‹ Les prologues de TérenceChapitre 93 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

façon très vivante, avec un entrain vraiment dramatique. D'abord les cris, les protestations bruyantes du leno alternant avec les paroles froides et énergiques d'Eschine, puis la lutte violente, enfin la série des ripostes alertes et ironiques qu'Eschine oppose aux raisonnements du leno, quand celui-ci a renoncé enfin à toute résistance matérielle. Il ne faut pas négliger de dire que cette scèoe du rapt, si amusante par elle-même, est utile au développement du caractère d'Eschine. Quel que fût dans Ménandre le début du second acte, monologue d'Eschine rentrant chez son père avec la musicienne ou monologue du leno venant réclamer satisfaction, le poète grec n'avait pu donner à l'assurance hardie, qui est le trait le plus frappant de ce caractère, autant de relief que Térence :au lieu d'un récit, plus ou moins circonstancié et imagé, de l'action audacieuse commise par le jeune homme, c'est l'action elle-même que nous avons ici, c'est le flagrant délit. Après avoir assisté à cette scène, comme nous trouverons saisissant le contraste des deux frères ! Quelle différence entre cette entrée tumultueuse d'Eschine triomphant et l'entrée modeste du timide Ctésiphon après la bataille !

Accroissement d'animation et de gaieté, voilà en un mot le profit que les œuvres de Térence ont retiré de la contamination. Ce résultat indique assez clairement quelle fut la raison qui détermina notre poète à adopter le procédé. Il voulut donner à ses comédies plus de variété et de mouvement dans l'action, plus d'abondance et d'énergie dans le comique, plus de vie, sinon intime, au moins superficielle, que n'en possédaient leurs originaux '. Mêler à l'action un plus grand nombre de personnages, représenter sur la scène des incidents dont Ménandre, son modèle, se bornait à parler ; tels furent pour lui les deux moyens pratiques d'arriver à ce but. Les matériaux des constructions acces-

1 II faut mettre à part la première scène de VAiidrieime. Si Térence y a introduit le personnage de Sosia, c'est surtout pour sauvegarder la vraisemblance. Cf. ch. 2, g 2.

soires dont il agrémentait ainsi l'ordonnance plus simple de l'édifice grec, il les emprunta à d'autres œuvres grecques, non pas seulement parce qu'il avait l'esprit peu inventif et que ces emprunts le dispensaient de créer, mais encore et surtout parce que cette façon de procéder était plus légitime et plus naturelle qu'un système d'additions originales. La palliata est par essence une traduction ; en général, une pièce grecque fournit assez d'étoiïe pour une pièce latine ; mais si, par exception, un seul original est trouvé insuffisant, n'est-ce pas au fonds grec, à une autre œuvre du répertoire, qu'il convient d'avoir recours pour le compléter? Il y a là une loi, issue de la force des choses, si juste et si impérieuse, que Plaute lui-même, esprit éminemment libre et primesautier, malgré des actes fréquents d'indépendance, d'indiscipline, s'y est plus d'une fois soumis, puisque Térence le met au nombre des poètes qui ont avant lui fait usage de la contamination.

Donat, s'il faut en juger par ce qui nous reste de son commentaire, n'a pas vu clair dans les intentions de Térence. Il ne nous dit nulle part pourquoi, à son avis, Térence a contaminé dans V Eunuque et dans les Adelphes. L'explication qu'il donne pour VA^idrienne est d'une faiblesse dérisoire. « Has personas, remarque-t-iP, en parlant de Charinus et Byrria, Terentius addidit, fabulœ. . . ne tpayiy.oj-cpov fleret Philumenam spretam relinquere sine sponso, Pamphilo aliam ducente^. » Nous ne savons presque rien de Philuména ; à peine nous a-t-on dit en passant qu'elle est riche =^ et qu'elle est belle''; nos sympathies ne se portent pas sur elle ; nous lui en voulons, au contraire, d'être, même involontairement, un obstacle au mariage de Pamphiius avec Glycerium. Celle-ci, le poète a tout mis en œuvre pour nous la faire aimer ; son sort nous intéresse vivement, et nous souhaitons qu'elle épouse Pam-

1 Ad Jnd. A. II, se. 1, (v. 30i).

2 Ihne nie l'authent. de cette scholie. C'est aller trop loin.

3 V. 100 sq. - 4 V. 428.

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