‹ Les prologues de TérenceChapitre 94 sur 143 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

philus. Quant au mariage de Philuméaa, il nous cause, il est vrai, une certaine satisfaction ; mais seulement parce qu'il fait le bonheur de Charinus. Ce n'est évidemment pas ainsi que Térence aurait distribué l'intérêt, s'il avait eu l'intention que lui prête Donat. Ici, comme dans VEunuque et les Adelphes, il a demandé à la contamination un surcroît de variété et de comique. Au surplus, la contamination n'est pas dans le théâtre de Térence le seul indice qui dénote ce penchant pour l'animation extérieure. Cinq de ses comédies sur six ont une intrigue complexe, deux couples d'amoureux ; dans une seule, VAndricmie, ce fait est le résultat de la contamination ; dans les quatre autres, l'économie de l'original comportait les deux couples. N'y avait-il donc dans le répertoire de la nouvelle comédie que des pièces de ce genre, à quelques exceptions près ? Le théâtre de Plaute suffît à prouver que non. Térence les a librement choisies. Evanthius a noté celte préférence; il en fait même un mérite au poète : « Illud eliam inter cœtera ejus laude dignum videtur, qiood locupletiora argumenta ex diipli' cibus negotiis delegerit ad scribendum. Nam excepta Hecyra, in qua unius Pamphili amor est, cxterx quinque binos adolescentuLos habent ^ »

On peut se demander pourquoi Térence n'a usé que trois fois des ressources de la contamination. A-t-il jugé superdii de rien ajouter aux originaux de ses trois autres comédies, parce qu'ils étaient assez animés et assez amusants par euxmêmes ? Celte opinion serait plausible, s'il ne s'agissait que du Phormion ; la pièce n'est certes pas languissante et ennuyeuse. Mais il y a V Heautontimonimenos ,oVi,(\\xo\{\\iQ l'intrigue soit complexe, l'action est très peu animée : Térence lui-même classe celle comédie parmi les fabulx slatarix'j parmi celles dont la représentation donne moins de fatigue aux acteurs, parce qu'elles ne contiennent que de calmes entreliens : « In ea est pura oratio'K » Il y a

1 De trag. et corn. — - Cf. Hcaut. jfrol. v. 36.

3 Ibid,, 40. Le sens de jntra est nettement détenniné par le contexte :

surtout VHéci/rc, dont la simplicité d'intrigue, unique dans le théâtre deïérence, a été signalée par Evanthius ; tableau finement peint de la vie de famille, étude de mœurs très attachante à la lecture, mais un peu froide et terne à la scène. Ce qu'il lui manquait de couleur et de vie, n'était-ce pas le cas de le demander à la contamination ? Certes, Térence eut le temps d'y réfléchir entre le premier essai de représentation et la représentation définitive. S'il fit des retouches dans l'intervalle, ce que nous ignorons, il laissa à l'intrigue sa simplicité, il ne contamina pas. Je crois que deux motifs sérieux l'empêchèrent de suivre plus souvent son penchant pour ce procédé de composition. D'abord, après V Andrienne et VEunuque, deux pièces contaminées, qui se succédèrent coup sur coup, il voulut montrer à ses adversaires et au public que l'appui de la contamination n'était pas indispensable à son talent. Ensuite le désir de varier et d'égayer fat toujours subordonné chez cet artiste délicat au sentiment et au respect de l'unité ; il considéra la contamination comme une opération périlleuse qu'il ne fallait entreprendre que dans des conditions très favorables ; lorsqu'il ne trouva pas d'original secondaire dont il pût sans danger fondre quelque partie avec son original principal, il s'abstint et sacrifia l'animation à l'unité.

En se servant de la contamination, Térence obéissait-il vraiment à un penchant naturel, ou bien faisait-il violence à ses goûts personnels pour se conformer à ceux du public ? Certes, les qualités au profit desquelles se faisait l'opération étaient loin de déplaire aux spectateurs romains, et s'ils avaient été eu mesure de comparer l'original principal avec la reproduction latine, c'est à celle-ci sans contredit qu'ils auraient donné le prix. Trop grossiers pour s'intéresser aux longs détails d'une savante étude morale, il leur fallait surtout dans une pièce de l'action et du comique. Ils aimaient

Vlleaut., pièce calme, où les personnages ne font que discourir, est op' posé à ces pièces mouvementées (motorlœ), où ils se démènent et crient. Celles-ci sont laioriosœ pour l'acteur, VUeaut. est lenis. Cf. v. 44-45 du prol .

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