à l'autre VAndrie7i7ie ; ils ne peuvent s'entendre que dans l'une de ces deux hypothèses : ou bien la pièce, présentée pour la première fois en 588, ne put être complètement jouée alors et fut reprise plus tard avec le prologue actuel ; or nous avons prouvé que cela est tout à fait invraisemblable ; ou bien elle fut donnée en 588, dans sa nouveauté, avec notre prologue ; c'est le seul parti auquel on puisse s'arrêter.
Nous affirmons, en d'autres termes, que le prologue de VAndrienne est le premier prologue de Térence. Pris en lui-même, cette place lui convient très bien. Dans remploi du prologue, la manière de Térence se distinguera de celle qu'ont pratiquée ses devanciers : il fait connaître tout de suite aux spectateurs en quoi va consister cette différence. Il saisit aussi la première occasion qui lui est donnée de s'entretenir avec le public pour faire en quelque sorte sa profession de foi littéraire ; il se présente comme l'admirateur et le disciple des anciens: Névius, Piaule, Ennius ; il se place, lui adolescent humble et obscur, sous la protection de leur gloire et de leur popularité. Mais ce n'est pas assez
1 D'ailleurs, je démontrerai plus loin que l'ordre chronologique des pièces de Térence est le suivant : And., Eun., Hec... ., ce qui achève de rendre cette hypothèse inacceptable.