‹ Les promenades matinalesChapitre 2 sur 23 · partie du rempart qui a encore conservé le nom de · texte numérisé non relu

partie du rempart qui a encore conservé le nom de

Loge du roi. Le propriétaire actuel en a fait une melonnière.

Revenu le Soir à Montargis, nous repartîmes dés le lendemain pour Saint-Benoist-sur-Loire.

Le premier bourg que nous rencontrâmes fut Loris, où naquit l’auteur d’un livre qui exerça une longue influence sur notre littérature nationale, le Roman de la Rose. Cette fois ce fut à moi de donner des explications à mon compagnon de voyage, plus familiarisé avec les chroniques qu’avec les œuvres badines du treizième siècle, et de lui raconter le

poëme érotique de Guillaume de Loris.

L’auteur suppose que, s’étant endormi un jour de printemps, il voit en rôve un jardin entouré de hautes murailles. Il s’avance, en hésitant, vers la porte qui lui est ouverte par Oyseuse (Oisiveté). Une fois entré, il aperçoit Desduit (Plaisir), le maître du lieu, qui danse, sous les ombrages, avec les Jeux et les Ris. Attiré par un rosier merveilleux qui s’élève au milieu du jardin, il est près d’en cueillir la plus belle fleur, lorsque l’Amour sort d’une embuscade

en lui décochant ses flèches; le jeune poêle se déclare son prisonnier, et alors l’enfant ailé consent à lui indiquer les moyens de plaire. Il veut éprouver sur-le-champ sa nouvelle science et tente l’approche du rosier enchanté, mais Danger et Raison l’en éloignent. Cependant, après mille efforts et mille essais, il arrive au but, cueille la fleur désirée, et le songe finit!

Quelques érudits du moyen-àge ont voulu trouver, dans le Roman delà Rose-, un traité d’alchimie ou de morale. QuantàMarot, il y voit positivement une allégorie thféologique : « Par la rose, dit-il, tant appelée de l’amant, est entendu l’état de sapience, lequel est justement à la rose conforme. Et, en cette manière d'exposer, sera la rose figurée par la rose papale, qui est de trois choses composée, c'est à savoir : d’or, de musc et de basme; l’or signifiant l’honneur et la révérence que nous devons à Dieu le créateur; le musc, la fidélité et justice que nous devons avoir à notre prochain ; et le basme, ce que nous nous devons à nous-mêmes. Par la rose peut aussi s’entendre l’état de gn'tce, ou la glorieuse

vierge Marie, ou le souverain bien infini et la gloire d’éternelle béatitude. »

Les prédicateurs du moyen-âge parurent comprendre mieux que Marot la transparente allégorie* du Roman delà Rose , et poursuivirent de leurs anathèmes ce nouvel Art d'aimer.

Après avoir visité, à Loris, une curieuse mâison, qui fut habitée, dit-on, par Philippe I er , nous continuâmes notre route.

Mon empressement d’arriver à Saint-Benoist-sur- Loire était extrême. J’allais voir les restes d’une des plus vieilles abbayes de France, et retrouver les souvenirs les plus romanesques de notre histoire nationale. Malheureusement le cheval qui, nous conduisait ne semblait nullement partager ma curiosité. Il côtoyait philosophiquement les douves, au petit pas, flairant l’air qui lui apportait l’odeur des prairies, et s’arrêtant de loin en loin pour brouter les haies; dn eût dit un écolier en vacances qui se promène en cherchant des noisettes. Désespérant de le hâter, je me mis à relire les notes que j’avais recueillies sur l’abbaye et son fondateur.

Saint Benoist naquit dans le duché de Spolelte* vers l’an 840. a Sa famille, dit la légende, était illustre dans le pays où elle avait de grands biens; son père se.nonqmait Eutrope, et sa mère Abondance. » 11 vint d’abord étudier à Rome; mais il se trouva que devant sa maison habitait un Génois dont la femme remarqua le jeune étudiant. Chaque fois qu’il revenait des écoles, il était sûr de la trouver accoudée à sa fenêtre d’où elle lui lançait un regard languissant! *

Benoist ne vit d’abord, dans ces douces provocations, qu’une épreuve envoyée par Dieu, à laquelle il ne lui était pas permis de se soustraire. Mais peu à peu, la flamme de ces longs regards pénétra dans ses veines; il sentit son cœur se fondre d’amour; il eut des rêves où il vit la femme du Génois comme David avait vu Bethsabéel... Ces images fascinantes l’épouvantèrent. N’ayant point de manteau à laisser, comme Joseph, à la séductrice, il craignit de lui laisser son âme, et comprit qu’attendre de tels ennemis pour les combattre, c’était vouloir sa défaite.

