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Chambord, par M. Merle, page

En 1820, Chambord, ayant été mis en vente, l'idée vint de rendre aux Bourbons cette propriété de leurs ancêtres. On tendit la sébile à la nation et on lui demanda l'aumône pour le descendant de ses rois: Les fonctionnaires publics furent sommés -de prendre part à celte souscription volontaire sous peine de destitution, et enfin, le 7 février 1830, Charles X accepta solennellement le don de Chambord au nom de son petit-fils.

Aussitôt notre arrivée, nous nous bâtâmes de nous rendre au château, craignant que le temps ne nous manquât pour le visiter. 11 est difficile, en effet, de se faire une juste idée de son immensité; on y compte quatre cent quarante chambres et près de cent escaliers.

Chaque roi y a, du reste, laissé quelque trace de son passage; outre les couronnes et les Salamandres de François I er que l’on trouve sculptées partout, on aperçoit, çà et là, le croissant de Diane de Poitiers et le soleil de Louis XIV accompagné de sa prétentieuse devise.

Le guide nous fit voir la salle où Molière joua pour

la première fois le Bourgeois gentilhomme devant la cour. Louis XIV, qui exerçait son autorité suprême avec la cruelle coquetterie d’une grande dame, affecta pendant toute la représentation une extrême froideur et ne fit point demander l’auteur pendant le souper. Enhardis par cette désapprobation muette, les courtisans déclarèrent la pièce ridicule. Molière, au désespoir, n’osait plus quitter sa chambre; il parlait déjà de renoncer à écrire, lorsque le premier gentilhomme de service vint lui dire que Sa Majesté avait demandé une seconde représentation du Bourgeois gentilhomme. Après le spectacle, le grand roi fit enfin venir le pauvre comédien et lui déclara qu’il trouvait sa pièce excellente; Molière pleura de joie ! et les courtisans répétèrent qu’il avait fait un chef-d'œuvre!

Ce fut aussi à Chambord, sur une vitre du petit oratoire, que François I er , vieux, malade et désabusé, écrivit ces vers :

Souvent femme varie, Bien fol est qui s’y fie.

Longtemps après, Louis XI Y., jeune et aimé, montra le distique célèbre à mademoiselle de La Vallière en lui demandant ce qu’il en devait croire. Celle-ci, qui avait recours aux larmes toutes les fois qu’elle manquait d’esprit, c’est-à-dire le plus souvent, se mit à pleurer : alors, le roi, par un de ces mouvements chevaleresques qui lui étaient familiers toutes les fois qu’il pouvait s'y abandonner sans danger, brisa la vitre sur laquelle était gravée la

vérité fatale; depuis ce temps, l’inscription a dis-

paru, la vérité seule est restée !

Délivrés depuis quelques minutes des agents de police, des gamins et de3 commissaires (trois produits de notre grande civilisation), nous voguions gaiement vers Fontainebleau où nous devions arriver le soir.

C’était la première fois que je remontais la Seine depuis l’invention de la littérature navale, et j’ignorais l’influence des romans de MM. Eugène Sue et Cooper sur la population parisienne. Â peine eûmesnous atteint la Gare, que notre steamboat fut entouré de bateaux de toutes formes et à tous les pa-

villons, montés par des passagers portant tous les costumes : il y avait des Turcs, des Grecs, des Malais, des corsaires, des pécheurs de crevettes, des Terreneuviens ! Nous aperçûmes même trois Japonais dans une toue peinte en jonque chinoise. Ce qui dominait, pourtant, parmi les costumes maritimes du fleuve, c’était la chemise rouge portée comme ‘ un surplis par-dessus le pantalon, sans doute parla raison qu’il eût été trop bourgeois de la porter en dessous. Quelques femmes habillées en pilotins et le chapeau de cuir bouilli sur l’oreille, fumaient à la barre. Je me crus au carnaval; Bercy s’était déguisé en Constantinople, et tous les peuples de la terre semblaient s’y être donné rendez-vous pour manger des matelotes.

Les bateaux à vapeur de la Seine ressemblent à ceux de l’Amérique ; on ne peut ni s’y coucher, ni s’y promener, ni s’y tourner; ce sont des espèces de boîtes à conserve où l’on superpose des voyageurs jusqu’à destination. J’avais, soudés à mes deux coudes, deux compagnons que je ne pouvais regarder et auxquels je parlais de côté, à la manière des

acteurs qui, pour obéir à la tradition de faire face au public, ont toujours l’air de jouer la comédie en omnibus.

