CHAPITRE PREMIER
leuse satisfaction le succès éclatant de la pièce ? Cette attitude, contraire à la modestie caractéristique du prologue, eût été déplacée et nuisible. L'occasion était belle, unique de se soustraire à une besogne ennuyeuse : Térence en profita. Selon toute vraisemblance aucune autre pièce de Térence n'a été jouée deux fois de son vivant', et il n'a écrit que les sept prologues parvenus jusqu'à nous,
1 Nous avons déjà réfuté l'opinion de ceux qui croient à deux représentations des AdeIj)Ju's. — Quant à VHécyre, elle ne fut certainement portée sur la scène que trois fois, quoique Wilmanns (De âidasc. Terent.) tienne pour quatre fois : la 3^ et la 4= en 594, la 2° en 592, entre VEunuqne et le Pliormion. Ainsi Wilmanns s'explique les termes de la didasc. du Bemb. « data secundo ; relata est; tertio relata est. » L'argument qu'il produit à l'appui de cette opinon est tiré de l'allusion à un échec , qui termine le prologue du Pliormion, allusion qui ne se conçoit pas si l'échec datait alors de quatre ans. Nous avons déjà, à propos d'une autre question, réfuté cet argument. D'ailleurs si, entre ce prétendu second échec de VHécyre et la représentation du Pliormion, il n'y a pas eu un succès, comment entendre le vers :
Quem actoris virtus nohix restituit locum ?
Amdohr {o2). cit. 29), modifiant l'opinion de Wilmanns, place le second échec entre VHeauton. et VUiumquc, il produit aussi une nouvelle raison en faveur des quatre représentations de VHécyre : Donat dit dans la préf. de la pièce : « ...sœjje cxclusa liœc comœdia. . . », et dans VAuctariuin de la Vie de Ter.: a Hecyra scejJe exclusa vix acta est ; » sœpe n'a pu être mis pour i his » ; il se conçoit employé pour « ter. » Nous répondrons que Donat n'y regardait pas de si près, et la preuve en est dans la même préf. de Y liée, où il dit : ce In liao 2^^'ologus est multijjlex, » quoiqu'il n'en connaisse que deux. Dans sa scholie au v. 1 du 1«'" prol., il ne parle que de 3 représ, et place la 2' aux jeux funèbres de Paul-Emile. Le 2® prol. de VHéc. ne mentionne que deux échecs et le 2« est bien celui des jeux funèbres, puisqu'il fut causé par un combat de gladiateurs. Enfin le ton du prologue de VEunuqtie ne permet pas de supposer un échec entre VHeaut. et cette pièce : le poète, qui après un premier échec avait cru devoir invoquer l'appui extraordinaire d'Ambivius, aurait-il parlé avec tant d'assurance après un second échec ?
LE RÔLE, LE PERSONNAGE ET l'AGTEUR DU PROLOGUE DANS TÉRENGE
Pourquoi Téreoce écrivit- il des prologues? Quelles furent la raison d'être et l'iniportance de ces discours adressés de la scène au public avant la représentation de chaque comédie? Le moment est venu de traiter à fond cette question à laquelle, dans le chapitre précédent, nous avons été forcé de toucher plus d'une fois par avance. Il en est deux autres qui s'y rattachent et dont nous avons dû également dire déjà quelques mots, sans les approfondir. L'acteur qui récitait les prologues de Térence quittait-il son individualité réelle pour entrer dans une fiction; devenait-il, comme les autres acteurs, ceux de la pièce proprement dite, un personnage dramatique ; avait-il en cette qualité des attributs extérieurs qui lui fussent propres, un costume? Comment choisissait-on, parmi les sujets de la troupe, celui à qui l'on confiait ce rôle et quelles raisons pouvait-il y avoir de ne pas le donner à tel ou tel des histrions indifféremment ? Toutes ces questions une fois résolues, nous aurons une vue nette des rapports du prologue avec le drame dans le théâtre de Térence.
Mais le prologue n'est pas une invention de Térence. Si notre poète, dans l'emploi qu'il en a fait, s'est écarté de l'usage traditionnel et a montré une grande originalité, le prologue avait avant lui une très longue existence et une histoire très curieuse. Et si l'on ne connaît pas cette histoire, au moins dans ses grandes lignes, il est bien évident