‹ Les promenades matinalesChapitre 18 sur 23 · LA C HATAI G N F. HAYE ET JARNAC · texte numérisé non relu

LA C HATAI G N F. HAYE ET JARNAC

y manquerait serait déclaré non noble lui et sa postérité. »

La Chùlaigneraye fit signifier à Jariiac la patente du roi, en le sommant de lui faire connaître, aux Tournclles où il se tiendrait, les armes offensives dont il devait se servir ,. demandant seulement qu’elles fussent d’un gentilhomme d’hoqneur.

Le sieur de Jarnac répondît que comme l’assaillant avait le choix du camp, lui, défendeur, devait choisir la manière de combattre et qu’il ferait ce choix plus tard, qu’il envoyait toujours à La Chàtaigneraye la liste des objets dont il devait se fournir pour le jour désigné.

il est évident qu’en faisant remettre cette note à son adversaire, Jarnac n’avait pour but que de le

laisser dans le doute sur la nature du combat, de

l’empêcher de s’y préparer et de tenir son esprit en inquiétude. Aussi La Uhàtaigneraye s’écria-t-il lorsque la note lui fut signifiée.

— J’accepte le contenu de3 articles, mais je vois

qu’il veut combattre mon esprit et ma bourse.

(Juantau jour du duel, il fut convenu que l’on choisirait le dixième jour de juin.

L’animosité était fort grande des deux côtés; le père de Jarnac avait dit « que si son fils n’eût point accepté le combat, lui-méme eût combattu, malgré son âge, pour cette juste querelle. » Les amis des deux familles étaient accourus et formaient, à chaque adversaire, une sorte de petite armée.

Le camp fut dressé près du parc. Lesoombaltànls avaient chacun leurs parrains qui remplissaient l’ office des témoins dans nos duels modernes, et qui réglèrent définitivement les conditions de la lutte.

Les différentes armes uffensives ou défensives dont les combattants devaient se servir, furent successivement apportées au son des irom pet te s et tambouriers sonnants et acceptées par lesdits parrains.

Cela prit un temps considérable. Enfin, lorsque tout

fut achevé, l'un des prévôts Ût le ban et s’écria :

« De par le roi, je fais exprès commandement â » tous, qu’aussitôt que les combattants seront au » combat, chacun des assistants ait à faire silence,

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» ni parler, ni tousser, ni cracher, et ne faire aucun » signe, ni de pied, ni de main, ou d’autres qui » puissent aider ou nuire, ni préjudicier ni à l’un, » ni à l'autre desdits combattants; et, davantage, » je fais exprès commandement de par le roi, à tous, » de quelque qualité et grandeur qu’ils soient, pen- » dant et durant le combat, il n’y ait à entrer dans » le camp, Di à survenir, ni à l’un ni à l’autre des » combattants, pour quelque occasion que ce soit, » sans, permission des sieurs connestables, mares- » chaux de France, à peine de vie. »

Les combattants furent alors conduits dans le champ-clos par leurs parrains , ayant à leur tête les hérauts, trompettes et tambourlers sonnants. Ils s’avancèrent jusqu’à l’échafaud du roi où le saint évangile était posé sur le carreau de victoire , recouvert d’un drap d’or traînant jusqu’à terre, et ils prononcèrent leur serment, la main étendue vers le livre sacré.

La Chàtaigneraye jura qu’il était venu, à juste cause, attaquer Guy Chabot, qu’il ne portait sur lui ni armes, ni paroles dont il se voulût aider déloya-

leraent contre lui, mais qu’il voulait employer seulement la force de son corps et de son âme.

Jarnac jura, de son côté, qu’il avait bon droit, qu’il ne portait ni armes cachées, ni paroles charmées et qu’il n’espérait qu’en Dieu et en son bon droit.

Chacun des combattants était armé d’une épée, dont la garde était faite en croisée et de quatre daguettes, dont les deux grandes avaient été attachées sur la cuisse droite avec des aiguillettes, de manière à entrer en dedans de la bottine; les deux petites avaient ôté mises à la jambe gauche, entre la bottine et la jambe, sans être attachées.

Enfin le héraut cria par trois fois :

— Laissez aller les braves combattants t Et il se retira de l’arène. - Alors tous deux s’élancèrent l’un contre l’aulré et luttèrent quelque temps avec des chances égales; mais Jarnac atteignit enfin son adversaire à la jambe gauche, et, le voyant chanceler, redoubla le coup au même endroit; La ChÛtaigneraye tomba. Jarnac lui cria aussitôt :

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