‹ Les prologues de TérenceChapitre 31 sur 143 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

de ses rares personnages renouvelle de temps en temps le motif épuisé » ', quelle devait élre la simplicitû de la tragédie de Thespis ! Quelques vers suffisaient assurément à Texposition. Mais qui les prononçait de l'acteur ou du chœur? Le prologue de Thespis n'était-il que le début de la parodos, une courte narration précédant le développement lyrique - ? C'est la forme la plus rudimentaire que l'on puisse imaginer, et nous la trouvons dans deux tragédies d'Eschyle : les Perses et les Suppliantes. Pourtant il me semble que le texte de Thémistius doit plutôt nous faire songer à un discours de Tacteur. Avant Thespis, le chœur entrait et entonnait un hymne en l'honneur des dieux : c'était là toute la tragédie. Thespis, avec ses innovations, en fit un composé de parties chantées et de parties parlées : l'acteur parut d'abord et prononça un discours, le prologue ; puis le chœ,ur s'avançant se mit à chanter ; mais de loin en loin il s'interrompit et, à chaque pause, l'acteur s'entretint avec lui. Au surplus, il est très vraisemblable que Thespis n'arriva pas du premier coup à constituer cet ensemble relativement complexe. Il eut d'abord, on eut peut-être avant lui, l'idée des intermèdes parlés : ce furent des récits en rapport avec le sujet du dithyrambe ; le coryphée en était chargé. Puis ce narrateur fut transformé en personnage dramatique. Le coryphée ne pouvait entrer en scène qu'avec le chœur dont il était tout simplement le chef : le personnage, ayant son individualité bien distincte, ne fut pas soumis à la même loi. Mais le poète songea-t-il dès le premier jour à le faire paraître et parler avant l'entrée du chœur? Non, cette pensée ne dut pas lui venir alors à l'esprit. Ses plus anciens drames, comme les dithyrambes dont ils prirent la place, débutèrent par un morceau lyrique dans lequel se trouvaient éparses quelques indications narratives. Puis ces indications narratives ayant été réunies à part formèrent le premier discours de l'acteur. Ainsi le

1 Patin, ibid. p. 25.

2 C'est l'opinion de M. Dziatzko, op. cit. p. 4.

64 LES PROLOGUES DE TEllENGE

prologue se détacha de la parodos. Il va sans dire que ces expositions de Thespis ne furent pas d'un art achevé, qu'il n'y respecta point la vraisemblance dramatique dont il n'avait pas sans doute un sentiment bien net, que son acteur, sans interpeller directement les spectateurs, ne s'adressa le plus souvent qu'à eux, et d'une façon manifeste. C'est là un défaut dont l'enfance de l'art dramatique ne pouvait guère être exempte et qui se montre encore fréquemment dans les prologues d'Eschyle. Rien n'est moins facile, en effet, pour un dramaturge, même s'il a les ressources et l'expérience qui manquèrent à Thespis, que de faire une exposition de tout point naturelle et vraisemblable, que de mettre le public au courant sans avoir l'air de se douter qu'il existe.

Lessuccesseurs immédiats deThespis, qui n'eurent, comme lui, qu'un seul acteur, ne purent apporter de perfectionnement considérable à l'art de l'exposition. D'ailleurs, s'ils ont réalisé quelques innovations, Eschyle en a hérité, et nous allons voir que pour nous elles ne se distinguent plus bien des siennes. Nous ne pouvons donc évaluer ni la somme de ces progrès, ni la part d'originahté de chaque poète. Il y a dans le théâtre d'Eschyle, tel que nous le possédons, quatre variétés de prologue. Dans les Perses et les Suppliantes \ le prologue est fondu avec la jjarodos; c'était là, disions-nous tout à l'heure, la forme d'exposition la plus élémentaire, celle qui précéda l'invention du prologue proprement dit. Dans VAgaînemnon et les Clioéphores, le prologue est un discours récité par l'un des acteurs. Mais il y a entre ces deux prologues une différence qu'il vaut la peine de noter : le veilleur de nuit qui prononce le premier est absolument seul, tandis que dans le second, à côté d'Oreste, se tient Pylade, personnage muet, auquel s'adresse à un moment donné le discours. L'Agamemnon est la seule tragédie d'Eschyle où se trouve exactement reproduit le type des prologues deThespis. Phrynichos s'en écarta sans doute beaucoup plus rarement ; mais tout ce que nous pouvons

^ ripoÀoyiÇs'. yopo;, dit l'argument grec des Perses.

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