‹ Les prologues de TérenceChapitre 19 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

branche des manuscrits de Calliopius. Les didascalies de cet exemplaire donnaient d'ailleurs les mêmes indications numériques que les nôtres. Donat, prenant l'ordre des pièces dans le manuscrit pour leur ordre chronologique, voulut tout concilier en changeant les numéros. Il ne vit pas que le sixième rang ne pouvait convenir à l'Heautontimorumenos, à cause de l'époque des consuls ; il ne sentit pas tout ce que cette concordance parfaite entre l'ordre alphabétique et son prétendu ordre chronologique avait d'invraisemblable. Cependant on dirait qu'il a eu une hésitation la première fois qu'il a dû faire un changement de numéro, c'est-à-dire à propos des Adelphes; ce qui semble le prouver, c'est la formule qu'il emploie dans sa préface de la pièce : « Hanc dicunt ex Terentianis secundo loco aclam. » Pour les autres comédies il s'exprime d'une façon catégorique et affirme en son nom, tandis qu'il a l'air ici de rapporter l'opinion d'aulrui '. Comme il n'y a que le premier pas qui coule, quand il dut changer aussi le numéro de VEunuque, il n'éprouva plus le même scrupule. Quoi qu'il en soit de cette explication, qui nous paraît très plausible, il est certain que le tableau numérique de Donat est sans valeur.

Il ne convient pas non plus d'accorder trop d'autorité au premier tableau '. Voici pourquoi : les rédacteurs des didascalies actuelles, comme Donat dans ses préfaces, n'eurent en vue, sauf pour VHécyre, qu'une représentation de chaque pièce, la première, et prétendirent grouper les seuls renseignements qui s'y rapportaient : jeux, édiles ou autres donneurs des jeux, directeur de troupe, consuls de l'année.

1 D'ailleurs, tout le reste de sa notice sur les Adelphes est relatif à la représentation donnée aux jeux funèbres de Paul-Émile. Aussi peu clairvoyant que les auteurs de nos didascalies, dont les erreurs ne sont pas moins grossières, il n'a pas remarqué cette contradiction .

'■^ M. Dziatzko {Rh. M. XXI, p. G4 sqq.) prend au contraire les noms des magistrats pour base de sa chronologie. Cf. d'autres tentatives de classement, accordant toutes trop peu d'autorité aux indications numériques, dans Wilmanns, de didasc. Tcrent. — Wagner, Flvck.Jahrh. 'Jl, p. 288 sqq;— Paeckelmann, De ordine P. Ter.fab.

Mais, malgré leur bonne intention, ils ont commis un grand nombre d'erreurs manifestes; en sorte que nous retrouvons souvent, dans les didascalies de nos manuscrits aussi bien que clans les préfaces de Donat, des traces de reprôsentalions autres que la première. Ou bien les noms des magistrats sous lesquels fut jouée une comédie nouvelle sont confondus avec les noms des magistrats sous lesquels elle fut reprise : pour VAnd7'ien7ie, Donat nomme quatre édiles curules ; pour VEunuque, les manuscrits de Calliopius donnent trois consuls, taudis que le Bembinus désigne des édiles qui ne sont pas de la même année que ses consuls ; pour VHeautontimorume)ios , les deux consuls mentionnés par le Bembinus appartiennent à deux années diiïérentes. Ou bien même les noms propres récents ont, dans une de nos sources, tout à fait supplanté les noms propres anciens ; tel est le cas pour la didascalie du Phormion dans le Bembinus. Le désaccord assez fréquent des trois sources relativement au nom des jeux, et la présence presque constante de deux noms de directeurs sont encore des indices de l'influence exercée par les reprises sur la rédaction de nos didascalies. La rédaction primitive, celle que composèrent, peut-être au moyen de documents fournis par les exemplaires des chefs de troupe \ les grammairiens latins du milieu du VIP siècle, tenait sans doute compte, non seulement de la première représentation, mais aussi des suivantes ; et nos didascalies actuelles ne sont probablement que des extraits faits sans soin et sans intelligence par des grammairiens de l'époque postérieure, qui voulurent ne considérer que la première représentation. En tout cas, les erreurs sont évidentes et on a le droit d'en conclure que les renseignements nominaux ne méritent pas une confiance absolue. Ils démontrent seulement qu'une représentation a eu lieu sous les magistrats nommés et, si tous ces magistrats n'appartiennent pas à la même année, qu'il y a eu plu-

1 Eitsclil (Parcrga, 32 IJ attribue la rédaction primitive des didasc. à Varroru

Page 1