11 s’enfuit donc secrètement de Rome, et ayant ren-

contré sur son chemin un saint moine nommé Romain, il lui avoua sa tentation. Celui-ci l’encouragea à la retraite, le revêtit de l’habit monastique et lui indiqua un lieu solitaire nommé Sublac où Benoist se retira. Il y habitait une caverne inaccessible et y vivait du pain que Romain lui faisait parvenir au moyen d’nne longue corde.

Cependant son asile fut découvert ; il ne fut bruit bientôt que de la sainteté de Benoist, et les moines d’un monastère voisin vinrent le supplier d’être leur abbé. Après avoir résisté longtemps à ces prières, Benoist céda enfin. Mais ceux-là mêmes qui l’avaient appelé ne lardèrent pas à s’en repentir, en voyant sa sévérité. L’ignorance et l’immoralité des religieux dépassaient alors tout ce que l’on peut croire ; c’était l’époque où saint Colomban, l’homme le plus éclairé de son temps, établissait une règle par laquelle le moine qui avait toussé en chantant un psaume était condamné à cinquante coups de discipline, et celui qui avait failli avec une femme, seulement à deux jours de pénitence, ou même à un seul jour, s'il ne savait pas que ce fût une faute!

Les réformes essayées par Benoist exaspérèrent les religieux, qui lui présentèrent un jour du vin empoisonné 1 Mais la coupe se brisa entre les mains du saint abbé, qui se contenta de leur dire :

— Dieu vous pardonne!... Je vous avais bien avertis que nous ne pourrions vivre ensemble !

Et il se retira.

Cependant sa réputation de sainteté n’ayant fait que 3 ’accroitre, il bâtit douze monastères où les plus nobles familles de Rome envoyèrent leurs enfants s’instruire. Chassé de nouveau par les intrigues du prêtre Florent, il partit pour Cassin, brisa une idole d’Apollon qu’on y adorait, bâtit un monastère, et publia la règle qui constitua son ordre.

Deux idées dominent toutes les autres dans cette règle : d’abord la communauté absolue établie entre les frères, qui ne peuvent retenir en propre quoi que ce soit, « pas même une plume, pas même leur volonté. » Ensuite la nécessité du travail, que le saint ordonne tous les jours, y compris le dimanche,

en déclarant : « Que ceux-là ^ont véritablement moines, qui vivent du labeur de leurs mains 1 »

Benoist mourut à Montcassin où ses reliques furent conservées jusqu’à la destruction du monastère par les Lombards. Ce fut alors que saint Mommole les transporta à l’abbaye de Saint-Benoist-sur- Loire, qui, selon la plupart des légendaires, s’appelait alors abbaye de Fleury. Cependant quelques-uns prétendent que ce dernier nom ne lui fut donné qu’après la translation des reliques : « lesquelles ayant été mises sur la Loire qui était glacée, le navire remonta le fleuve de lui-même et les arbres fleurirent à l’entour. »

Quoi qu’il en soit, cé fut Léodebode qui posa la première pierre de l’église de Sainte-Marie, la même qui existe encore aujourd’hui à Saint-Benoist. Jean Albon de Fleury, qui avait donné tous ses biens à l’abbaye, en dirigea lui-même la construction jusqu’en 633.

Le monastère ne tarda point à acquérir des privilèges. Pépin le Bref permit aux religieux « d’avoir quatre chariots et quatre bateaux exempts de droits

UN MOIS DJE VACANCKS

sur les routes ou fleuves de France. » Voulant profiter de cette faveur dans toute son extension, les

moines firent construire des chariots de trente pieds

et des bateaux de quatre-vingts.

Louis le Débonnaire dota l’abbaye d’un hôpital et y fonda une école pour les sciences et les lettres. Cette école acquit presque aussitôt une grande célébrité. « De l’abbaye de Saint-Benoist, dit Le Maire, comme du cheval troyen, il est sorti une infinité d’hommes doctes et savants. » Cinq mille étudiants suivaient cette école et étaient tenus, chacun, de donner, en paiement à l’abbaye, deux manuscrits par année. La bibliothèque de Saint-Benoist devint ainsi la plus nombreuse et la plus riche de France

Les années qui suivirent la fondation de Saint- Benoist furent heureuses ; mais vers la fin du ix* siècle, les Normands remontèrent la Loire avec quatre bateaux et fondirent sur le monastère. Les moi-

