CHAPITRE PREMIER
en termes non moins clairs raulhenlicilé de celui de cette pièce et de tous les précédents ^ : « S'il y a quelqu'un qui dise ceci ou le pense : sans la provocation du vieux poète, le nouveau n'aurait pu trouver aucun prologue à faire prononcer, s'il n'avait eu quelqu'un à qui dire du mal ; — voici ce qu'on lui répondra, etc. :
Si quis est, qui hoc dicat aut sic cogitet : Vêtus si poeta non lacessisset prior, Nullum invenire prologum posset novus Quem diceret, nisi haberet cui malediceret ; Is sibi responsum hoc habeat. . , »
Le prologue des Adelphes appartienl aussi à la série de ceux que ïérence a revêtus d'une sorte de signature. Dès les premiers vers ^, il y est dit que le poète va faire luimême des révélations sur son compte et se soumettre au jugement des spectateurs :
« Indiclo de sese ipse erit, vos judices. »
Le prologue presque tout entier est consacré à cette confession.
Seuls les deux prologues de VRécyre ne portent pas la marque d'origine dont nous parlons. De plus, ils n'appartiennent ni l'un ni l'autre à la catégorie définie par Térence dans le prologue de YAndrienne. Enfin dans le second, de beaucoup le plus important des deux, la personnalité du poète ne tient qu'une place secondaire, tandis que celle d'Ambivius, le vieil acteur chargé de le prononcer, occupe le premier plan. A cela rien d'étonnant : Ambivius est substitué au personnage ordinaire du prologue, et la raison d'être de cette substitution, ce fut le désir de mettre à profit l'ascendant du vieil acteur sur le public. Elle avait été également opérée pour VHeautontimorumenos. Mais ici, enhardi par un premier succès de son innovation à la perfectionner et sentant plus vivement encore qu'alors le besoin de s'abriter derrière un protecteur populaire, le poète a fait
Ph.prol. 12 sqq. — - Ad.^'rol, 4.
de ces moyens de recommandation un usage plus exclusif. D'ailleurs les deux prologues en question prôsentent, au même degré que les autres, le premier caractère d'authenticité signale par nous : ils sont contemporains de Tcrence '. Or, plus que jamais aux deux reprises de Vllécijre, à la seconde surtout, l'obligation de préparer le public à écouter favorablement la pièce était impérieuse et la cause difficile à plaider. Térence aurait-il, dans ces graves conjonctures, rompu avec une habitude constante et abandonné à un autre le soin de lui composer un plaidoyer ?
A ceux qui ne voudraient pas accepter de telles garanties d'authenticité il ne resterait qu'une ressource : faire intervenir un faussaire, quelque grammairien désœuvré, qui, aveuglé par une ridicule ambition, se seraii mis en tète de refondre l'œuvre de Térence en substituant ça et là ses vers à ceux du poète, ou bien, poussé par un zèle maladroit, aurait voulu combler des lacunes et réparer des pertes causées par le temps. Le fait ne serait assurément pas sans précédent - . Mais ces sortes de contrefaçon se reconnaissent d'ordinaire sans trop de difficulté. La supercherie est mal déguisée par une imitation plus ou moins imparfaite delà manière etdu style de l'auteur. Le faussaire croyait en donner une image fidèle : il n'a dessiné qu'une caricature. Au premier regard un œil quelque peu exercé découvre la fraude : les idées s'enchaînent mal, l'expression manque de clarté et de justesse, l'emploi des tours et des procédés familiers à l'auteur est gauchement exagéré ; il tombe sous le sens que l'œuvre n'est pas digne de lui. Rien de semblable dans les prologues de Térence : par les caractères de la langue et du style, par les mérites de la composition et de la forme, ils révèlent tous la main qui a écrit les comédies. Bien plus, à l'exception d'un seul vers 3, nous verrons qu'on n'y trouve pas de trace certaine
ï Cf. dans le premier les vers G sq. et dans le second les vers 44 sqq. 2 Les prologues des Baceliidcs et du Pseudolus de Plaute sont dans ce cas. — ^ Jîeant. jtrol. G. Nous y reviendrons.