CHAPITRE DEUXIÈME
Prologi ? » Pour la comprendre, il faut admettre que les comiques romains ajoutèrent aux vêtements, trop peu caractéristiques, de Prologus un emblème spécial. De même que les dieux de marbre ou de bronze créés par les sculpteurs grecs, les divinités allégoriques du théâtre avaient sans doute, indépendamment du costume proprement dit, certains attributs particuliers à chacune, dont le poète trouvait l'idée dans la personnalité même qu'il donnait à ces êtres de fantaisie. Ainsi le Lare qui récita le prologue de VAululaire, portait peut-être une couronne', et il est certain qu'Arcturus, chargé de dire le prologue du Rudens avait une étoile ' au front ou dans la coiffure. Mais, à la rigueur, les personnages de cette espèce auraient pu en général se passer de pareils insignes : au début de leur discours ils prenaient si bien soin de décliner leur nom et d'énumérer leurs prérogatives, que leur identité n'était nullement douteuse. Prologus au contraire, n'ayant pas cette ressource, devait nécessairement être distingué par quelque marque extérieure. Les devanciers de Térence comprirent celte obligation et eurent même pour y satisfaire une idée assez ingénieuse.
En Grèce, les suppliants avaient coutume de porter à la main des rameaux ornés de bandelettes. Des traces fréquentes de cet usage se retrouvent dans la tragédie. Les filles deDanaos,dans les Suppliantes d'Eschyle, les prêtres et les enfants réunis devant le palais, au début de VOEdipc- Roi de Sophocle, les mères des sept chefs morts devant Thèbes, dans les Suppliantes d'Euripide, paraissaient sur la scène avec cet emblème. Et ce n'élait pas là seulement un usage de l'époque héroïque, reproduit par les poêles tragiques ; il existait encore de leur vivant et longtemps après eux : on le pratiquait en Sicile et dans l'Italie méridionale, quand les Romains firent la conquête du pays.
1 Du moins il dit en parlant de la fille d'Euclion : « Bat mihi coronass) V. 25. Ceci n'est d'ailleurs qu'une conjecture.
- V. 3. Ita sum ut vidctis spUndcns stdla candida.
162 LES PUOLOGUES DE TEHENCE
Tite-Live * le signale en plus d'un endroit : tantôt ce sont des habitants de Lôontium « ramos olex atque velamenta alla supplicium porrig entes ; » tantôt des Locriens « velamenta supplicium, ramos olex, ut Grœcis mos est, pnrgenfes. » Au premier siècle de notre ère, les habitants de Vienne, d'après Tacite ^, vont à la rencontre des soldats de Valens, « velamenta -^ et infulas prxferentes. » C'est encore sans nul doute du même appareil qu'il s'agit ici. Il semble que l'olivier, symbole de paix, était le feuillage choisi de préférence. En dehors des suppliants proprement dits, c'est-à-dire, des personnes qui, réduites à une situation désespérée, imploraient la pitié des dieux ou des hommes, le rameau orné de bandelettes était aussi, du moins chez les poètes, l'attribut d'une autre classe d'individus qui ont avec les premiers une analogie plus ou moins grande suivant les cas : les ambassadeurs. Il est plusieurs fois question de cet insigne dans V Enéide. Débarqué en Italie, Enée envoie vers Latinus cent députés,
ramis velatos Palladis omnes* ;
le chef de l'ambassade fait allusion dans son discours à ces rameaux d'olivier :
a Prseferimus manibus vittas ^ »
Plus loin, Enée lui-même, dans le même appareil, arrive chez Evandre pour solliciter son alliance :
Paciferseque manu ramum prfetendit olivae '>.
Enfin Latinus, voulant faire la paix avec les Troyens,
Centum oratores ' prima de gente Latinos Ire jubet pacisque manu prsetendere ramos ^.
1 24, 30, 14 ; 29, 16, 6. — 2 Rist. 1, 66.
^ Dans toutes ces expressions et dans les vers de Virgile que nous citetons tout à l'heure, velamenta, vclare indiquent que les bandelettes et le feuillage cachaient en partie la personne du suppliant, et rien de plus.
4 VII, 154. - ■' VII, 237.— 6 Vin, 116.
7 II est à peine besoin de remarquer que dans ce vers le sens du mot orator n'est pas le même que dans Ter., Ilec. prol. ait. 1.
s XI, 231 sq.