CHAPITRE TROISIÈME
marche offensive du soldat, de son parasite et de son armée contre la maison de la courtisane. Cette scène épisodique se sépare sans effort de la précédente. Dans VEunuque de Ménandre, Thaïs revenait en toute hâte de chez le soldat, qui, irrité par la jalousie, l'avait menacée d'aller lui reprendre Pamphila. Chrêmes, le frère de la jeune fille, recommandait de tenir la maison fermée, tandis qu'il irait chercher la vieille nourrice et lui montrer les preuves d'identité. L'acte s'arrêtait là : le soldat n'exécutait pas sa menace. Qui ne voit enfin que la pièce est terminée, lorsque Chaeréa, sortant de chez Thaïs, annonce à Parménon et à Phaedria la conclusion de son mariage et la réconciliation de leur père avec la courtisane? L'amusante scène où Thrason, par l'entremise de Gnathon, fait sa paix avec les deux frères, est encore un hors-d'œuvre.
Le témoignage formel de Térence est donc confirmé par la facilité avec laquelle, sans nuire à l'intégrité de la pièce, on en retranche les rôles du soldat et du parasite. Il n'est pas nécessaire d'admettre * que ces deux personnages existaient déjà dans l'original principal et que Térence s'est contenté de substituer à certaines parties, plus ou moins considérables, de leurs rôles d'autres parties, préférables selon son goût, tirées de l'original secondaire. Ce que Térence a trouvé dans VEunuque grec, c'est seulement la mention d'un soldat, rival de Phœdria. Elle lui a suggéré l'idée de mettre en scène ce soldat ; pour en écrire le rôle, il a alors cherché un modèle dans le répertoire de la comédie nouvelle qui avait fait de ce type un usage fréquent. Il a choisi le Colax de Ménandre, et la raison déterminante de son choix a sans doute été une grande analogie de situation. Un fragment de la pièce 2 nous indique au moins qu'il
secondaire, dans les AdelpUes (II, 1). Il en est à peu près de même pour les scènes de Gharinus et Byrria dans VAndricnnc.
1 C'est l'opinion d'Ihne, oj?. cit. p. 16sqq, qui suppose une trop grande ressemblance entre les deux pièces de Ménandre.
2 Cf. fr, 2. L'étude des frag. du Colax, montre aussi que Térence a
i86 LES PROLOGUES DE TERENGE
y avait un festin ; à ce festin assistait probablement un rival dont la présence était la cause d'une querelle entre le soldat et la courtisane. C'est à la suite de la querelle qu'il venait, avec son cortège burlesque, mettre le siège devant la maison de l'infidèle, dans le but de lui reprendre ce qu'il lui avait donné. Le rival jouait tantôt le rôle de Chrêmes, comme dans la scène du siège, peut-être avec une nuance plus énergique, tantôt celui de Phaedria, comme dans la scène finale de réconciliation. En même temps que le soldat Bias, Térence fut amené à transporter dans ['Eunuque le parasite Strouthias et les personnages secondaires qui les accompagnent dans leur expédition contre Thaïs. Pour fondre les scènes empruntées à l'original secondaire avec l'original principal, il lui a suffi de changer ça et là un mot, d'ajouter ou de couper quelques vers '.
Le prologue des, Adelphes nous apprend que cette comédie fut, elle aussi, composée au moyen d'un double modèle grec :
« Synapothnescontes Diphili comœdia est : Eam Comtn orientes Plautus fecit fabulam. In Grpeca adulescens est, qui lenoni eripit Meretricem in prima fabula ; euin Plautus locum Reliquit integrum ; eum hic locum sumpsit sibi In Adelphos " »
Il résulte de ce texte que l'original principal des Adelphes est une pièce grecque du même nom, dont l'auteur, d'après le témoignage unanime des didascalies, de Donat ^ de
beaucoup élagué. Les deux rôles en question, épisodiques dans sa pièce, tenaient évidemment une place bien plus importante dans le Colax.
' Par ex., pour introduire Gnathon au premier acte^ il a remplacé au V. 228 par les mots a 2}C'rasitus Gnatlio d, une autre désignation de personne . C'est cette substitution qui a appelé juste à ce vers la remarque de Donat citée plus haut. Les réflexions de Parménon pendant le monologue (254, 265) ou bien sont de Térence, ou bien étaient faites dans l'original par un autre personnage écoutant également sans être vu. Au vers 265, un mot de transition, « sed ego cesso.. . » i-accorde le morceau tiré du Colax à VUunvquc. — L'imitation de Térence a été beaucoup moins libre que ne le voudrait Braun, Quœst. Terent. léna, 1877, p. 23sqq.
3 Dans la préf. de la pièce et V Auctarium de la Vlta Terentl.