Mon voisin de droite, à en juger par sa conversation, était au moins un vice-président de comice agricole et un membre correspondant de l’Institut historique. Quant à mon voisin de gauche, il suffisait d’un coup d’œil pour reconnaître un.de ces jeunes hommes faisant profession d’excentricité et voyageant avec une barbe, un chapeau pointu et une boîte à couleurs pour recevoir des impressions. Il, portait des guêtres de chasseur de chamois, un pantalon de grosse toile, une blouse écrue, et pardessus le tout un paletot doublé de satin.

Il eût été difficile de rencontrer deux compagnons de Toute plus opposés. Aussi, dès les premiers mots échangés, mon qpude gauche avait-il commencé à quereller mon coude droit. Je devinai que j’aurais peine à maintenir entre eux la bonne harmonie.

Le vice-président était pourtant d’une complaisance rare;; il connaissait les deux rives, nous nommait toutes les communes, tous les villages qui pas-

saient sous nos yeux, et nous en faisait l’histoirp. Après nous avoir montré l’hospice de Bicêtre, ainsi appelé par corruption, nous dit-il, parce qu’un évôque de Winchester l’avait autrefois possédé, il nous indiqua la commune d'Inrij, fameuse par le séjour de madame Des Houillères, de Parny, et par ses caves de vio de Bourgogne. Puis vint Choisy-le-Roi où reposent les restes de Rouget de l’Isle; la côte de Juvisy au penchant de laquelle s’étale le hameau à’Athis, qu’habita- mademoiselle de Scudéry; enfin le village de Crosne qui vit naître le célèbre Boi- ’eau!

A ce nom malencontreux, je sentis frissonner mon coude gauche et retentir à. mon oreille le mot de polisson très-clairement articulé.

Le membre de l'Institut historique nous nomma encore successivement le château de Froment, de Petit-Bourg, de Bourlanger; enfin Corbeil où fut fondé au xi* siècle, en l’honneur de saint Spire, une collégiale dont les chanoines oublièrent tellement les vertus de leur patron, que sous François I er le Parlement de Paris fut obligé de porter contre eux

un arrêt qui leur enjoignait de renvoyer du couvent leurs concubines et de ne point fréquenter les mauvais lieux, auxquelles conditions il leur fut accordé un surcroît d’émoluments.

Nous aperçûmes ensuite le château de Seine- Assise où demeura longtemps cette aventureuse duchesse de Kingston qui forçait son mari au divorce, une cravache à la main, exigeait de ses banquiers le payement des créances en leur mettant le pistolet sur la gorge, et, couronnée dé tous ses scandales, se faisait recevoir à Saint-Pétersbourg comme une impératrice.

Cependant Melun se montrait déjà à peu de distance et dans toute sa laideur. Notre cicerone m’assura que Jules César parle de cette ville dans ses commentaires en l’appelant Melodunum.; que le roi Robert y mourut et que saint Louis y maria sa fille Isabelle avec Thibaut, roi de Navarre; il m’apprit, en outre, qu’à peu de distance se trouvait le château de Vaux-le-Praslin , où Fouquet reçut Louis XIV, qui fit arrêter son héte, convaincu du crime d’être

plus aimable que le grand roi, et de donner des fêtes plus brillantes que celles de Versailles.

Le jeune homme au paletot avait écouté toutes ces explications avec une impatience croissante. N’y tenant plus , il voulut se lever; mais l’espace lui manqua et il resta en suspension entre un Anglais et moi.

— Pour Dieu! me dit-il, faites taire cet indicateur in- 18 qui nous dévide des noms et des dates comme une mécanique file du coton. Ses détails vulgaires bruissent autour de l’àme et lui ôtent sa sonorité ; qu’il nous laisse écouter nos voix intérieures.

J’aurais eu sans doute quelque peine à obtenir ce que mon coude gauche exigeait, et il eût pu en résulter de nouvelles contestations, si nous n’étions heureusement arrivés au terme de notre voyage.

Le bateau à vapeur nous jeta sur la rive, hommes, femmes, bagages et Anglais; le tout fut emballé en quelques minutes dans des voilures qui nous attendaient, et nous arrivâmes à Fontainebleau : mon jeune homme ne m’avait pas quitté.

Notre première visite, le lendemain, fut pour 1 g château.

Ce n’est point, comme Versailles, un édifice d’une

seule pièce et empreint d'un seul caractère; Fontainebleau est, comme on l’a dit, un rendez-vous de châteaux. Saint Louis , François I er , Henri IV , Louis XIII, Napoléon y ont tour â tour mis la main, et notre époque elle-même s’y révèle par force do-

rures économiques et force parquets de sapin Verni.

