‹ Les prologues de TérenceChapitre 83 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Suétone ' et de Varron, est encore Ménandre, le poète préféré de Térence. Les Synapothnescontes de Diphile ont servi d'original secondaire. Dans les Àdelphes de Ménandre, le rapt d'une courtisane, enlevée par Eschine pour son frère Ctésiphon, était le pivot de toute l'intrigue, mais le spectateur n'y assistait pas. Il en recevait la première nouvelle, comme Micion, par Déméa. Au début du second acte, des renseignements plus détaillés lui étaient fournis par un monologue du leno 2, qui venait réclamer, sinon l'esclave volée, au moins le remboursement du prix qu'elle lui avait coûté. Térence eut l'idée de mettre le rapt en action. Il chercha donc dans le répertoire grec une scène de ce genre, la trouva dans les Synapothnescontes de Diphile et la mit en tête de son deuxième acte, avant le monologue du leno. Ce qui prouve bien qu'il ne doit pas à l'original secondaire autre chose que la scène où Eschine, aidé de son esclave Parménon, malgré la résistance désespérée du leno^ fait entrer la courtisane dans la maison de Micion, c'est que Donat, au quatrième vers du monologue de Sannion, le leno, cite le fragment correspondant de Ménandre ■'. Le commencement de ce monologue, abrégé sans doute par Térence, marque donc la limite du morceau emprunté à Diphile, qui se réduit à une quarantaine de vers '*. On con-

1 Suét., Vie de Ter,, cite le témoignage de Varron. D'après Scliœll {MecJi. Jalirb. 119 ; p. 44 sqq), Ménandre avait fait deux comédies de ce nom. L'une ('AosXyol a') est l'original du Stichus de Plante, l'autre ('AocX-^ol [3')a servi de modèle à Térence.

'^ Dziatzko (éd. des Adcljjhcs, Teubner, p. 10 sq) pense que le second acte de Ménandre commençait par l'arrivée d'Eschine qui faisait un court récit des faits. Cela est encore possible. Dans ce cas Térence aurait remplacé ce petit monologue par la scène de l'enlèvement.

^ Ce fragment n'a pas encore pu être déchiffré.

* Grauert attriljue à Diphile tout le rôle du leno, et K. F. Hermann {de P. Ter. A.del2)his) tout le second acte. Cf. Klaseu, 02J. cit., 6 sq. Cette opinion les amène l'un et l'autre à penser que le premier acte de Ménandre différait sensiblement de celui de Térence, et c'est ainsi qu'ils expliquent le jugement de Varron, cité par Suétone : a J^^arib Adelphorum principiuvi Varro etiam prœfcvt princlpio Mcnandri ». Nous avons dit plus haut qu'il faut songer simplement à une différence de détails et de style. Cf. aussi Fielitz {Flech. Jahrb. 97, p. 675 sqq) qui soutient que

çoit dès lors que Plaute, dans sa traduction des Synapothnesco7ites, ait pu omettre un passage de si peu d'ôtendue sans inconvénient. Enfin réduire l'emprunt à ces bornes étroites, c'est se conformer strictement aux indications de Térence qui désigne, comme fournie par la pièce de Dipliile, la seule scène du rapt '.

Quant aux trois autres comédies de Térence, rien ne porte à croire qu'elles soient le produit d'une contamination. Dans le prologue de V Heautontimorumenos^ il est dit que le poète a fait

Ex mtagra greeca integram comœdiam, 2

d'une pièce grecque intacte une pièce latine intacte. Il n'est nullement question d'original secondaire. La forme sous laquellle sont reproduits un peu plus loin le grief de contamination et la réponse du poète, montre bien que ce grief ne s'applique pas à la pièce actuelle :

c( Nam quod rumores distulerunt malivoli, Multas contaminasse G-rœcas, dum facit Paucas Latinas, factum hic esse id non negat, Neqne se pigere et deinde facturum autumat. 3 »

Dans l'attaque et dans la riposte tout est général ; pas un mot qui vise VHeautontimorumenos. Ni Luscius, ni Térence ne se seraient bornés à des généralités aussi vagues^ si la pièce avait fourni matière à une accusation précise. Il s'agit évidemment d'œuvres déjà jouées, déjà jugées. D'ailleurs, en lisant avec attention cette comédie, on n'y trouve aucune partie qui puisse se détacher de l'ensemble. Les rôles de Clitiphon et de Bacchis, auxquels on pourrait d'abord songer, sont indispensables. Il résulte de la première scène qu'avant d'être son voisin de campagne Chré-

idans Ménandre, au début de la pièce, Eschine était déjà rentré et Micion jnformé du rapt. Klasen, op. cit. 16 sq. réfute sans peine cette opinion.

1 Sur les diiïérences de détail entre Ménandre et Térence, et en parti- ,culier sur le cinquième acte, cf. Klasen, oj). cit., 12 sqq. L'étude de ces , questions n'est pas de notre sujet.

2 Prol. V. 4. — 3 Ibid. 16 sqq.

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