1. Cette bibliothèque fut vendue, lors du pillage de l’abbaye par les protestants, à Pierre Daniel, puis à Paul Pdean, puis enfin -à Christine, reine de Suède qui alla habiter Home, se fit catholique, et céda tous ses livres-au pape. La bibliothèque de Saint-Benoist est donc aujourd’hui au Vatican.

nés, avertis quelques heures auparavant, prirent la fuite. Ne trouvant rien à tuer, les soldats de Barlet pillèrent ce qu’ils purent emporter, brisèrent le reste, et ne partirent qu’après avoir mis le feu aux deux églises ; la destruction était le seul instinct de ces barbares. Après avoir marqué leur passage par des cadavres et des ruines, ils s’en vol aienf vers la mer, comme des oiseaux de proie, et se perdaient dans les brumes. Tournant sans cesse autour de cette société naissante, qui ressemblait encore à un camp dispersé, on eût dit que leur mission était de forcer les tentes à se rapprocher et de constituer par le besoin d'une défense commune l’unité de la chrétienté.

Cependant les moines de Saint-Benoist avaient réparé l’abbaye et commençaient à reprendre leur sécurité, lorsqu’on leur annonça que les voiles des Normands apparaissaient de nouveau à l’horizon. Ils se hâtèrent de charger sur des chariots ce qu’ils avaient de plus précieux et s’enfuirent à travers les forêts. Quand les Normands arrivèrent, le four était tiède, le pressoir humide, l’empreinte des genoux

encore fraîche sur la poussière des cellules ; mais l’abbaye était vide ! Ils cherchèrent où les moines avaient fui, aperçurent la trace de leurs chariots sur la terre et se mirent à leur poursuite. Ils arrivèrent le soir vers les Bordes, et distinguèrent de loin, une grande troupe d'hommes qui marchaient d’un pas rapide. Persuadés que c’étaient les fugitifs, ils s’élancèrent vers eux en poussant de grands cris; mais cette troupe était composée de gens d’armes commandés par Hugues le Grand, qui venait de Bourgogne avec le comte d’Auxerre : les tigres, croyant trouver des agneaux, étaient tombés, cette fois, dans un troupeau de lions! Hugues les fit entourer et tous y périrent !

Les religieux revinrent à l’abbaye ét quelques années s’écoulèrent en paix. Sauvés une fois par un miracle, ils continuaient à compter sur la protection du ciel, ne préparant d’autres défenses que leurs prières.

Un matin, ils étaient tous réunis à l’office; selon l’usage, ils venaient de chanter le verset par lequel ils avaient coutume d’implorer le ciel :

A furore Normanorum, .

Libéra nos Domine I

lorsque tout à coup de grands cris se font entendre ; les portes de l’église tombent brisées, et les pirates apparaissent sur le seuil, l’épée d’une main et la torche de l’autre î

Cette fois peu de religieux échappèrent au massacre : les Normands mirent le feu à l’abbaye après avoir enlevé tout ce qu’elle renfermait dé précieux: Carloman, étant venu peu après pour la visiter, n’y trouva que des ruines noircies au milieu desquelles erraient quelques pauvres moines mutilés. Ce spectacle l’émut, d’une si vive pitié, qu’il en versa une larme et ordonna de tout rétablir. Moins confiants désormais, les moines fortifièrent l’abbaye.

En 913, JRichard apporta à Saint-Benoist un morceau de la vraie croix et de l’éponge imprégnée de fiel qui avait été présentée à Jésus sur le Calvaire. Peu après Hebren y ajouta les reliques de saint Maur, .et Atto celles de saint Frogent, évêque de

Sens à cette époque. Du reste, le monastère fut accablé de faveurs par les rois et les papes. L’abbé

fut déclaré premier abbé de France, avec le droit de porter la mitre, l’anneau d’or et les sandales ; on lui donna le prieuré de Jacques-de-Beuvrou, celui de Saint-Martin-des-Champs à Paris, l’abbaye de la Réole, la seigneurie de Villiers, la forêt d’Orléans, etc. Le pape Pascal II tint deux conciles à Saint- Benoist; Louis le Gros et Suger ^reçurent le pape Innocent II.