Les restaurations exécutées dans ces derniers temps ont pourtant été généralement heureuses. Les fresques peintes par Nicolo, sur les dessins du Prîmatice, dans la galerie de Henri II, ont pu être alourdies sans doute, mais on les aime encore ainsi. Le pinceau du restaurateur n’a point trop dénaturé ces formes en même temps frêles et fortes, virginales et voluptueuses ; c’est bien toujours cette peinture bloude dont les couleurs semblent avoir été mêlées à un rayon de soleil.

Du reste, l’examen du château de Fontainebleau, comme celui de toutes les demeures royales, fatigue

bienplus qu’il n’intéresse. On se lasse vitedeceluxo uniforme ; on cherché en vain, au milieu de cette grandeur prétentieuse, quelque chose d’humain qui rappelle l’habitation et la famille. L’étiquette des cours semble s’être communiquée aux meubles, aux murailles; tout fait parade, tout est en ordre; pas un vase de fleurs oublié dans un coin, pas un bouquet fané, pas un livre entre-ouvert ; rien de ce désordre charmant qui annonce la vie et la pensée ; c’est un théâtre où les décorations sont en place, et non un foyer domestique.

Tout ne produit . pas cependant cette impression. Après avoir parcouru ces appartements dorés jusqu’aux solives, que l’on traverse rapidement pour en avoir fini, après avoir jeté un,regard ennuyé sur ces meubles incrustés de nacre, d’ébène, d’ivoire, on arrive à un cabinet obscur, devant une petite table-de mérîsier toute tachée d’encre, et là, quels que soient l’àge, la nation, la croyance, on s’arrête profondément ému, car ce cabinet est celui de Napoléon, cette table sur laquelle il signa sa renonciation à un rêve qui avait duré quinze ans et pour

lequel un million d’hommes étaient morts! la table où il abdiqua l’empire du monde!

;Mon chercheur d’impressions m’avait suivi au château ; mais il désirait par-dessus tout voir la forêt. 11 savait que Louis IX avait daté plusieurs de ses lettres de nos déserts de Fontainebleau ; que le saint roi y avait même été attaqué par des brigands et n’avait pu leur échapper qu’en sonnant deux fois du cor, pour avertir ses hommes d’armes; il avait lu ce qu’en dit M. de Sénancourt dans Obermann, et il en avait conclu qu’il devait trouver là une réminiscence des forêts vierges du Nouveau-Monde. Il s’arma en conséquence de son bâton ferré, prit des pistolets de poche, et nous partîmes.

Nous suivîmes d’abord des routes percées au -milieu de la futaie avec autant de régularité que la rue de Rivoli, et portant leurs noms cloués aux arbres. Mon compagnons fronça le sourcil, mais ne dit rien encore; c’était sans doute l’expression mourante de la civilisation, nous allions entrer dans le désert.

Cependant nous marchions en vain ; la route continuait, toujours la même. Nous nous jetâmes à

droite; au bout de cinq minutes, nous nous trouvâmes au milieu d’un carrefour auquel venaient aboutir des chemins semblables, percés en tous sens. Nous retournâmes à gauche; cette fois, le fourré s’épaissit, les sentiers s’effacèrent, et, après deux cents pas, nous nous trouvâmes au milieu des rocs, des épines et des genévriers. La figure de mon jeune homme s’épanouit.

— Enfin, dit-il avec exaltation et en ouvrant les bras, comme s’il eût voulu serrer tout le taillis sur son cœur, voilà une forêt; nous pouvons secouer la fange des villes sur ces bruyères sauvages : ici finit ce qu’on appelle le monde, et le bruit des hommes ne peut parvenir jusqu’à nous.

Le claquement d’un fouet et le roulement d’une voiture l’arrêtèrent court : il se détourna;, nous étions à dix pas de la grande route de Montargis, et la palache venait de déposer un voyageur sur la lisière du fourré. Le jeune homme fit un saut en arrière, comme s’il eût marché sur un serpent; il venait de reconnaître notre compagnon du bateau à vapeur.

Celui-ci nous reconnut également et vint à nous le sourire sur les lèvres.

— Parbleu 1 s’écria-t-il, la rencontre est heureuse. Vous visitez la forêt, n’est-ce pas? Je viens aussi la revoir ; je vous servirai de guide.

Je regardai mon compagnon; il avait croisé les mains sur son paletot et semblait offrir à Dieu ses douleurs. Je pris son silence pour un consentement, et j’acceptai la proposition. du vice-président.

