CHAPITRE TROISIÈME
d'ailleurs à réparer, avait toutes ses préférences au point de vue des pensées et du style '.
Sur la composition de VEunuque, Térence nous donne dans le prologue les renseignements suivants : l'original principal est VEunuque de Ménandre :
.... Quam nunc acturi sumus, Menandri Bunuclium... 2
Il y a de plus un original secondaire, le Colax, du même poète :
Colas Menandri est : in ea est parasitas colax Et miles gloriosus : eas se non negat Pei-sonas transtulisse inEunucham suam Ex Grîeca s
D'après les termes clairs et précis de cette déclaration, Térence a fait passer du Colax dans VEunuque les personnages du parasite et du soldat, comme il avait déjà transporté Charinus et Byrria de la Périnthienne dans VAndrienne. Rien n'empêche de la tenir pour rigoureusement exacte. On peut très bien, en effet, supprimer les deux rôles dont il s'agit; l'unité de l'action n'en reste pas moins intacte, et la marche de l'intrigue n'est aucunement entravée. Ni Thrason ni Gnathon ne paraissent au premier acte. Il y est seulement question d'un soldat, rival de Phaedria auprès de Thaïs. La courtisane, qui ne Taime pas, est forcée pour le moment de le ménager ; car il va lui faire présent d'une jeune esclave, Paraphila, qu'elle tient beaucoup à posséder, parce qu'elle la sait de condition libre par naissance et pourra bientôt la rendre à sa famille. A l'acte II, scène 2, la jeune fille est amenée chez Thaïs par le parasite Gna-
1 II est possible que Térence ait emprunté quelques détails, en dehors de ces deux emprunts principaux, soit à la Perinthia, soit à une autre source. Mais il ne faut tenir aucun compte de la remarque de Donat au vers 959 : « Hanc senttmtiam totam Menandri de Eunucho transtnlit ; et hoc est quod dicitur contaminari non decere, etc. » La pensée dont il s'agit est une maxime épicurienne que Ménandre a pu formuler bien souvent dans son théâtre ; elle se trouvait dans V Eumirpic, elle était sans doute aussi dans VAndrieniw et ailleurs encore. Cf. Ihne, op. cit. p. 7,
2 Eim. i)rol. 19 sq, — 3 md. 30 sqq .
thon. Cette démarche avait aussi Ueu dans la pièce grecque ; elle est indispensable pour la suite de Taction ; elle motive la scène 3, où Chciîréa se présente désolé d'avoir perdu la trace de Pamphila qu'il suivait, où Parménon lui apprend qu'elle vient d'entrer chez Thaïs, où se décide, enfin, la substitution de Chœréa à l'eunuque. Mais la participation de Gnathon à cette démarche n'est pas du tout nécessaire : dans la pièce grecque, la jeune fille était sans doute conduite par un esclave quelconque du soldat ; en arrivant sur la scène, il disait en deux mots sa mission ; puis, apercevant Parménon, il engageait avec lui une petite conversalion. Le monologue de Gnathon (1-34) est donc tiré du Colax, le dialogue qui suit se trouvait dans VEunuque. C'est dans ce sens qu'il faut interpréter la remarque de Donat au vers 228 : « Hsec apud Menandrum in Eunucho non swit, ut ipse professus est, parasiti persona et militis, sed de Colace translata} sunt. » La scène première de l'acte III n'est en rien utile à l'action ; que viennent faire chez Thaïs le soldat et son parasite ? Ils viennent la prendre pour le festin. Mais elle a déjà reçu l'invitation ' et s'y rendrait bien toute seule. Il est vrai que cette scène est liée à la suivante, où Parménon amène à Thaïs l'esclave noire et le prétendu eunuque, présents de Phaedria. Mais la liaison est l'œuvre de Térence ; on peut la rompre sans préjudice pour l'action. Dans VEunuque grec, au début de l'acte, au moment où Thaïs (Chrysis) ^ partait pour se rendre chez Thrason, Parménon lui présentait les cadeaux de son maître. Remarquons ici, une fois pour toutes, qu'en dehors de la scène du second acte où le parasite a pris la place d'un autre personnage, Thrason et Gnathon ne paraissent jamais qu'au commencement ou à la fin d'un acte; les scènes où ils figurent ne sont jamais fortement unies à l'ensemble : elles y sont soudées par un bout ; avant ou après se trouve une pause de l'action^. Ainsi l'acte IV se termine par la
1 Par Gnathon, cf. v. 266 : rogare ad ceiiam ut venîat.
2 Cf. le passage de Perse cité plus haut, à la p. 74.
8 Cf. la position de la scène du rapt, provenant aussi d'un original