‹ Les prologues de TérenceChapitre 59 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

muante et plus stable. S'il faut eu croire Horace, ces habitudes tapageuses ne s'étaient pas perdues au siècle d'Auguste. Quiconque a fréquenté les théâtres de nos grandes villes du Midi trouvera que le tableau n'est pas chargé : les jours de représentations populaires surtout, quand l'abaissement du prix des places ouvre l'accès de la salle au plus petit artisan, pour ne rien dire des gros orages qui éclatent fréquemment, le bruit normal y est assourdissant avant le lever du rideau. C'était donc au milieu d'un formidable vacarme que Prologus faisait son entrée. Un calme relatif s'établissaiTa son apparitioa et s'affermissait peu à peu, si son discours était amusant. Mais il n'y avait pas d'apaisement subit et absolu ; tout le temps qu'il parlait, les derniers grondements du tumulte résonnaient encore autour de lui, à tel point qu'il était parfois obligé d'appeler à son aide le héraut pour inviter les récalcitrants à faire enfin silence ^

Dans ces conditions, la tâche de l'acteur chargé du rôle était des plus fatigantes. Pour se faire entendre dans ce théâtre en plein air, au milieu de ce tapage, il devait donner un volume de voix considérable. Or se faire entendre, c'était le seul moyen de contenter les spectateurs déjà disposés à écouter, qui se seraient bientôt fâchés, s'ils avaient eu vain prêté l'oreille ; ajoutons que c'était aussi le meilleur moyen de s'imposer à l'attention de ceux qui n'écoutaient pas encore. Mais, pour cela, il ne fallait ménager ni ses poumons ni son gosier ; il fallait y aller de toute sa voix et de tout son corps, crier et se démener, pour n'arriver bien souvent, malgré tant de rudes efforts, qu'à un demisuccès. Une digression du prologue- des Captifs nous mon-

1 Cf. iiid.

- V. 10 sqq. Jam tcnctis? optiumunut.

Negat. mehercle, llle ultlmus. Dlacedito : Si non ubi sedcas locus est, est uii ambules, Quando histriimcm cogis mendlcarier.

Ego me tua causa, nii erres, non rupturu'' sum. J'adopte pour le vers 11 la reititutiou de Bosscha et pour le v. 13 l'interprétation de Lambin et Gronove : a Histrio eut obstreintur vocem pie-

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Ire, sous un jour plaisant, il est vrai, mais d'une façon très vive, les désagréments de ce rôle aussi ingrat que i)énible. L'acteur a commencé le récit de Vanjumcntum ; il s'interrompt pour s'assurer que tout le monde l'a bien suivi : « Vous y êtes? dit-il; c'est parfait ». Mais alors il aperçoit, ou feint d'apercevoir, tout au fond de l'enceinte un spectateur qui se plaint de n'avoir pas entendu : « Par Hercule, en voilà un là-bas, au dernier rang, qui prétend que non ». Et il interpelle en ces termes le mécontent hypothétique : « Va t-en ; s'il n'y a pas de place pour l'asseoir, il y en a pour te promener, puisque tu réduis l'histrion à la mendicité. Pour ton plaisir, ne t'y trompe pas, je ne vais point me crever ». Réduire l'histrion à la mendicité, c'est l'obliger de crier au point d'en avoir la voix cassée, et lui faire perdre ainsi son gagne-pain. L'expression est énergique ; celle du vers suivant l'est encore davantage. Elles attestent à elles deux, avec une exagération bouffonne, que réciter le prologue, ce n'était pas petite affaire.

C'était une lourde corvéa que tous les acteurs de la troupe devaient envisager avec répugnance. Les vieux la rejetaient naturellement sur les jeunes ; parmi ceux-ci, c'était à qui l'esquiverait. Comme il fallait pourtant de toute nécessité que quelqu'un s'en chargeât, ou l'imposa au plus jeune, au dernier venu; du moins cela est très vraisemblable. Rien de plus naturel et de plus juste que cette attribution. C'est une loi encore appliquée de nos jours dans beaucoup de sociétés, que les nouveaux doivent alléger les anciens de certaines tâches plus ou moins désagréables et payer ainsi une sorte d'impôt pour leur entrée dans la société. Grâce à cette combinaison, l'interprète du rôle n'était

rumque ohitindit clamando ; ravi- autem contracta exsibilatur, atqus it a arte liistriotiica déserta cogitur me.ndicare. » BUe e st préférable, surtout parce qu'elle s'accorde très bien avec le v. 14, à celle de Brix :« Dit, vmsst herumgelien..., da duja sonst den Sehauspieler zwingst cineii Bettler zu S2)ielen, d. h. vonjedem clnzeln die Erhlaerung dasscr es verstanden habe einzuliolen, ivie der Bettler von Haus zu Eau s gelit. » D'ailleurs, même compris ainsi, le passage n'en démontrerait pas moins que le rôle de Prologus était fort pénible.

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