‹ Les prologues de TérenceChapitre 39 sur 143 · IX · texte numérisé non relu

IX

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3 Rhet. Or. 1,164, Walz: ripocjoj-o::o[a; -\ zX-q xâXXiov -apâoz;yaa .

TWV Msvâvopoj opa!j.3CTojv. — Ce qui ressort d'un passage de Démétrius (Ib/d. IX, 71), c'est que le prologue de la Mcsscnicnne de Ménandre était un monologue ; mais nous ignorons s'il était dit par un personnage de 1» pièce ou par une divinité.

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ct'dé si coDtraire aux lois du drame et de dérober sous dMngénieuses inventions la froideur, la monotonie des longs récits préliminaires. Tous n'y réussirent pas. La courtisane Gnathœna dit un jour à Diphile, l'un des plus célèbres, que pour rafraîchir l'eau elle avait soin d'y mettre les prologues de ses drames'. Cette anecdote nous porte à croire, d'une part, que Diphile faisait un usage à peu près constant de l'exposition narrative; d'autre part que, s'il se mettait en frais d'imagination pour l'encadrer dans de jolies allégories, il perdait sa peine et ne créait le plus souvent que des figures sans couleur et sans vie.

Quel que fût le personnage du monologue initial, divinité ou simple mortel, sa mission était toujours la même : expliquer au public le sujet de la pièce. Ce qui nous autorise à l'affirmer, c'est, pour ne point parler des quelques vers que nous pouvons avec certitude ou avec vraisemblance ^ considérer comme des fragments de prologues, l'assimilation établie par Aristote, quant au rôle du prologue, entre la tragédie et la comédie. Mais si ces préambules contenaient, tout de même que ceux des pièces d'Euripide, l'exposition avec des réflexions générales provoquées par les faits racontés, ne s'y trouvait-il rien de plus ? Le poète n'y glissait-il pas quelquefois un éloge de ses mérites personnels ou des qualités de son œuvre ? Aristophane l'avait fait dans le prologue des Guêpes ; exception unique peut-être : car il avait, lui, pour s'entretenir librement avec son public de choses actuelles et personnelles, la parabase. Lorsque ses successeurs, privés de cette ressource, crurent opportun d'adresser aux spectateurs une communication de ce genre, ils la placèrent dans le prologue, où étaient déjà admises tant d'infractions aux règles de la vraisemblance. C'est ce que nous

» Athénée, XIII, 580 a.

2 Antiphane, Al'oÀo;, 1 ; N^ott;!;, 1 ; — Anaxandride, Nt]Pcj; ; —Alexis, tt>t)vo3cja, 1 ; — Héniochos, ex inc. fab. 2 (IIoXeIç dans les/?-, com. gr. de Meineke) ; — Diphile^ 'EXïvrj-jopoû'vTsç; — Ménandre, AJaxoÀo;, 5 ; Aâpôavo; (ou ZsvoXoyo;), 1 . Voir tous ces frag. dans les deux recueils déjà cités de la collection Didot.

CIÎAPrTRE DEUXIEME 81

prouve le passage déjà cité ûii Pseudologiste de Lucien. Ce pamphlet est dirigé contre Timarque. Pourquoi Lucien attaque-t-il Timarque? Une narration préliminaire va l'apprendre au lecteur. Seulement, au lieu de la faire lui-même, l'auteur la confiera à l'un des personnages de prologue inventés par Ménandre, à Elenchos « ami de la vérité et de la franchise, dieu et non le plus obscur de ceux qui montent sur la scène, haï de vous seuls qui redoutez sa langue... ». Lucien Tinvite à venir « raconter aux spectateurs tout le

sujet de la pièce, oiTiyrJcjaijOat zoÏç, OeaiaTç aJ[j.~avTa toO' opâ[jia-o? tov

Xoyov ». Elenchos devra démontrer que celui qui l'envoie a des motifs sérieux de malmener Timarque ; puis, l'exposition achevée, il se retirera, sans adresser au public un éloge de Lucien :« (j^rjxê oï l[iï Tipo? aù-où? lr.oi.ivhri; ». Le prologue de Ménandre, auquel Lucien fait ici allusion et qu'il a sous les yeux ou dans la mémoire ', se composait donc de trois parlies : le personnage se présentait et expliquait son intervention ; il s'acquittait de son rôle de narrateur ; il faisait en terminant l'éloge du poète ou déclarait qu'il se dispenserait de le faire. D'où nous concluons qu'à l'époque de Ménandre un élément nouveau, étranger au drame, s'introduisit dans un certain nombre de prologues, et sans doute de préférence dans les prologues à personnages allégoriques qui, placés par leur nature même en dehors et au dessus du monde des personnages de la pièce, pouvaient plus iibrement mêler dans leur discours les choses de la réalité quotidienne aux choses de la fiction dramatique. Avec cette licence, le prologue de Ménandre prit aussi à celui d'Aristophane le droit de s'adresser directement et sans façon au public '\

Quant aux rapports extérieurs du monologue préliminaire avec la suite du drame, il faut distinguer deux cas : ou bien il est uni à une scène dialoguée où se continue l'exposition,

1 On retrouverait aisément dans la prose de ce passage de Lucien plus d'un vers de Ménandre.

2 Ménandre, Aja/.oXo;^ 5.

ou bien il est suivi d'une pause et forme à lui seul le prologue. Le monologue est isolé, toutes les fois qu'il est prononcé par une divinité : quand celle-ci a disparu, la scène reste vide en attendant que les personnages de la pièce se présentent. Si c'est au contraire un personnage de la pièce qui fait l'introduction narrative, cette première scène peut se lier à la seconde : ainsi le prologue des Adelphes de Ménandre se composait de deux parties : le monologue de Micion et un dialogue entre Micion et Déraéa. Mais il arrive aussi que la liaison dont nous parlons, n'existe pas : dans VAndrienne de Ménandre, Simon se retirait après avoir dit son monologue, et le prologue finissait là ^ Pour ma part, je ne suis point porté à considérer les monologues indépendants, tels que celui de Simon, comme des exceptions ; j'inclinerais plus volontiers à croire qu'ils étaient en nombre respectable, et que, ce contingent grossissant la foule des monologues à figures allégoriques, les prologues à une seule scène constituaient une bonne majorité. Ceci m'expliquerait comment le moi prologue a pu passer de son sens primitif à une autre signification que nous lui trouvons chez Lucien et qu'il avait déjà au temps des comiques romains. « Tœv MHvàvopou TrpoXoyojv £;ç 6 "EXcy/o?, EleUChoS, l'uU

des personnages de prologue de Ménandre », dit Lucien 2 ; et Térence ^ : « Oratorein esse voluit me, non prologmn, il a voulu faire de moi un orateur et non un personnage de prologue ». Si l'on admet qu'à l'époque de Ménandre le prologue se réduisait très souvent à un monologue et n'avait par suite qu'un seul personnage, rien n'est plus facile à comprendre que cette dérivation de sens.

Les poètes comiques de la nouvelle école adoptèrent donc le système d'exposition mis en vogue par Euripide et caractérisé par la présence, au début du drame, d'un monologue narratif. Il va sans dire que cette révolution ne se fit pas d'un seul coup et que, surtout pendant la période de transi-

1 Cf. le Térence de Fleckeisen (Teubner). La division des actes donnée par la vulgate est évidemment mauvaise.

2 Zoc. cit. — 3 Uemit. 2)rol. 11.

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