‹ Les prologues de TérenceChapitre 80 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

at in Andria Menandri solus estsenexK » Térence a donc pris pour modèle la première scène de la Perinthia, et non celle de V Andria ^ ; seulement, dans son exposition, il a remplacé la femme de Simon par l'aïïranchi Sosia, sans doute parce que l'ignorance de certains faits que raconte le vieillard lui a paru plus vraisemblable chez ce serviteur que chez la mère de Pamphile ; il a dû trouver aussi que le rôle d'espion, dont Simon charge Sosia et qui motive la confidence, ne convenait pas à la dignité de la matrone, non plus que les réflexions et les aphorismes passablement vulgaires, tout à fait dignes d'un subalterne, dont l'interlocuteur souligne de temps en temps les paroles du narrateur 3.

Mais était-ce là le seul emprunt fait à la Perinthia ? La chose en soi ne semble guère probable : eût-on pour si peu accusé Térence d'avoir contaminé deux pièces grecques? D'ailleurs Donat nous met sur la piste d'un autre emprunt, par cette note au vers 301, à propos des personnages épisodiques Charinus et Byrria : « Has personas Terentius addidit fabulx ; nam non sunt apud Menandrum. » Les

1 Donat a déjà dit au v. 10 : « Prima scena Pcvintliiœ fere eisdem verbis quibtis Andria scripta est. Cœtera dissimilia sunt, exceptis duoius locis, altero ad versus XI, altero ad XX versus, gui in utraque fahiiila positi sunt. » Il s'agit évidemment des deux pièces grecques. N'y a-t-il pas contradiction entre ce scholion et celui du vers 13, que nous avons cité ? Si la contradiction existait, c'est à celui-ci qu'il faudrait s'attacher en sacrifiant l'autre qui impliquerait de la part de Donat une comparaison exacte et suivie des deux pièces grecques : or, son commentaire montre qu'il ne l'a pas faite ; il ne cite jamais la pièce secondaire, il ne l'a môme pas lue (cf. la règle établie par Iline). Mais la contradiction n'est pas réelle ; le contenu principal des deux scènes était le même ; les amours de Pamphilus y étaient racontés dans les mêmes termes . Seulement, dans l'une le récit était encadré par un dialogue, dans l'autre il se produisait sous forme de monologue. La différence portait sur quelques vers accessoires. Cf. Grauert, cité par Regel^ p. 2, note G.

2 Dziatzko (p. 249) a tort de croire que l'entretien de Simon avec sa femme n'avait, dans Ménandre, que quelques vers. Cf. Donat : a ubi senex ita cum uxore loquitur iit apud Tercntium cum iibcrto. »

3 Térence n'a pu substituer l'affranchi à la femme sans changer quelques détails de l'original. Cf. les vers 35-40.

deux rôles n'appartenaient donc pas h.VAndria grecque: ils se détachent en effet très facilement, sans préjudice pour l'ensemble. Or Térence ne les a pas tirés de son propre fonds ' : de la part d'un poète qui dans ses autres œuvres a toujours suivi de près ses originaux grecs, un pareil acte d'indépendance est invraisemblable, surtout à ses débuts ; s'il avait pris la liberté d'introduire dans le modèle grec un épisode de sa façon, ses ennemis qui lui reprochèrent un simple mélange d'éléments empruntés à Ménandre, n'auraient pas manqué de la signaler comme une altération encore plus grave, et il aurait dû se disculper aussi de ce chef dans le prologue ; enfin n'est-il pas frappant qu'un fragment de la Perinthia de Ménandre, cité par Athénée :

corresponde à deux vers de Térence, qui font justement partie d'une scène où figurent Charinus et Byrria ?

.... pucrum incle abiens conveni Chremis : Holera et pisciculos minutos ferre. .

Les deux rôles furent donc pris à la Perinthia ; cela est, sinon évident, du moins à peu près certain. Pour être exact, Donat aurait dû dire : « Non sunt apud Menandrum in Andria. » Il ne s'est pas exprimé ainsi, parce qu'il n'a pas eu sous les y^;ux l'original secondaire et ne l'a connu qu'indirectement, comme le prouve l'absence de toute citation. Mais enfin, puisque les deux pièces de Ménandre étaient de sujets semblables^ et que Térence trouvait dans la Perinthia un ensemble de personnages plus complet, mieux à son goût, pourquoi ne l'a-t-il pas choisie pour original principal? C'est que V Andria, malgré cette infériorité, facile

' L'opinion contraire, soutenue par Grauert, a été reprise par Spengel (éd. de V Andria, Weiàmann, p. XII), qui ne l'appuie d'aucune raison décisive.

2 Sur la ressemblance des deux pièces grecques, leur ancienneté relative et toutes les autres questions que nous n'avons pas à traiter ici, cf. Dziatzko, die Andria des Menandcrs,

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