Ibid
saya plusieurs fois de s’eu emparer; mais le sire de Kergomar était un vieux chef de bandes, tout cousu de cicatrices, et dont la prudence ne se trouvait jamais en défaut. Il déjoua toujours les tentatives de Guy-Eder, qui se rabattit alors sur le château de Coëlfroc, qu’il fortifia de son mieux, et d’où il étendit ses ravages sur ioute la contrée. Il prit successivement Paimpol et Lannion; puis, descendant vers le Léonnais, il pilla Landernau, où il ne laissa, dit Moreau, que ce qui était trop lourd ou trop chaud pour être emporté.
Ce fut dans cette expédition qu’un de ses^délachements, commandé par Jean de Rosmar, rencontra un enfant d’environ douze ans, qui se rendait de Plouguernau à Saint-Pol, suivi d’un domestique. Jean, l’ayant interrogé, apprit qu’il était fils d’un des quatre notaires publics du Léonnais, et que l’on pouvait, en le retenant, espérer une rançon. En conséquence il confia l’enfant à un de ses chevaulégers et continua sa route vers Lesneven.
Le but de l’expédition n’était point seulement de voir comment cette ville était gardée, mais aussi de
surprendre, s’il se pouvait, le Folgoèt, qui était un de ses faubourgs.
La gramledévotion des Bretons pour la chapelle de cette bourgade l’avait en effet enrichie plus qu’on ne peut croire. La sainteté du lieu datait déjà d'environ deux siècles. Un pauvre enfant de Lesneven, appelé Jean Salaün, s'était fai' remarquer aux écoles où l'avaient envoyé ses parents par cet idiotisme inoffensif et tendre pour lequel les Armoricains ont toujours montré une sorte de vénération. De toutes les leçons de ses maîtres, il n’avait pu retenir qu’une seule chose, le nom de Marie, qu’il répétait sans cesse d’une voix chantante et ravie. Ayant perdu ses parents, il se retira dans un bois voisin de la ville, au bord d’une fontaine, où, comme un passereau solitaire, il solfiait à sa mode les louanges de la Vierge adorable à laquelle U avait consacré son cœur l . 11 était toujours nu-pieds, misérablement vêtu, n’ayant pour lit que la terre nue, pour chevet qu’une pierre, pour toit qu’un vieux chêne auquel