— Je ne pourrai qu’abréger vos recherches, nous dit-il ; car, sans moi, vous auriez tout trouvé. La forêt est parfaitement tenue, et il est impossible de s’y perdre.

•—En effet, s’écria l’homme aux grandes guêtres, qui ne pouvait cuver son désappointement; on vient ici chercher une solitude et l’on trouve une ville. Les routes ont des affiches, les rochers ont mis écriteau ; les arbres portent leurs noms en tète, comme des édifices publics; à chaque détour on s’attend à

trouver un marchand de vio, et l’on cherche mal-

gré soi la lanterne du commissaire. Profanation I Dieu vous avait donné un Océan de verdure,, vous

l'avez étiqueté .et mis . eu bouteille daûs des fioles d’apothicaire.

Il Unissait de prononcer ces mots d’une voix toute vibrante de colère, lorsque le vice-président s’écrfa :

' — Prenez garde au buisson, monsieur !

En effet, le fougueux jeune homme venail de laisser la moitié de son paletot aux épines d’un genévrier, il ramena à lui l’autre moitié avec un mouvement de ûère indifférence digne d’un Romain, jeta à notre soigneux compagnon un regard qui sembla l’envelopper de mépris, et murmura tout bas un mot terrible :

— Épicier!...

Heureusement, celui-ci ne l’entendit pas.

Nous étions arrivés à Franchard ; le vice-président nous fit voir en détail toutes les curiosités de cette thébaïde ; le vallon d’abord, puis la maison du druide , puis la roche qui pleure , qui malheureusement ne pleurait plus. En revenant par Montaigu, il se tourna vers notre Silencieux compagnon et lui

montra deux pierres énormes couchées dans la plaine.

î— A quoi trouvez-vous que cela ressemble ? lui demanda-t-il.

— Mais... à deux rochers.

— Nullement, l'ane de ces pierres représente un, éléphant, l’autre un chameau couché. Regardez bien ; c’est la chose la plus curieuse de la forêt!

Le jeune homme donna un coup de poing dans son chapeau pointu pour se l’enfoDcer jusqu’aux yeux, et continua sa route.

Nous vîmes successivement le chêne de Clovis, le bouquet du roi, la vallée de la Sole, la Roche des Deux- Sœurs, la terrasse de Belle-Vue. En repassant devant le château, le membre de l’Institut historique éleva une longue discussion sur l’époque de sa fondation, et conelut à la manière des antiquaires, en déclarant qu’on ne la connaissait pas. Il ajouta pourtant que Louis le Jeune y avait fondé, en 1160, la chapelle de Saint-Saturnin, comme il appert de ses lettres-patentes dans lesquelles il dit: Qu'on donne au chapelain , quand la cour sera en ce lieu,

deux deniers pour sa table, quatre pains, un demis'etier de vin, plus une toise de chandelles (tesam candelæ).

Il acheva cette citation à la porte de l'hôtel. Au moment de nous séparer, je laissai échapper que je partais le lendemain pour Orléans.

— Eh! comme ça se trouve! s’écria-t-il, j’y vais aussi ; nous ferons route ensemble.

Mon compagnon au demi-paletot fit un bond de côté; et dès que le vice-président nous eût quittés :

— • Je ne pars plus demain pour Orléans, dit-il; je reste à Fontainebleau : j’y resterais huit jours s’il le fallait pour éviter la société de ce bourreau de poésie ! *

La position d’Orléans est une des plus belles qui se puisse imaginer : entourée de - vignobles, de forêts, de prairies, de champs fertiles, la ville forme

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un aro immense, qui a pour corde la Loire. Les premiers habitants de la contrée durent être frappés de tels avantages et choisir de bonne heure pour résidence commune un lieu si favorisé.

L’époque de la fondation d'Orléans est pourtant inconnue, ce dont s’applaudit fort un de ses historiens par la raison, a que ce qui est grand et bon a toujours un commencement obscur, témoin les sources du Nil; il ajoute à la vérité que, selon toute probabilité, celte fondation date de Gomer , fils de Japhet et petit-fils de Noé /... A moins de placer à Orléans le paradis terrestre, il était difficile de faire remonter plus haut son origine.

Du reste, cette ville a donné lieu à des dissertations fort opposées parmi les scrutateurs de l’antiquité. Quelques-uns persistent à y voir le Genabicm des anciens, que d’autres placent à Gien; quant au pom d’Orléans, il vient, d 'Aurélia (ville d’Aurélien).

