‹ Les prologues de TérenceChapitre 51 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

trop complètes et trop précises pour permettre de supposer qu'aucune des représentations auxquelles ils ont pu servir ait été précédée d'une autre communication au public '. Mais ce sont justement pour la plupart les moins authentiques, et, en particulier, les passages où se trouvent ces renseignements présentent le plus souvent des marques certaines d'interpolation -. Pour les autres pièces ^, il faut bien admettre l'existence d'une publication antérieure aux premiers vers; et, puisque la représentation de ces pièces n'eut pas lieu, à notre connaissance, dans des conditions exceptionnelles, l'annonce distincte du prologue était de règle au temps de Plante,

Quand il iïi ioiier V Andrienne et VEunuque, Térence se conforma en tout point à l'usage existant : ses spectateurs connurent avant le prologue le titre de la pièce et le nom des deux poètes, aussi bien que celui du chef de troupe. D'abord, en effet, ni dans l'un ni dans l'autre, Térence n'est désigné nominativement. « Poeta, hic, hic noster, poeta hic », telles sont les expressions très vagues dont se sert Prologus en parlant de lui. Ainsi une publicité oITicielle avait déjà été donnée à son nom ; car il ne pouvait compter, pour mettre les intéressés en possession de ce renseignement indispensable, sur les indiscrétions de ses amis, des acteurs, des magistrats ou autres personnages acquéreurs de la pièce, moyen de publicité aussi peu sûr que restreint. Le nom de l'acteur principal ou chef de troupe ne figure pas davantage dans les deux prologues. On y trouve, il est vrai, le nom du poète original et le titre de la pièce, qui est

■ Ce sont ceux de VAsinaire, de Casina, du Mercator, du Pœmdus, du Trlnummus. Dans celui du Milci, il n'y a que les deux titres.

- Cf. sur tous ces passages la 2° partie du travail de M. Dziatzko, J)e 2)rol. Ter. et PL II attribue la plupart de ces interpolations^ non aux auteurs des reprises du vii' siècle, mais à des grammairiens. Nous y reviendrons. Cf. parag. VIL

3 Dans les prol. des Méncclimes et du Truculentus on trouve le nom de Plaute. L'annonce antérieure n'empêchait évidemment pas le poète d'insérer son nom dans le prologue ou d'y répéter le titre de la pièce, s'il le jugeait à propos.

le même en grec qu'en latin. Mais Térence ne les donne qu'en passant, à propos d'autre chose, sans les mettre assez en relief pour y appeler l'attention. Dans le prologue de VAndrie)inc les mots « Andria» et « Menandri» sont forcément amenés par le courant des explications que le poète fournit sur le grief de contamination, et ne s'en détachent point. Dans celui de VEunuque, en racontant l'incident provoqué par Liiscius à la répétition, pour démontrer que l'accusation de plagiat est fausse, que la pièce présente n'est pas une comédie ancienne, c'est-à-dire déjà reproduite en latin par d'autres poètes, le Colaœ de Ménandre, il décline le véritable titre de l'original. Mais les mots « Menandri Eunuchum » ne sont encore ici qu'un moyen de démonstration : le poète ne les y a pas mis pour eux-mêmes. Dans ces deux cas, si Térence avait eu à donner ces indications à des spectateurs non encore renseignés, rien ne lui aurait été plus facile que de les placer en vedette, comme il le fît dans d'autres prologues. Nous verrons tout à l'heure combien la différence est frappante entre les passages que nous venons d'examiner et ceux auxquels nous faisons maintenant allusion.

Il nous reste à savoir de quelle façon les spectateurs de VAndrienne et de VEunuque reçurent leurs informations avant le prologue. Ici encore, pour acquérir la notion exacte de ce qui se passait au temps de Térence, il n'est pas inutile de remonter jusqu'aux origines du théâtre classique. Les représentations de tragédies étaient à Athènes des solennités si importantes qu'on s'en préoccupait et qu'on en parlait longtemps à l'avance. La curiosité et l'impatience de toute une ville étaient en éveil. Même s'il n'était pas donné de publicité, par voie d'affiche ou autrement, à la décision des magistrats qui choisissaient les poètes admis au concours et leur accordaient un chœur, même si les noms des concurrents n'entraient pas dans la proclamation du héraut qui annonçait l'ouverture de la fête \ il ne pouvait

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