In mundo monachus ductus, Nesgau
Sed pius et sapiens, purus,
Sobrius et eastus; sprevisti gaudia Mundi, delicias ; sacraque Suspirasti quâ vivis sunt;
■ Et oui «erristi, ei itas. -
de sabots, offre peu de ressources pour le transport des marchandises. Il m’indiqua ensuite les moyens de rendre la Loire navigable en tout temps, problème pour lequel il y a autant de solutions Certaines que de remèdes victorieux contre les engelures, qu’on ne réussit jamais à guérir. „
Nous arrivâmes, en devisant ainsi, au Pont d’Orléans. Mon guide n’apprit qu’on y faisait autrefois, en l’honneur de Jeanne d’Arc, une procession, dans laquelle celle-ci était primitivement représentée par une jeune tille en habit de guerre. Mais, .vu la difficulté de trouver une, actrice qui rappelât la Pucelle en tous points et ne prêtât point aux plaisanteries', on avait, plus tard, jugé à propos de faire jouer ce rôle de la vierge de Vaucouleurs par un petit garçon de dix ans. Celui-ci dînait, après la procession, avec le maire, mangeait les premiers petits pois de l’année, et était exempt de la conscription en sa qualité de représentant d’une héroïne.
C’était jour de marché; les routes étaient couvertes de paysans à costumes uniformes et disgracieux. Je ne pus m’empècher de regretter tout haut
l’aspect pittoresque de nos marchés de Bretagne.
— La veste est. plus commode que vos habit carrés, répondit mon compagnon ; vos braies plissées emploient plus de draps que nos pantalons, et vos étoffes chatoyantes se tachent plus facilement que les nôtres; Nos paysans préfèrent ce qui est utile à ce qui est beau ; c’est un des avantages de la civilisation. Il y a quelques siècles, vous eussiez trouvé ici des costumes, variés comme chez vous :.des ordonnances de police, publiées le 13 février 1584, avaient même réglé cette matière. Les paysans de l’est (Château-Neuf, Saint-Benoist, etc.), devaient porter l’habit rougeâtre et le large feutre ; ceux du sud, l’habit bleu et le bonnet pourpre.
Nous venions d’arriver à la chapelle de Notre- Dame-de-Cléry, célèbre par la dévotion particulière que lui avait vouée Louis XI. Nous trouvâmes la porte fermée, comme celle de toutes les églises qui attirent les curieux ; la maison de Dieu n’étant ouverte au public que lorsque sa vue ne peut rien rapporter au sacristain. On nous ouvrit pourtant, et nous pûmes admirer le beau monument en marbre
blailc élevé près du chœur à la mémoire de Louis Xi. Ce prince y est représenté de grandeur naturelle, à genoux, les mains jointes. Son regard cauteleux se glisse, plutôt qu’il ne se tourne, vers le sanctuaire ; tout en lui révèle ce paysan couronné qui remua l’Europe avec des roueries de maquignon normand ; espèce de pipeur naïf désireux de faire son salut en môme temps que ses affaires, et rusant avec Dieu pour gagner le paradis, comme il avait rusé avec ses rivaux pour leur enlever des provinces.
Ce monument, remarquable par une énergie ingénue, fut sculpté sous le règne de Louis XIII, par Michel Bourdin. Convaincu d’avoir volé une lampe d’argent dans l’église même de Cléry, où il travaillait, Michel demanda le temps d’achever sa statue, puis alla tranquillement se faire pendre à Orléans.
Nous quittâmes la route do Blois à Saint-Dié, et nous nous dirigeâmes vers Chambord, à travers les vignes.
La campagne, autour de nous, était plate et découverte. Le parc de Chambord bordait seul l'horizon de ses frôles ombrages. Nous marchâmes envi-
UN MUIS I)R VACANCES ' 35
ron une heure avant d’atteindre la porte d’entrée; mais à pfeine i’eûmes-nous dépassée, que le château nous apparut, tout dentelé de toits aigus, de tourelles ouvrées et de cheminées à colonnades!... Le soleil couchant le colorait de teintes roses, elles nuées du soir flottaient comme des banderolles autour des girouettes sculptées. Au centre s’élevait le donjon, ouvert de tous côtés, et au milieu duquel montait le double escalier, semblable à un double serpent enroulé autour d’un immense caducée. Au premier aspect, on eût dit une de ces gravures de palais fantastiques publiées dans les keepsake anglais. - ' ‘
A mesure que nous approchions, pourtant, la forme devenait plus nette, les proportions plus saisissables, et nous pûmes nous rendre compte de l’ensemble de cette immense construction , que Charles-Quint appelait un abrégé de ce que peut V industrie humaine.
Le plan général rappelle celui do tous les châteaux du moyen-âge. 11 se compose, comme eux,
d’une vaste enceinte flanquée de tourelles, et d’une tour ou donjon placée au milieu de cette enceinte. La construction du château de Chambord remonte à François 1”. Dix-huit cents ouvriers y furent employés pendant plus de douze ans ! LçPrimatice n’en fut point l’architecte, comme l’a prétendu Lerouge, et comme tout le monde l’a, répété après lui; le Primatice ne vint en France pour la première fois qu’en 4531, et Chambord ôtait alors en construction depuis huit années. Une cause semblable empêche d’attribuer cette œuvre à Vignolles; et quant à maître Leroux , qui en a été désigné comme l’auteur
en dernier lieu, on connaît à peu près tous les édifices qu’il a élevés, et il était trop vain et trop bien placé à la cour pour laisser ignorer à la postérité son plus beau titre de gloire. Si un monument aussi prodigieux eût été dû à l’un des maîtres célèbres du xvi e siècle, nous le saurions positivement aujourd’hui. L'ignorance dans laquelle on est resté sur son véritable auteur prouve que ce fut un homme obscur, un provincial peut-être, qui conçut cet admirable ouvrage, et que la jalousie des architectes
de la cour empêcha son nom de parvenir jusqu’à nous l . '
Henri II et Charles IX continuèrent les travaux de Chambord; Louis XIII, puis Louis XV y commandèrent aussi quelques embellissements.
Ce fut là que se retira, en 1725, le malheureux roi de Pologne Stanislas Leczinski. Plus tard, Louis XV en fit un apanage pour le maréchal de Saxe, qui transforma en quartier-général la poétique demeure du vaincu de Pavie.
Dévasté en 93, le domaine de Chambord fut donné par Napoléon à Berthier, à la condition exprimée que tous les revenus seraient affectés à la restauration du château, et que le prince de Wagram rendrait à cette demeure son ancienne splendeur. Le prince promit tout ce que f on voulut ; il vint àChambord, tua quelqueslapins, fit graver ses armes sur une des cheminées, baptisa une ferme du nom de sa fille Lina, abattit deux cents arpents de bois, et partit pour ne plus revenir 2 .