‹ Les prologues de TérenceChapitre 56 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

partout et pour les choses les plus imporlaules, il ne fait que rép "'ter les airirmalious du poêle ; par sa bouche et à la troisième personne, c'est le poète qui attaque ou réfute Luscius. Messager docile, il récite exactement la leçon qu'on lui a apprise, de même qu'au 9* chant de VIliade Ulysse, envoyé en ambassade auprès d'Achille irrité, lui redit avec une fidélité scrupuleuse la longue énumération des promesses d'Agamemnon. Cette substitution du poète au personnage est tellement réelle, qu'en deux endroits très remarquables, c'est le poète lui-même qui est désigné comme prononçant le prologue: « Notre auteur parlera plus longuement des bévues de son détracteur, quand il donnera d'autres pièces nouvelles (c'est-à-dire dans les prologues de ces pièces) ' :

De illius peccatis plura dicet, cum dabit Alias novas »

Le second passage est plus frappant encore : « Si le vieux poète, disent les adversaires de Térence, n'avait pas commencé la guerre, le nouveau n'aurait pu trouver aucun prologue à réciter - :

Nullum invenire prologum posset novus Quem diceret »

Pourtant on trouve dans les discours de Prologus quelques rares verbes à la première personne, quelques affirmations dont il prend la responsabilité : dans les formules d'appel à la bienveillance du public, aux endroits où l'acteur reparaît sous le personnage, enfin quand celui-ci parle de sa conduite à venir : c'est lui, et non le poète, qui annonce d'abord des représailles contre Luscius et, une fois qu'elles sont commencées, la continuation des hostilités''. On voit qu'en somme son initiative n'est pas grande et que la plui)arl du temps il se borne en quelque sorte à redire les phrases qui lui sont soufflées. L'effacement de Prologus

• Heaut.2irol. 33 sq, — ^ Ph.prol. 14 sq. 3 And. prol. 22 sq; Eit,n. 16 sqq.

derrière le poète ne fut pas toujours aussi complet, et en ceci on sent bien l'influence du changement subi par l'oflice du prologue. Dans ces plaidoyers que Tcrence écrivait pour lui-même, où il n'était guère question que de lui, sa personne arrivait tout naturellement à occuper le premier plan et c'est le plaideur que chacun voyait, quoiqu'on eût sous les yeux son fondé de pouvoirs. Les prologues de contenu plus impersonnel, ceux des vieux comiques et ceux des pièces de Plante, n'étant pas encombrés par cette sorte de présence du poète, Prologus pouvait plus librement y déployer son individualité. Voyez par exemple celui du Pœnulus, où il apostrophe ea son nom les spectateurs, engage avec eux des pourparlers, édicté un long et plaisant règlement de police théâtrale. Il se met en avant, il paie de sa personne, il est plus original et plus vivant.

Comme le Prologus deTérence parle presque toujours au nom d'autrui, son caractère à lui n'a que peu d'occasions de se manifester et n'est pas facile à saisir. On doit évidemment le chercher dans les seules affirmations qu'il émet pour son propre compte. Il me semble qu'on peut le résumer en deux traits : assurance énergique vis-à-vis des adversaires du poète, affabilité respectueuse à l'égard du public. Or ce sont précisément là, d'après le contenu de ses prologues, les sentiments que ïérence lui-même avait ou affectait d'avoir. En même temps que ses idées, il a donc inculqué à Prologus son caractère ; il s'est identifié ce personnage, ou plutôt il l'a détaché de lui-même ; il a envoyé, pour ainsi dire, son ombre, un dédoublement de sa personnalité le représenter et parler en son nom sur la scène. Nous avons posé cette ressemblance morale de Prologus avec son poète comme un fait général et nécessaire. Mais nulle part elle ne put être aussi parfaite qu'ici, parce que nulle part les fonctions de Prologus ne favorisèrent au même degré la sympathie et, pour dire plus, la confusion des deux individus.

On peut faire, à ce point de vue, un curieux rapproche-

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