CHAPITRE III
l'alliance des deux partis.
Il n'est pas étonnant, en conséquence, que Jefferson, qui s'était montré un lion dans l'opposition, se trouvât transformé en agneau, dès qu'il fut arrivé au pouvoir. Comme il avait dénoncé tous les actes des Fédéralistes, depuis la consommation de l'Union, comme dangereux pour les libertés américaines ou comme nuisibles pour le bien public, on pouvait s'attendre à ce que lui et son parti prissent à tâche de chercher à démolir l'édifice fédéraliste, pour élever à sa place un temple à la foi républicaine. Non seulement rien de pareil ne se produisit, mais encore rien de semblable ne fut même tenté. Si Ion considère la manière dont les Républicains avaient fulminé pendant les dernières années de la domination fédéraliste, le premier discours d'ouverture prononcé par Jefferson est un document qui nous confond. Le passé récent, plein de dangers si peu de temps avant, était ignoré, et l'avenir, qui présentait des dangers beaucoup plus réels, n'était pas envisagé pour le moment. Jefferson prêta serment, la tête auréolée d'un halo de belles phrases, et ils furent, lui et ses partisans, si satisfaits de cette vision béatifique, qu'ils dédaignèrent complètement la nécessité de réparer leur propre passé, et de pourvoir à l'avenir de leur pays. La popularité suffisait à tout. 11 fallait s'attacher les Fédéralistes eux-mêmes, et l'organisation nationale achevée par eux est implicitement acceptée. L'édifice fédéraliste, considéré
LES PROMESSES DE LA VIE AMERlCAiyE.
si récemment encore comme la prison du libre esprit américain, devient lui-même une large part du temple de la Démocratie. L'Union n'est plus considérée comme hostile à la liberté. Pour la première fois, nous commençons à entendre sortir de la bouche de bons républicains quelques paroles sacrées sur le lien nécessaire de la liberté et de l'union. Jefferson célébra son triomphe en adoptant l'œuvre, sinon le credo, de ses adversaires.
L'adoption, par Jefferson et les Républicains, de l'édifice politique de leurs adversaires est d'une importance à peine inférieure il l'adoption de la Constitution par les États. C'était la première indication pratique du fait que la démocratie et le Fédéralisme n'étaient pas aussi radicalement antagonistes que leurs partisans extrêmes l'avaient cru ; et c'était aussi la première preuve que les intérêts cachés derrière les phrases des deux partis n'étaient pas irréconciliables. Quand la démocratie se rallia à l'organisation nationale, l'État américain commença à être une nation démocratique. L'alliance était jusqu'alors à la fois fragile et superficielle. Elle était fondée sur le sacrifice, par les deux partis, non seulement de certaines erreurs et fausses conceptions, mais encore de certaines convictions considérées comme essentielles Les Répulilicains admettaient tacitement la fausseté substantielle de leurs attaques contre l'organisation fédérale. Les nombreux Fédéralistes qui s'alliaient à leurs adversaires almndonnaient sans scrupules l'esprit et l'objectif de la politique nationale hamiltonienne.
Mais coûte que coûte la réconciliation était accomplie L'F.tat américain, nouvelhîment fondé, était, pour le présent, sauvé (hi danger d'être mis en pièces ])ar deux factions rivales, n'j)rés{;ntant, chacune, des idéj's eldesintéréis irréconciliables. L'Union, qui avait été célébrée en 178g, fut con.sommée en 1801. Il restait à prf)uv«'r sa fécondité. (Juand Jeff(?r.son et les Républicainh se rallièrent à ri'nion et à l'organisation tcdéraliste exi.s-