Au milieu de tous ces honneurs 1 et de toutes ces prospérités, quelques désastres pourtant frappent les moines. Plusieurs incendies dévorent une partie des édifices, malgré la méthode employée dans ces occasions pour éteindre le feu, et qui consistait à se promener autour des flammes en chantant le Kyrie eieison. Un de ces incendies affecta plus particulièrement les bons pères : « Le malheur fut si grand, dit un naïf historien du temps, que le feu, qui avait d’abord menacé l’église, tourna d’autre part, si bien que le pressoir brûla! »

Une autre épreuve, non moins cruelle, fut l’emprunt foreé que Louis le Jeune fit à l'abbaye de trois cents marcs d’argent et de cinq cents besans d’or

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pour son expédition en Palestine. Get argent servit à équiper les dames qui s’étaient formées encompagnies sous les ordres de la reine Éléonore, et qui, si l’on en croit les chroniques, prirent une telle part à la guerre, qu’elles parurent avoir fait une croisade plutôt contre leurs maris que contre les Sarrasins! . - ■

Du reste, Louis le Jeune n’oublia point sa dette et rendit, à son retour, aux religieux, la somme empruntée. Des laïques avaient employé cet argent à acheter des chevaux, des armes, des tentes pour la défense de la religion; après mûre délibération, les moines l’employèrent à construire des dortoirs/ L’esprit du siècle était ainsi : d’une part, action, courage, sacrifices; de l’autre, repos, sensualité, égoïsme. Le Christ avait partout des défenseurs, sauf parmi ceux qui se proclamaient ses soldats; et quand les chevaliers vendaient leurs lits et dormaient sur la terre nue, pour l’honneur de leur croyance, les moines songeaient à agrandir leurs chambres à coucher.

Après avoir été longtemps les bienfaiteurs du

UN MOIS l> K. VACANCES - Ti

monastère, les rois de France finirent par vouloir s’en faire les propriétaires, ils nommèrent les abbés sans le concours des religieux 1 On voulut leur imposer ainsi le chancelier Duprat; mais les moines protestèrent en invoquant leurs titres. Le chancelier ayant ordonné de les lui apporter, afin qu’il pût les vérifier, les jeta au feu et se présenta en force aux portes du monastère ; les bénédictins indignés levèrent les ponts, coururent aux armes et reçurent leur nouvel abbé à coups de canon. Il fallut que François 1 er vînt lui-mème frapper à la porte de Saint-Benoist, où il introduisit Duprat sous le pan de son manteau royal.

Le même prince donna au chancelier, pour successeur, Antoine Sanguin, qui avait fait sa fortune à la cour par un quolibet. Le roi lui ayant demandé si sa famille était ancienne :

— Fort ancienne, sire, répondit-il; je descends en ligne droite d’un des fils de Noél

Enfin, vers lemilieu du xviesiôcle, Odet deColigny fut nommé abbé de Saint-Benoist. On sait quelle part il prit aux guerres de religion qui désolèrent la

France. Les réformés-lui ayant demandé des secours en argent : -

— Mes moines ne me laisseraient point disposer des richesses de notre abbaye, répondit-il; je ne puis rien donner, mais je ne saurais émpêcher de prendre.

Les protestants comprirent l’avis; ils se présentèrent armés aux portes de Saint-Benoist, et enlevèrent tout, jusqu’aux manuscrits.

Ce môme Odet de Coligny se déclara bientét'ouvertement pour les huguenots; après avoir épousé Élisabeth de Hauteville, il parut à l’acte de majorité de Charles IX, en habit de cardinal et donnant le bras à sa femme. Plus tard , sa fille le üt tuer par son valet de chambre, qu’elle épousa pour reconnaître ce service. Besmes, qui assassina l’amiral de Coligny, eut également pour récompense la fille naturelle du cardinal de Guise ; c’est ainsi que se faisaient alors les grands mariages; le plus pauvre apportait un crime pour dot.

Lorsque la France eut été conquise par Henri IV, oe faux bon garçon, dont les historiographes ont

oublié les ingratitudes, les désordres et les gaspillages, en faveur d’une chanson- et d'un souhait de cuisinier, l’abbaye de Saint-Benoist fut donnée à Sully, qui, en qualité de protestant, était bon menagier et grand amateur des biens terrestres. Seulement, comme il eût été choquant de voir des moi- ^ nés catholiques soumis à un abbé huguenot, le ministre eut un titulaire apparent , Jacques le Bel, espèce d’intendant qui percevait pour lui les bénéfices et lui en tenait compte.

Richelieu imita l’exemple de Sully; il ajouta Saint- Benoist aux vingt-neuf abbayes qu’il possédait déjà dans le royaume. Sous le règne de ce bourreau maladif, les tours de l’église furent transformées en prison d’État, et lorsque, longtemps après, on voulut les tendre à leur destination, on y trouva des squelettes encore soudés à leurs carcans.

