‹ Les prologues de TérenceChapitre 9 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la fm du prologue, depuis le vers 35, où Ambivius prend si chaleureusement la défense du poète, Guyet pensait sans doute qu'elle était imitée du prologue de VHeauton^ timorumenos. Du moins il prétend que les trois vers :

Si numquam avare pretium statui arti meœ

Et eum esse quaestam in animnm induxi maxumum,

Quam maxume servire vostris commodis,

textuellement communs aux deux prologues ^ ont passé de celui de V Heautontimorumenos dans celui de 17/ec;/?'t'. Mais, abstraction faite de ces trois vers, qui ne sont à mes yeux ni un larcin imputable au faussaire ni une interpolation, et que je tiens pour une simple répétition -, il n'y a qu'une ressemblance assez vague entre la dernière partie des deux prologues. Pour obtenir l'attention et la bienveillance, Ambivius parle, dans l'un ^, de la fatigue excessive que lui cause la représentation des pièces très mouvementées [fabulœ motorUe \ dans l'autre^, des intérêts de l'art théâtral, motifs d'ordre tout différent. L'affirmation de Guyet ne repose donc sur rien de solide, et le faussaire, au profit duquel il veut dépouiller Térence, n'est qu'un rêve de son imagination.

L'opinion de Guyet, en ce qui concerne seulement les prologues de V/Iéojre, a été reprise et modifiée dans ces dernières années par M. Schindfer^ Frappé par certaines

1 Heaut. 2}rol . iS-bO. — Hec. p7-olog . ait. 41-43.

2 II est vrai que le Cod. Bembinus (A) ne donne pas les deux premiers dans le prol. de VHeaut. Mais il donne le troisième, qui ne peut se comprendre seul ; en sorte que l'omission des deux autres doit être considérée comme une erreur de copiste^ dont les exemples ne manquent pas (Cf. Umpfenbach. Terent. ja IX). Pour le sens, ces 3 vers sont à leur place dans les deux prologues. Tércnce serait-il donc le seul poète à s'être une fois répété .' — '■'< Heaut. prol. 35-45.

'<■ Tandis que Vllcaut. Q?,t utig fabula stataria. Cl. v. 36.

'- Ileo.prol. ait. 3G-40.

c H. Schindler, Ohscrv. crit. et lilst. in Tcrcntium. D. 1. Ilalis Sax. 1881 ; p. 39 sqq. — Quelques années auparavant G. Wilmanns, parmi les tlièse-H annexées à sa dissert, inaug. de didascaliis Tcrcntiaiùs, Berlin, 18G4, avait inséré celle-ci :« Ilccyrœ prologus altéra Terentio eonseri2)tus esse non vldetur ».

i2 LES PROLOGUES DE TÉRENCE

parliciilaritôs de métrique, de vocabulaire et de syntaxe, il a cru reconnaître dans ces deux morceaux une autre main que celle de ïérence. Mais il a vu qu'ils ne peuvent avoir ét6 écrits que du vivant de notre poète. La nature des idées développées dans le second et la place qu'y tient la personnalité d'Ambivius l'ont conduit à les attribuer l'un et l'autre à ce directeur de troupe. Mais, comprenant fort bien que son opinion ne serait pas soutenable, s'il était démontré que Térence assista aux reprises de l'/Zdcyre, il essaie de prouver que le départ de celui-ci pour la Grèce fut antérieur à la première,celle des jeux funèbres de Paul-Emile. Or cette base de tout le système manque absolument de solidité. Il est d'abord impossible à cause de ce vers ' du second prologue :

Ne eum circumventum inique iniqui inrideant,

de croire que la représentation définitive de VHécyre ait eu lieu en l'absence de Térence, Ensuite, pour reculer son départ jusqu'avant la première reprise, il faudrait admettre qu'antérieurement aux funérailles de Paul-Emile, où ils furent donnés avec VHécyre, les Adelphes avaient eu une autre représentation -, précédée du prologue actuel, qui atteste d'une manière évidente la présence du poète : nous verrons plus loin qu'une pareille hypothèse est inacceptable. On fait observer, il est vrai, que, si ïérence a vu la dernière reprise, aux jeux romains, en septembre, il n'a pu quitter Ptome que vers l'équinoxe d'automne ; car il est invraisemblable, étant donné le passage de sa biographie par Suétone, où il est question de ce voyage en Grèce, qu'il ail différé son départ jusqu'au printemps de l'année suivante ; et l'on insiste sur les difficultés de la traversée dans cette saison-là. Elles étaient réelles sans doute, mais elles n'arrêtaient pas tous les voyageurs, puisque Virgile, venant par mer d'Athènes, débarqua à Brindes quelques jours avant les

4 C'est ce que Schindler s'efforce de démontrer, op. cit. 29 sqq.

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