L AUTHENTICITE, LE TEXTE ET LA CHRONOLOGIE DES PROLOGUES DE TERENCE
Le fait que les sept prologues de Térence, deux pour VHécyre, un pour chacune des autres comédies, nous sont parvenus en tète de chaque pièce proprement dite et dans les mêmes manuscrits, ne constituerait pas à lui seul une garantie absolue de leur authenticité. Les prologues des comédies de Plante nous ont été conservés dans des conditions tout à fait pareilles ; et cependant la plupart d'entre eux, au moins sous leur forme actuelle, sont certainement postérieurs à la mort de Plante : ils appartiennent à la première moitié du septième siècle ^ On voit que la communauté de transmission des prologues et des pièces fait simplement naître des présomptions en faveur de la communauté d'origine, et qu'il n'est pas inutile d'en chercher des preuves plus décisives. D'ailleurs, elles se présentent en abondance et avec un tel caractère de certitude que Ton peut, en toute sécurité, se reposer sur le témoignage des manuscrits et des grammairiens", sans crainte de le voir jamais sérieusement attaqué.
' Cf. surtout Ritschl, Parcrga Plaut. et Terent , p. 180 sqq.
2 Tous ceux (juc nous connaissons citent les vers des prologues sous le nom de Térence. Voir ces citations au bas des pages, dans l'édition Umpfenbach .
Un premier point hors de discussion, c'est que les prologues sont contemporains des comédies. On peut même préciser davantage : chacun d'eux fut écrit entre la composition de la pièce correspondante et une représentation, donnée du vivant de Tcrence, à laquelle il servit comme de prélude. Ils contiennent, en eiïet, une sorte d'histoire de chaque pièce, depuis le jour où elle est passée des mains du poète qui venait de l'achever aux mains des acteurs chargés de la jouer, jusqu'au jour où elle a été présentée au public : les critiques formulées par les adversaires du poète, leurs intrigues pour lui faire infliger un échec ', les incidents survenus aux répétitions-, des allusions à des échecs précédemment subis ^ et, comme conclusion, un appel au jugement impartial du public qui tranchera le débat encore pendant. Partout il y est question du poète comme d'une personne vivante et présente avec qui l'acteur du prologue est en relations '*. Tandis que dans plusieurs prologues de Plante tel et tel passage se rapportent à des faits que le poète n'a pu connaître, aux réformes théâtrales du septième siècle, ici rien ne dénote une époque autre que celle de Térence ; tout, au contraire, nous ramène au temps où il vécut. Ses prologues sont tous en quelque sorte datés de la veille d'une représentation où il put assister. S'ils sont contemporains, il va presque de soi qu'ils sont authentiques. Qui était plus intéressé et plus apte que lui à les composer? A qui attribuer plutôt qu'à lui les prologues de ses comédies écrits de son vivant ?
Si l'hypothèse bizarre d'un collaborateur, intervenant quelques jours avant la représentation d'une pièce pour en écrire le prologue, pouvait se présenter à l'esprit de quelqu'un, elle ne résisterait pas à un sentiment que l'on éprouve de prime abord en lisant les prologues de Térence ; c'est Térence lui-même que l'on croit entendre et non un
' Passim. — 2 Eun. prol. 19 sqq.
3 Pli.prol. 31 sqq, et les deux prol. de VHccyrc
'^ Passim et surtout Ilcaut. prol. 1 sqq.