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CHAPITRE DEUXIÈME

le PhormioTif où il a créé pour sa part le rôle du parasite. Le prologue de cette comédie fait allusion^ à un échec subi par la troupe, le jour évidemment où elle essaya pour la première fois de jouer VHécyre, échec réparé depuis par un succès au moins, remporté sans doute avec une autre ou plusieurs autres pièces du poète qui a écrit le prologue, c'est-à-dire, pour préciser, soit avec VHeautontimorumenos, soit avec la reprise de VEunuque, ou plutôt avec les deux. Ajoutons à cela que la façon dont Ambivius parle de Térence dans le second prologue de VHécyre, atteste des relations déjà anciennes et constantes. C'est donc bien lui quia donné toutes les premières représentations, et c'est lui qui a remplacé Prologus à l'apparition de V HeautontimO' rumenos aussi bien qu'à la reprise définitive de VHécyre.

L. Ambivius Turpio " était à tous égards l'homme qui convenait pour remplir celle mission délicate : il pouvait mettre en ligne, au profit de la pièce et du poète, les plus sérieuses recommandations. D'abord il était vieux : lui-même se dit à plusieurs reprises senex ^. Puisqu'il avait joué, étant déjà à la tête d'une troupe, les premières comédies de Cécilius ■* qui, d'après la chronique d'Eusèbe % fleurissait vers 575 de Rome, il devait avoir, au temps de Térence, à peu près l'âge que Chrêmes donne à Ménédène " : « Annos sexaginta natus es, aut plus eo, ut conjicio. » Sans compter cette sorte de respect involontaire que les cheveux blancs inspirent en général et de prime abord à la foule, ceux d'Ambivius rappelaient aux spectateurs romains une longue carrière bien remplie. Il méritait qu'on eût égard à ses intérêts matériels, qu'on accueillît favorablement la pièce qu'il

' V. 31 sqq : Ne simili iitamur fortuna, atqtie usi sumus

Cumper tunmltum noster grcx motus locost : Quem actoris virtus nohis restituit locum. . , .

2 Sur le prénom et le surnom cf. la didasc.^ Donat et la plupart des témoignages cités plus bas.

3 Heaut. 2}rol., 1, 43; JTcc. 2)rol. ait. 2. * Hec. prol. ait., 6 sqq.

'-> Cf. TeufEel, Litt, Rom. (trad. Boiinard et Picrsou, 1870) I, l(3i. ^ Heaut. 62 sq.

1 'iG LES PROLOGUES DE TKRENCE

jouait à ses risques et périls ', le vieux directeur qui pouvait preudre le public à témoin de son zèle et de son désintéressement " :

« Si nunquam avare pretium statui arti raeae

Et cuin esse qiiœstum in animi;m iuduxi maxumum

Quam maxume servire vostris commodis »

11 méritait bien qu'on fît silence pour lui rendre la tâche moins pénible, que Ton consentît à l'entendre dans une comédie du genre calme, le vieil acteur qui s'était prodigué dans toute sorte de rôles laborieux ^ :

« Date potestatem mihi Statariam agere ut liceat per silentium : Ne semper servus currens, iratus senex, Edax parasitus, sycophauta autem impudens, Avarus leuo, adsidue agendi sint mihi, Clamore summo, cum labore maxumo.

Mea causa causam hanc justam esse animum inducite, Ut aliqua pars laboris minuatur mihi, »

L'écouter et l'applaudir, c'était d'un salutaire exemple : c'était engager les jeunes acteurs à imiter son zèle '' :

« Exemplum statuite in me, ut adulescentuli Vobis placere studeant potius quam sibi » ;

c'était exciter l'ardeur des poètes à écrire, et l'encourager lui-même à faire acquisition de pièces nouvelles pour le divertissement du public ^ :

« Date silentium Ut libeat scribere aliis mihique ut discere No vas expédiât posthac pretio emptas meo. »

Enfin et surtout, sur ces spectateurs qui l'applaudirent si souvent il avait l'autorité du talent. Il fut évidemment le plus remarquable comédien de son époque. Ses succès durent être nombreux et éclatants, sa réputation lui survécut, et les écrivains des temps postérieurs ne dédaignèrent pas de le placer à côté du célèbre Ropcius, le contemporain de

1 Cf. Eitschl, Parerga, 327 sqq.

2 Heaut. prol., iS sqq ; Hec. prol. ait, 41 sqq

3 Heaut., 35 sqq. — ^ Ihid. 51 sq.

^ Ilec. prol. ait. 40 sq Je suis la leçon des mss. p. aliis.

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