‹ Les prologues de TérenceChapitre 92 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

original, Thrasori, le soldat, est aussi très amusant. Vanité, sottise, poltronnerie, telle est en trois mots l'âme du personnage : ce familier imaginaire du grand roi, ce prétendu homme d'esprit, qui d'un bon mot écrase un adversaire, n'est qu'un nigaud dont le parasite se rit et s'engraisse, en attendant de le livrer pieds et poings liés à son rival ; ce fanfaron à la bruyante colère n'est qu'un peureux qui bat en retraite devant une femme. Voilà les deux types que Térence a mêlés à l'action. Au lieu de faire amener Pamphila à Thaïs par un esclave banal, il a chargé de ce soin Gnathon^ qui, à cette occasion, prenant texte d'une rencontre récemment faite, débite sa profession de foi : nul ne s'avisera, je pense, de la trouver longue ou déplacée, tant elle est intéressante, et de regretter ici Ménandre. Le soldat et son parasite assistent à la scène ^ où Parménon remet à Thaïs les présents de son maître Pheedria ; ainsi cette scène est plus animée et plus comique : on rit de la confusion que le soldat ne peut dissimuler à la vue du faux eunuque ; on rit des traits mordants que Parménon décoche au maître d'abord, puis au parasite. La scène du siège 3 est une admirable bouffonnerie. Thrason a mis toutes ses troupes sur pied, et quelles troupes ! Il lui faut une éclatante vengeance. Il range d'abord son armée en bataille d'après les principes d'une habile tactique, renouvelée, dit-il, de Pyrrhus, et dont la première préoccupation est de mettre en sûreté la personne du général. Avant de donner le signal, en homme sage qui connaît le prix du sang, il épuise tous les moyens pacifiques d'obtenir satisfaction; mais l'ennemi fait bonne contenance, et les menaces elles-mêmes ne l'intimident guère. Que faire ? Gnathon consulté ouvre un avis excellent : les femmes sont capricieuses ; la satisfaction que refuse Thaïs, maintenant qu'on l'exige, elle viendra bientôt d'elle-même supplier Thrason de l'accepter ; il n'y a donc qu'à battre en retraite. La solution plaît au soldat, et les troupes enchantées rentrent dans

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leurs foyers. La scène finale ne devait pas moins égayer le public, toujours aux dépens du fanfaron. Le voici qui retourne chez Thaïs, mais cette fois pour demander grâce et se rendre à discrétion : Hercule ne fut-il pas l'esclave d'Omphale ? Hélas ! au lieu d'une capitulation, il en aura deux à signer. Pendant son absence, d'importants événements ont rouvert à Phsedria la maison de la courtisane, et désormais le soldat n'y pourra pénétrer que si son rival veut bien le permettre. Tandis qu'il se tient à l'écart, Gnathon, investi de ses pleins pouvoirs, négocie le traité de paix. Il faut voir comme l'ambassadeur, qui n'a garde de s'oublier lui même, prend en main les intérêts de son maître et de quels traits flatteurs il le peint : l'heureux Phee* dria aura sans partage les faveurs de Thaïs ; Thrason, riche et stupide, paiera toutes les dépenses de la maison. Il va sans dire que les clauses du traité sont tenues secrètes : Thrason apprend seulement le succès des négociations. Ce qui achève de le rendre ridicule, c'est le contraste entre son humiliation profonde et ses airs de fatuité que, tout fier d'un si beau résultat, il reprend aussitôt. Il était impossible de finir la pièce par un tableau plus gai, et l'invitation du Cantor dut être accueillie par une salve bien nourrie de sincères applaudissements.

Grâce à la contamination, les Adelphes se sont enrichis d'une scène fort agréable. Elle présente aux yeux du spectateur un groupe de personnages nombreux, animé, aux attitudes variées et fortement accusées : Sannion, le leno^ indigné et désolé ; la musicienne, tremblante d'efl'roi entre son maître qui la retient et son ravisseur qui l'entraîne ; Eschine, plein de sang-froid et d'une imperturbable audace; Parménon, l'esclave, les poings serrés, ne demandant qu'à frapper. La situation est en soi des plus comiques pour le public romain : un leno, personnage odieux et méprisé, privé, en dépit des lois qui protègent la propriété et le domicile, d'une femme qui lui appartient, se voit pour comble de misère bafoué et battu. Elle est traitée d'une

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