LE MOINE DE SAIRE
Cependant le tenancier revient à quelque temps de là pour demander quittance et raconte ce qui s’est passé. Le moine nie ! en vain le paysan rappelle le jour, l’heure, le lieu, les circonstances, le moine le traite d’imposteur.
— Eh bien, s’écrie le fermier, je vous défère le serment. Si je suis un imposteur, répétez : Que le diable m’emporte dans la mer si fai reçu l'argent.
Le moine, qui veut soutenir son mensonge, répète les paroles fatales, et son souhait blasphémateur se trouve à l’instant accompli !
Voilà une des versions; mais il en existe une autre également populaire.
A en croire cette dernière, le moine ôtait receveur du seigneur de Tourlaville ; 11 dépensa en folles dissipations l’argent qu’il était chargé de percevoir, et, ne pouvant plus en rendre compte à son seigueur, il fit un pacte avec Satan, qui lui donna tout l’argent dont il avait besoin, à condition qu’il serait désormais au service de l’enfer. Le moine continue,
depuis sa mort, à jouer ce rôle. Il sert partout les intérêts du démon, qui, pour faciliter sa tentation, lui a accordé la faculté de prendre toutes les formes et de s’échapper de partout en vent ou en fumée.
La moralité à tirer de cette tradition est trop visible pour avoir besoin d’ôtre indiquée; mais elle est devenue l’occasion de plusieurs fables curieuses à examiner.
Les vieux sauniers qui traversent les miellés de la Manche, se plaisent à raconter aux jeunes gens l’histoire du moine de Saire, et à les'mettre en garde contre ses pièges. Si l’un d’eux, enclin à la nonchalance, aperçoitune mule égarée qui broute àlalisière
du taillis, et veut la prendre pour monture, le vieux saunier l’arrête en lui déclarant que la mule n est autre que le moine de Saire, et, qu’après l’avoir porté quelque temps, elle le précipitera dans un ravin !
îjx paresse est mauvaise conseillère.
Que le jeune gars continue sa route et qu’il aper-