‹ Les prologues de TérenceChapitre 47 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qu'elle est mauvaise ; puis il montra que celte conclusion serait fausse appliquée au cas de V Hécyre, parce que son double échec n'était imputable qu'à des circonstances extérieures ; enfin, s'étant donné pour tâche de rendre à Térence le même service qu'à Cécilius, il réclama la faveur du public pour la pièce malheureuse, au nom des intérêts de Tart dramatique et surtout au nom de sa propre popularité.

De cette analyse sommaire il résulte que Térence, non content d'avoir supprimé Tun des éléments du prologue romain, Vargumentum, changea la nature de l'autre, delà captatio benevolentiœ. Pour nous faire une idée de ce qu'était avant lui cette partie si importante du discours préliminaire, nous n'avons, il est vrai, que les prologues romains de Plante, dont les moins discutables sont d'une authenticité douteuse. Mais quel qu'ait été le contenu de ceux que Plante lui-même écrivit, nous sommes assurés qu'ils se distinguaient nettement par là des prologues de Térence : quand les amis de Luscius affimaient que notre poète, livré à ses propres ressources, n'aurait pu composer un seul prologue, ils ne prétendaient certainement pas le faire passer pour incapable d'écrire un argumentum, un simple résumé de la pièce ; la chose était par trop facile ; ce qu'ils lui refusaient, c'est une imagination assez riche, une verve assez féconde pour inventer une harangue intéressante, comme celles de Plante, où s'encadrerait le récit. Si, d'ailleurs, on lient compte de la tournure d'esprit que révèlent les comédies de Plante, on se persuade aisément que les prologues actuels sont une image assez fidèle des vrais prologues; et je crois pour ma part que, si nous venions à retrouver ceux-ci, nous serions souvent surpris de les voir si peu différents de ceux-là. Des traits grossis outre mesure, de la prolixité, des allusions aux réformes théâtrales accomplies dans la première moitié du septième siècle, voilà à peu près tout ce dont les auteurs des remaniements ont surchargé le fond de Piaule; mais ils ne l'ont pas

essentiellement altéré : par la qualité du comique les prologues sont dignes des pièces. On peut donc affirmer que dans les prologues de Plaute ' la captatio henevolentiœ était formée surtout de plaisanteries qui égayaient Tauditoire ; de loin en loin une sentence, un lieu commun de morale pratique charmait le gros bon sens des spectateurs ; parfois une adroite flatterie chatouillait leur vanité ou leur patriotisme ; il se peut bien aussi que le poète, comme l'avaient fait avant lui les comiques grecs", ait consacré de temps en temps quelques vers à l'éloge de sa pièce 3. Hormis ce dernier moyen, tous ceux dont se servait Plaute pour gagner la sympathie du public étaient, on le voit, étrangers à sa personne et à ses œuvres, extérieurs, indirects ; ses prologues étaient beaucoup plus impersonnels que ceux de Térence, où il n'est question que de l'auteur, de ses amis et de ses ennemis, de ses pièces^ de leurs interprètes et de leur fortune, où la recommandation, en un mot, est toujours directe. Pour trouver dans le théâtre de l'antiquité classique un emploi de la captatio henevolentiœ personnelle comparable à celui qu'en a fait Térence, il faut remonter jusqu'à la comédie ancienne. Dans les parabases d'Aristophane, la longue tirade du début est ordinairement un appel à la faveur du public ; le thème que le poète y développe de préférence, c'est son propre éloge tiré le plus souvent de l'énumération des services rendus par ses comédies aux Athéniens. Cette partie de la parabase a donc des allures de panégyrique ; c'est là, au point de vue du contenu, malgré le caractère général de ressemblance que nous venons d'indiquer, ce qui la distingue du prologue de Térence, plus modeste de ton et de pensées, comme il sied à un plaidoyer.

1 Je parle ici des prologues romains. Du reste les libertés que le poète y prenait ont réagi sur la composition des prologues grecs. Cf. celui d'Avt2)hitryon.

2 Et Névius aussi, si toutefois est authentique le vers (Eibbeck, p. 5) :

Acontizumejios fabula est jJi'ime proia.

e Cf. prol. des Caj^tifs, 53 sqq.

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