‹ Les prologues de TérenceChapitre 88 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

mis en action dans une scène de proportions très restreintes.

L'unitô d'action est donc aussi parfaite dans les trois pièces contaminées de Térence que dans les originaux. Mais, si le fond en est un, n'y a-t-il pas dans la forme quelques discordances de détail ? Les morceaux rapportés s'ajustent-ils si bien au morceau principal que nulle part on n'aperçoive trace de soudure maladroitement exécutée ?Pour VAndriemie et V Eunuque, on ne peut pas, je crois, y relever à à ce point de vue le moindre défaut : les rôles de Charinus et de Byrria dans l'une, du soldat et de son parasite dans l'autre ont été admirablement fondus avec le contexte de l'original principal, et, sans les renseignements qui nous apprennent le contraire, nous serions convaincus que chacune de ces comédies est la reproduction d'un seul modèle grec. A la rigueur, il y a pourtant dans VAndriewie un passage qui semble, mais au premier abord seulement, démentir notre appréciation. Aux vers 373 et suivant, Davus conseille à Charinus de faire une démarche auprès des amis de Chrêmes pour le succès de son mariage. Charinus promet de suivre le conseil et quitte aussitôt la scène. Or, dans le reste de la pièce il n'est plus jamais question de cette démarche. Faut-il croire que dans la Périnthienne il en était reparlé, et mettre ici une inconséquence au compte de notre poète ? Pas du tout : le conseil donné par Davus est uniquement destiné à motiver la sortie de Charinus qui ne doit pas assister à la suite de l'entretien où l'esclave engage Pamphile à faire semblant de consentir au projet d'union formé par son père : car instruit de cette feinte, il ne croirait pas à la fausse nouvelle que lui apporte un peu plus tard Byrria, et la scène où il accable son ami de reproches ne pourrait avoir lieu. Dans la Périnthienne, comme dans la pièce latine, la visite aux amis de Chromés restait à l'état de projet : entre le î moment où il quittait Pamphile et celui où Byrria, trompé par les apparences, venait lui annoncer que Simon avait trouvé son fils tout

disposé à se marier le jour même avec Philuména, Chari* nus n'avait guère le temps de courir la ville pour solliciter des recommandations. A VEnnuque aussi on a fait une petite querelle de ce genre : on a signalé ', dans le rôle de Chrêmes, aux scènes 6 et 7 du quatrième acte, un défaut d'unité, et on y a vu une trace mal dissimulée de la contamination. Il est vrai que le rôle de ce personnage dans la scène 6 appartient à VEunuque grec, tandis que son rôle dans la scène 7 provient du Colax ; mais la discordance signalée n'existe pas. A la scène 6, la venue imminente du soldat et de son armée jette Chrêmes dans un grand trouble et lui donne une forte envie de déserter la place, sous prétexte d'aller chercher la nourrice de Pamphila ; à la se. 7, il tient vigoureusement tête au soldat et ne lui épargne ni les injures ni les menaces . Le changement d'attitude est frappant sans doute ; il n'en est pas moins très naturel : Chrêmes aurait bien voulu se dérober à cette rencontre ; ne l'ayant pu, il prend son courage à deux mains pour faire bonne contenance ; les nécessités de la situation lui donnent quelque bravoure, bravoure plus apparente d'ailleurs que réelle, car on sent bien qu'il n'est pas à son aise et qu'il a hâte de voir finir la lutte "". De plus le changement ne s'opère pas tout d'un coup et sans préparation : les remontrances de Thaïs, qui se continuent même après l'arrivée du soldat, raffermissent peu à peu le jeune poltron. Enfin n'oubUons pas qu'il sort de table ; de son propre aveu ^, il a bu plus que de raison : ce que l'on peut trouver de bizarre à ses façons d'agir s'expUque par un commencement d'ivresse.

Les Adelphes, il faut l'avouer, ne sont pas aussi complètement à l'abri de tout reproche. Mais, à propos de cette pièce, on impute, en général ', à Térence beaucoup plus

1 Ihne, Quœst. Ter. 19 sq.

2 Cf. V. 807 sq. Il n'attend même pas que le soldat se soit retiré pour partir à la recherche de la nourrice. — ^ Cf. v. 727 sqq.

4 Cf. surtout Dziatzko, Rli. Mus. XXXI, 374 sqq, et Spengel, éd. des Adelphes., XII sqq.

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