‹ Les prologues de TérenceChapitre 87 sur 143 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

en même temps découvrir, malgré le silence des prologues à cet égard, le véritable motif qui conduisit Térence à l'emploi du procédé.

Voyons d'abord si les trois comédies que Térence a composées au moyen d'un double original, laissent à désirer sous le rapport de l'unité. Les remarques par lesquelles nous avons tout à l'heure défini son procédé, font à elles seules pressentir que nous trouverons sans fondement le reproche de Luscius. Elles nous ont montré, en effet, la prétendue contamination, non comme un mélange confus de pièces sans analogie, mais comme l'addition à un original principal d'éléments choisis dans un original secondaire qui lui ressemble par certains côtés. Une telle façon d'opérer est le fait d'un poète qui a vu l'écueil du système et qui prend toutes ses mesures pour s'en garantir. L'analyse attentive des pièces elles-mêmes démontre qu'il y a réussi. L'action, une et simple, de VAndrienne grecque peut se résumer en ces quelques mots : Simon veut marier son fils Pamphile à Philumena, fille de Chrêmes ; le jeune homme se refuse à ce mariage, parce qu'il est engagé avec Glycérium ; elle est reconnue pour une autre fille de Chrêmes et il l'épouse. Qu'y a-t-il de plus dans VAndrienne latine ? Sosia, le personnage protatique, dont la présence ne saurait évidemment nuire à l'unité de la pièce, et l'épisode de Charinus. Charinus est un jeune homme épris de cette Philumena que Pamphile, son ami, serait au désespoir d'épouser. L'introduction de cet épisode dans l'intrigue partage-t-elle l'intérêt et détruit-elle l'unité d'action? Non, puisque la question que le dénouement résoudra est toujours la même, une et simple : Pamphile épousera-t-il enfin Glycérium ? Voilà tout ce qu'il s'agit de savoir. Nous savons bien d'avance que, si ce mariage a Heu, le mariage de Charinus avec Philumena en sera la conséquence, que le sort de Charinus, qui ne prend d'ailleurs aucune part active aux événements de l'intrigue, sera fixé du même

coup que celui de son ami ^ Remarquons aussi que les scènes ou parties de scène dont ce personnage épisodique est acteur, tiennent très peu de place dans Tensemble, si bien qu'il n^y a pas plus disproportion que disparate. Dans VEunuquede Ménandre, il était question d'un soldat; mais on ne le voyait pas. Après avoir fait présent à sa maîtresse Chrysis de la jeune esclave, il invitait la courtisane à dîner et, pendant le repas, pris d'un accès de jalousie, menaçait d'aller reprendre son cadeau; Chrysis, effrayée de ces menaces, se retirait précipitamment chez elle pour hâter la reconnaissance de l'esclave comme citoyenne ; n'ayant plus après cela de ménagement à garder avec le soldat, elle ouvrait de nouveau sa maison à Chserestratos. De personnage invisible qu'il était chez Ménandre, le soldat passa chez Térence à l'état de personnage visible. Il parut sur la scène, flanqué tantôt de son seul parasite, tantôt de toute une escorte grotesque. Il vint lui-même prendre la courtisane Thaïs chez elle pour la conduire au repas ; il donna à ses menaces de reprendre Pamphila un commencement d'exécution, en mettant le siège devant la maison de Thaïs ; il fit enfin sa soumission au rival qui l'avait supplanté. Térence s'est donc borné à mettre en action et à développer les incidents simplement racontés par Ménandre ; il n'a rien ajouté d'important, rien changé à la donnée de l'intrigue originale. L'action principale, à laquelle tout se subordonne et qui fait l'unité de la pièce grecque, comme de la pièce latine, c'est le mariage du faux eunuque Chaeréa avec Pamphila, qu'il a d'abord violée et qui est ensuite reconnue pour la sœur de Chrêmes. Rien de plus simple et de moins préjudiciable pour l'unité d'action que le changement apporté à l'économie des Adelphes : un événement qui fait partie essentielle de l'intrigue, l'enlèvement de la musicienne, n'était que raconté dans Ménandre ; Térence l'a

1 Au reste, s'il était vrai que l'unité d'action fît défaut à VAndria de Térence, il faudrait adresser le même reproche à la Perinthia de Ménandre, dont l'économie comportait également l'épisode de Charinus .

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