‹ Les prologues de TérenceChapitre 97 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

plus courte comédie de Térence, XHccijre^ qui a 8*23 vers, el la plus longue, VEanuqiie, qui en a 10i9', Técart est de 226 vers ; c'est-à-diro que les limites normales étaient très élastiques. Des trois pièces contaminées, V Eunuque (t?>{ de beau coup celle qui doit le nombre de vers le plus considérable à l'original secondaire. Or, ce nombre dépasse à peine la diiïérence donnée tout à l'heure. En retranchant de la pièce latine tout l'appoint fuurni [)ar la contamination, on a encore une longueur suffisante i)Our qu'il ne soit pas nécessaire d'admettre que Térence ait pratiqué des coupures importantes dans l'original principal. Quant aux coupures de détail, il s'en est permis plus d'une ■', mais aussi bien dans les pièces à un seul que dans les pièces à double original : elles n'ont rien à voir avec la contamination ; elles se rattachent à la série des petites améliorations dont nous parlions plus haut à propos des Adel^ plies '.

La conclusion de tout ce débat est que Térence n'était pas coupable. Ses devanciers, doués d'un goût moins déli" cat et moins sûr, uniquement préoccupés de donner à leurs comédies une allure aussi amusante que possible, n'avaientils pas toujours su avec autant d'art ({ue lui se garder contre les dangers du procédé ? Certaines de leurs œuvres,

1 Déduction faite, bien entendu, des prologues. Quant aux autres pièces, VAnd. a 95i vers, les Adcl2>hcs 972, VUcaut. 1015, le Phormion 10.21.

2 Environ 210. 'L'And. en a gagné environ 100, les Ad. iO.

2 Ainsi, nous savons, par le passage de Perse mentionné i)lus haut, que Térence a supprimé qq. vers au début même de V Eunuque ; nous avons signalé une autre coupure au v. 1001 de la môme comédie. Donat remarque au V. 825 de VJIcc. : « ]lrrvitati consuUt Tercnthis : nam ni grœca liœc aguntur,noii narrantur ». On a beaucoup discuté sur le sens précis de cette note (Cf. surtout, Hildebrandt, dr lire. Ter. orig. et Kampe, op. cit.). Ce qu'il y a de certain, c'est que Térence a ici abrégé son original.

'>■ Je ne crois pas non plus à la prétendue suppression de nombreuses sentences. Les sentences fourmillent dans les pièces de notre poète ; d'un autre côté, les fragments des originaux grecs ne confirment pas cette opinion. Il est vrai que plusieurs sentences, citées comme appartenant aux AdcljjJie.'i de Ménandre, ne se retrouvent pas dans la pièce latine ; mais il ne faut pas oublier cpie le titre 'AosX-^o'i était porté par deux comédies de Ménandre. Cf. Dziatako (éd. des Ad. Teubner) 5 sq.

mélanges plus ou moins incohérents d'éléments disparates, péchaient-elles sous le rapport de l'unité ? Cela est très possible. Mais la contamination n'est pas responsable de ces fautes : il ne faut condamner que la manière maladroite dont ils s'en sont servis. Térence a usé d'un procédé légitime, il en a fait un usage irréprochable. Sans détruire l'unité, il a su accroître la variété ; sans manquer aux exigences de l'art, il a rendu ses œuvres plus agréables au public. Une telle conduite mérite-t-elle autre chose que des éloges? Luscius était trop lettré pour ne pas sentir lui-même que son accusation était injuste. Mais la mauvaise foi est volontiers compagne de l'envie.

Térence a été accusé de plagiat deux fois, à propos de V Eunuque d''a.hord, plus tard à propos des Adelphes. Voici, d'après le récit du poète lui-même, dans quelles circonstances et dans quels termes l'accusation se produisit la première fois ' :

a Quam nunc acturi sumiis,

Menandri Eunuchum, postquam îedilcs emerunt, Perfecit (Lusc'ms) sibi ut inspiciundi esset copia. Magistratus cum ibi adesset, occepta est agi. Exclamât f urem, non poetam, f abulam Dédisse, et nihil dédisse verborum tamen ; Colacem esse Njevi et Plauti, veterem f abulam, Parasiti personam inde ablatam et militis. »

Ainsi VEunuque a été acquis par les édiles ; on répète en présence des magistrats ; Luscius trouve moyen de se faire admettre à la répétition. Tout à coup il s'écrie : « C'est un voleur, non un poète, qui a donné la pièce ; mais il n'a pas donné le change "". Il y a le Colax de Névius et de Plaute,

1 Eun. prol., 20 sqq.

2 II y a dans les paroles de Luscius, rapportées par Térence, un jeu de mots que je me suis efforcé de rendre : il résulte de la présence dans les deux locutions rapprochées, dont l'une proverbiale, du même verbe de-

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