‹ Les prologues de TérenceChapitre 53 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

raier, et occupe une position trop indépendante \ pour qu'on puisse croire qu'il avait été proclamé un instant auparavant. A la première reprise, voici sans doute comment les choses se passèrent. UHécyre fut donnée après les Adelphes; il y eut une annonce commune : Ambivius dit qu'il jouerait successivement deux pièces nouvelles de Térence et nomma la première ; pour la seconde il ne reparut pas, et Prologus fut chargé d'en proclamer le titre accompagné de quelques explications. A la seconde reprise, par mesure de précaution, l'annonce fut supprimée -. Ambivius lui-même récita le prologue et se borna à y faire connaître le titre de la pièce. C'était, dans l'espèce, le seul détail indispensable : grâce à sa double mésaventure, on savait alors généralement à Rome que VHécyre était de Térence. Quant au nom du poète grec, dans les deux cas il n'avait aucune importance ; il était surtout une garantie de nouveauté, et Térence qui l'avait fournie lors du premier essai de représentation, pouvait fort bien se dispenser de la reproduire, puisque, au su de tout le monde, VHécyre n'avait été jouée ni alors ni depuis.

Sur les sept prologues de Térence, cinq, ceux de T/lndrienne, de VEunuque, du Phormioii, des Adelphes et le premier de VHécyre, furent récités par Prologus. Ce personnage que le théâtre grec n'avait pas connu, nous avons déjà vu pour quelle raison les comiques romains s'avisèrent de l'inventer : ils éprouvèrent le besoin de pourvoir d'un monologue narratif préliminaire certaines comédies qui s'ouvraient dans l'original par une exposition dramati([ue, et, pauvres d'imagination, ils ne surent pas, à l'exemple de

' Prol. 2)r. 1 ; ^;ro? ait. 21.

~ Dans l'annonce générale qui précéda l'ouverture des jeux, on put, néanmoins, si c'était l'usage, publier le nom de Térence. Le titre de la pièce était seul compromettant.

leurs devanciers grecs, créer pour chaque monologue une belle figure allégorique, une divinité de théâtre. Nous avons aussi remarqué que Prologus était placé en dehors de l'action dramatique, appartenait à un autre monde que les personnages de la pièce proprement dite, n'entrait pas dans la même fiction. 11 nous faut maintenant lier plus intime connaissance avec cette curieuse individualité et montrer que Térence, qui l'emprunta à ses prédécesseurs, lui fit subir une transformation considérable, conséquence nécessaire de la façon tout originale dont il conçut l'office du prologue.

D'abord Prologus, étranger à la fiction de la pièce, entret-il dans une autre fiction quelconque ? Sommes-nous bien sûrs, en d'autres termes, qu'il soit un personnage et non pas simplement un acteur ? A l'entendre parler de la troupe dont il fait partie ^ « noster grex », de la comédie qu'il jouera tout à l'heure avec ses camarades -, « quamnunc acturi sumus », on est tenté de le comparer soit avec celui qu'on appelait au XVIP siècle l'orateur de la troupe, soit avec celui qu'on nomme dans nos théâtres contemporains le régisseur parlant au public ; on est tout près d'affirmer que les prologues de Térence furent prononcés par un histrion qui n'avait pas à dépouiller, pour s'acquitter de cette mission, sa personnalité réelle. Et cependant le grammairien Evanthius ^ classe Prologus parmi les personnages dramatiques au même titre que le chœur et le « cleus ex machina ». Térence lui-même n'atteste-t-il pas l'existence d'une individualité de ce nom, quand il fait dire à Ambivius : ^ « Le poète a voulu que je fusse un orateur et non un personnage de prologue, un Prologus » ? De plus, l'acteur chargé de ce rôle ne se présentait pas sur la scène avec ses vêtements de la vie quotidienne ou avec le costume d'un personnage quelconque de comédie : il paraissait avec des attributs spéciaux, « ornatus prologi'-^». Ainsi il avait tout

ï FJtorm. 2Jrol. 30 sqq. — ~ Eun. prol. 19 ; cf. Ad. prol. 3, 12. 3 De Comœclia. — ^ Hemit.prol. 11.- ^ Hcc. ^^l'ol. ait. 1.

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