Les incendies et les ministres eussent suffi au delà pour ruiner l’abbaye; les inondations de la Loire vinrent s’ajouter aux deux fléaux. Le val Saint-Benoist fut plusieurs fois envahi par les eaux, et les

villages qui dépendaient du monastère compléte-

ment submergés. Les moines envoyèrent leurs pn> cureurs fiscaux avec des barques pour 1 sauver les malheureux qui s’étaient réfugiés sur les toits des maisons; mais, fidèles à leur caractère, ces hommes d’argent ne sauvèrent que ceux qui purent les payer. Des familles entières périrent pour n’avoir pu se racheter. Ainsi une pauvre mère qui ne possédait rien leur jeta son enfant; ils le laissèrent tomber dans l’abîme !

Louis XIV, averti de ces invasions de la Loire, ordonna de faire réparer immédiatement les brèches de la levée. On objecta en vain au nouveau Xerxès l’hiver et l’élévation du fleuve ; il ordonna une presse de paysans et en fit conduire dix mille au val de Saint-Benoist. Chaque travailleur recevait, pour tout paiement, une livre et demie de pain par jour! Ces travaux, toujours détruits par le fleuve et toujours recommencés, furent enfin achevés; ils durèrent trois jours et furent tous enlevés d’un seul coup. La maladie s’était mise parmi les corvéables, là plupart étaient morts de fatigue et de faim ; le grand roi voulut bien faire grâce à ce qui restait; il se

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décida à attendre la bello saison et à réparer la digue à prix d’argent. ,

J’achevais de relire ces notes historiques, lorsque noire voiture s’arrêta : nous étions arrivés à Saint-Benoist. \

11 ne reste, du vieux monastère, que l’église construite par Leodebode; mais l’aspect de .cette église est saisissant. Il n’y a là évidemment nulle trace du moyen-âge, rien de ce culte iBgémeux quia besoin de s’orner pour se plaire à lui-même, aucune expression de cette piété ardente, mais fiévreuse, qui a ses rêves monstrueux comme ses élans sublimes, et qui passe sans cesse de l’image sainte à l’image grotesque^ du ciel à l’enfer. Ici tout appartient aux premiers siècles, et l’Église visible est le symbole de l’Église spirituelle; on s’est plus occupé des fondements que de la décoration, de la durée que de la grâce. A cette entrée surbaissée, à ces colonnes courtes, à ces chapiteaux sauvages, on sent une société plus forte que cultivée ; on reconnaît l’œuvre de ces Mérovingiens, centaures sortis la veille des forêts germaines. % . \ 1 1

28 LES PHOMENADES MATINALES

Le style de l’architecture suffirait seul pour prouver l’aDtiquité de l’église de Saint-Benoist. Certaines parties de l’édifice ont été refaites ou réparées à . différentes époques ; mais le grand . portail du nord remonte évidemment au vm e siècle. On a vainement objecté la forme de son ouverture : cette prétendue ogive est tout simplementun plein cintre que l’étroit espace laissé pour les contre-forts, a forcé d’allonger. Cette bizarrerie n’est point rare dans les constructions du premier sièclé, et pour ne citer qu’un exemple, nous signalerons, comme nous étant particulièrement connue, la porte d’entrée du château de Joyeuse-Garde en Bretagne. Quoi qu’on ait pu dire, d’ailleurs, dans ces derniers temps, nous croyons l’ogive fort antérieure au xi® siècle. On trouve l’ogive à l’église de Sainte-Radegonde de Poitiers, bâtie en 84 i, et à celle de Civray, construite sous les Carlovingiens. Ajoutons que les sculptures de Saint-Benoist, outre leur caractère qui indique le Siècle auquel elles appartiennent, offrent une particularité qui lève tous les doutes à cet égard ; les moines qui sont représentés portant la châsse de

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saint-Benoist, ont tous les cheveux longs , habitude qui fut abandonnée à la fin du vn e siècle et remplacée par celle de la tonsure.

Après le portail, nous examinâmes le tombeau de Philippe I", sculpture barbare que l’on a eu tort de regratter; les admirables grilles eu fer doré données par Louis XIV et derrière lesquelles se trouvent les reliques ; enfin la mosaïque du chœur! Nous remarquâmes au-dessous du mausolée de saint Benoist, une pierre sur laquelle nous pûmes déchiffrer ccs mots .

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