Simphorien Guyon dit dans son histoire, écrite en 1647 :

« Le génie et nature du lieu de cette ville, correspondant et sympathisant avec les génies célestes et

universels, qui versent et répandent leurs influences et grâces sur icelle, lui ont donné ce nom de Genabum, comme omne gignens bonum , engendrant toute sorte de bien; mais parce que cses génies étaient vagues et non certainement dénommés, ils ont été restreints à ces deux génies, le soleil et l’or, qui ont fait ce beau nom, Aurélia , ou lielichrysos , et ce nom ne lui a point été donné par cas fortuit, mais par la forme et nature du lieu, qui correspond à ces deux génies universels et aux premier et deuxiôme fondateurs d’icelle ville, Noé, appelé Genius, et Aurélien, empereur. »

« Ainsi, observe judicieusement M. Fleury, dans son excellent travail sur Orléans et ses historiens, Genabum, ville celtique, tire son nom de trois noms latins, Omne gignens bonum ; Aurélia, ville gallo-romaine, tire son nom du mot latin aurum, et du mot grec hélios /»

Du reste, ce Symphorien Guyon est un historien fort curieux à lire. 11 prétend dans une autre partie de son in-folio, que si « les femmes et filles d’Orléans ont un parler doux, coulant les aspirations

plus légèrement, et entrelaçant leurs voyelles aux consonnes, c’est qu’elles sont d’une complexion plus froide que les hommes, joint que l’air de la ville est tempéré. »

Nous n’avons rien à dire sur l'avant-dernière partie de cette remarque dont nous n’avons pu vérifier lajustesse ; mais quant au parler doux et coulant des femmes d’Orléans, nous devons déclarer que notre oreille a été blessée, au contraire, de leur accentuation sourde, brève et pressée.

Je me rendis d’abord à la cathédrale dont j’avais admiré, en arrivant, les tours brodées. Commencée seulement sous Henri IV, dans un style gothique déjà fort altéré, sa construction, qui continua pendant les règnes suivants, subit toutes les influences de la mode, et ne fut terminée qu’au siècle de Louis XV qui y a laissé L’empreinte de son architecture mignarde et galante. Ce mélange de toutes les formes et de tous les caractères, choquant peutêtre dans un palais, n’a ici rien qui déplaise. On trouve môme, quand on réfléchit, quelque chose de touchant dans celle variété ;.on sent. que chaque

siècle a apporté, 'à l'édifice sacré, son tribut d'art et de travail, que chaque génération y a écrit pieusement son nom, y a laissé un souvenir de son amour.

La cathédrale d’Orléans est, comme toutes les cathédrales, entourée de rues qui la cachent et de masures qui l’enlaidissent. Nos pères ne voyaient point dans une église un monument mais un hommage; ils la bâtissaient moins pour orner la cité que pour la sanctiOer. Il leur importait peu qu’une échoppe masquât une sculpture curieuse, un détail: délicat; détails et sculptures avaient été faits, non par orgueil, mais par amour. Le travail d’un ouvrier chrétien était comme les bonnes œuvres, qui, pour être cachées aux yeux des hommes, n’en ont pas moins de prix aux yeux de Dieu.

De la cathédrale je me rendis au musée, où l’on a réuni un grand nombre de meubles gothiques d’un fini précieux. Nous demandâmes à voir un Poussin , annoncé sur le catalogue, on l’avait emmagasiné pour faire place à un magnifique devant de cheminée de M. Fragonard et à plusieurs

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autres rouleaux de papiers peints, de la même école. Nous aperçûmes cependant, au milieu de ces éblouissantes tapisseries, trois modestes petits tableaux devant lesquels nous nous arrêtâmes, au grand scandale du concierge. Le premier était un Guido Reni admirable de pose, et moins blanc que ne le sont d’habitude les tableaux de ce peintre ; l'autre, un Andrea Sacchi , et le troisième une vierge merveilleuse du Guerchin. Nous découvrîmes aussi, parmi quelques pochades sans valeur, une jolie marine de Vander-Velde, une tête de femme par Mignard, et, enfin, un portrait de Louis XI, peint à son retour du pèlerinage de Gléry et portant cette inscriplion remarquable :

Du corps seulement la santé Je demandais à Notre-Dame,

Trop l’importuner c’eût été De la prier aussi pour l'âme.

Après le Musée, nous visitâmes la bibliothèque, les maisons de Diane de Poitiers et d’Agnès Sorel. Le marchand qui habite cette dernière a pris à bail

la célébrité de la dame de Beauté. 11 vous fait voir la chambre où elle dormait, et vous lisez sur la cheminée gothique près de laquelle elle s’assit souvent pour réver, cette grossière inscription :

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