CHAPITRE PREMIER
l'anaée suivante. Il est vrai que le second rang reviendrait à VEunuque, même sMl avait paru immédiatement après, puisque ce ne fut là qu'un essai de représentation nul et non avenu ; mais il suffît de comparer le prologue de VEunuque avec celui de V Heautontimorumenos pour se convaincre qu'entre cette dernière comédie et l'échec de VHé^ cyre ne s'est point placé un succès.
Il résulte de notre classement que la production de Térence fut plus féconde à ses débuts que pendant le reste de sa carrière. A cela quoi de surprenant ? Il compose alors avec une ardeur toute juvénile qu'excite le succès ; ses œuvres, bien reçues du public, ne manquent pas d'acquéreurs. Mais le premier échec de VHécyre le refroidira et lui inspirera plus de circonspection. Il laissera passer deux années sans rien donner à la scène. Le bon accueil fait à VHeau' tontimorumenos ne suffira pas à le rassurer. Un nouveau délai de deux ans s'écoulera sans qu'il se risque encore une fois sur ce terrain, dont il connaît mieux maintenant les dangers et les surprises. La fécondité que nous lui attribuons n'a d'ailleurs rien en soi d'invraisemblable : six mois devaient largement suffire à la composition d'une fabula palliaia.
VEunuque fut repris en .593. Après quatre ans, le souvenir du succès éclatant que la pièce avait remporté lors de son apparition, était encore si présent et si vif, que les présidents des jeux ou leurs intermédiaires la redemandèrent au poète, sûrs qu'elle produirait autant d'eiïet qu'une comédie nouvelle, et qu'il la revendit comme telle, malgré sa qualité de pièce ancienne. Mais comment se fait-il que, dans les indications nominales de nos trois sources, il ne reste plus trace de la première représentation ? Pareille chose, bien que possible à la rigueur, n'est arrivée pour aucune autre pièce de Térence. Peut-être faut-il en chercher la cause dans ce fait, que VAndrienne et VEunuque parurent la même année. Les rédacteurs des didascalies actuelles, qui firent parmi leurs documents un choix si arbi-
traire, retrouvant eu tète de la seconde comédie des noms de magistrats qu'ils avaient déjà vus en tète de la première, crurent devoir les omettre et corriger ainsi une erreur. Les exemples d'omissions analogues ne manquent pas. Les deux reprises de VHécijre eurent lieu la même année que la représentation des Adelphes] les noms des consuls de cette année se sont conservés dans la didascalie des Adelphes et ne figurent pas dans celle de VHécyre. La reprise de V Eunuque et la première du Phormion sont Tune et l'autre de 593 ; les noms de tous les magistrats de la première représentation ont disparu de la didascalie du Phormicn dans le Bembinus, et Donat ne nomme pas les consuls de cette année dans la préface de VEunuque. Quoi qu'il en soit, la représentation de VEunuque, sur laquelle les didascalies et Donat nous fournissent la série ordinaire des renseignements nominaux, n'était qu'une reprise.
En ce qui concerne VHécyre, il faut rectifier une erreur du tableau numérique. D'aucune façon, VHécyre ne peut être considérée comme la cinquième pièce de Térence. Si le premier essai de représentation était valable pour le clasgement, elle devrait occuper la troisième place entre VEunuque et VHeautontimorumenos. Les grammairiens n'ont pas cru devoir en tenir compte. Dès lors le sixième rang est le seul qui convienne à VHécyre. En bonne règle, on n'aurait dû faire entrer en ligne que la représentation définitive, la troisième, qui fut postérieure de quelques mois à celle des Adelphes. Mais, même en comptant pour bon le second essai de représentation, on doit mettre VHécyre à la fin de la liste chronologique. Ce second essai fut en efi'et tenté aux jeux funèbres de Paul-Emile, où eut aussi lieu la première des Adelphes. Or, il est certain que les Adelphes précédèrent alors VHécyre sur la scène. Donner VHécyre .avant les Adelphes, c'eût été de la part du poète et du di- 4'ecteur une insigne maladresse ; à moins de vouloir tout compromettre, il ne fallait pas exposer la pièce nouvelle aux elfets de la mauvaise humeur que pouvait provoquer la pièce