‹ Les prologues de TérenceChapitre 60 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

jamais désigné arbitrairement, on le connaissait d'avance, ia JDesogne lui revenait de droit, et il restait titulaire de l'emploi jusqu'à ce que le directeur de la troupe eût fait acquisition d'un nouveau jeune histrion. La jeunesse a surabondance de forces physiques ; elle est assez riche pour dépenser sans compter. Les acteurs plus avancés en âge avaient besoin de plus de ménagement. Ils avaient aussi le désir de réserver leurs efforts pour une meilleure occasion, pour le moment où le public, rendu attentif par l'intérêt de la pièce, apprécierait mieux leurs beaux effets de voix. En faveur de cette prétention, ils pouvaient invoquer les exigences d'une bonne interprétation de l'œuvre à jouer. C'était en général à des acteurs déjà anciens, ajoutant au talent naturel l'expérience de la scène, que revenaient les rôles les plus importants et les plus difficiles, tandis que les débutants faisaient les personnages secondaires et n'avaient même parfois que des bouts de rôle. Imposer aux premiers la fatigante récitation du prologue, c'eût été gaspiller leur énergie et compromettre le succès des situations capitales où les ressources de leur action devaient faire valoir les inventions heureuses du poète. Le débutant, dont la part de travail était légère en dehors de cette besogne préliminaire, pouvait, sans préjudice pour l'exécution de l'ensemble, s'époumoner à prononcer le discours de Prologus.

Comme la taille, la prestance, la figure ^ de Prologus n'étaient pas plus déterminées que son âge, l'extérieur, quel qu'il fût, du débutant, n'était jamais un obstacle à l'application de la règle. Pour tenir cet emploi il ne fallait aucune qualité spéciale, il suffisait de celles qu'exigeait en général le métier d'acteur : avant tout, voix forte et mimique animée.

Voilà donc pourquoi Prologus, qui de sa nature n'était ni jeune ni vieux, prit place parmi les adulescentes de la comédie latine. On a donné, il est vrai, de ce fait une autre

' Nous verrons plus loin que, môme au temps de Térence, Prologus ne portait pas de mastjue.

explication ; mais elle n'est pas acceptable. On a dit ' que le rôle de Prologus fut habituellement confié à déjeunes acteurs, parce qu'ils paraissaient plus aptes à gagner la bienveillance du public. Si, pour prendre une décision, les poètes romains s'étaient placés à ce point de vue, n'auraient-ils pas au contraire choisi un vieil acteur, un des plus anciens de la troupe, dont l'âge, le talent éprouvé, les succès passés n'auraient pas manqué de faire sur le public une favorable impression? Par quels titres, comparables à ceux-là, se recommandait un jeune homme ? Dans deux occasions où Térence jugea cette sympathie des spectateurs plus difficile à conquérir que d'ordinaire, ce fut précisément à un vieillard, comme nous allons le voir, qu'il demanda de réciter le prologue.

L'originalité de Térence ne se borna pas à la transformation de Prologus, dont nous venons de rendre compte. Deux fois il se passa de ce personnage attitré du prologue romain et le remplaça par un autre, parce que dans ces deux circonstances il trouva le rôle trop lourd pour lui. La première fois que Prologus se vit ainsi dépossédé de ses fonctions, ce fut à la représentation de V Heautontimorumenos. On sait qu'elle suivit directement, quoiqu'à long intervalle, l'échec de VHécyre qui causa au poète une si douloureuse émotion ; la seconde fois, ce fut à la représentation définitive de cette comédie si peu favorisée du sort qui lui avait déjà infligé un double revers. Dans l'un et l'autre cas, Térence, ayant un procès plus difficile à gagner que ses autres procès, trouva insuffisant son avocat ordinaire, sans prestige et sans autorité; il fit appel au concours d'un défenseur exceptionnel.

1 Westerhov, ad Heaut. ;prol. 1 : « q^tias partes agclant passim adoles' ventes.) quod M melius viderentur coiiciliare favorem spectatorum. »

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