L ALLIA XCE DES DEUX PARTIS
tante, la trame de la démocratie traditionnelle américaine était presque complètement tissée. Le peuple américain n'avait plus qu'à s'en servir et à l'entretenir. La politique annoncée dans le premier discours d'ouverture de Jefferson était, sur tous les points importants, uniquement une politique de conservatisme. Le peuple américain avait été mis en possession d'un ensemble d'institutions politiques qui le mettaient à l'abri des abus, et lui donnaient toutes les opportunités raisonnables : le devoir politique se bornait à administrer ces institutions dans un esprit de fidélité et à les préserver du mal. L'avenir ne présentait qu'un seul danger sérieux. De telles libertés étaient toujours exposées à l'attaque, et il y aurait toujours des hommes dont le dessein et l'intérêt seraient de les attaquer.
La grande responsabilité politique de la démocratie américaine était de se mettre en garde contre de tels assauts. Si elle réussissait dans cette tâche, elle n'avait plus à s'inquiéter de son avenir: son salut politique était assuré. Elle l'avait placé, pourrait-on dire, dans la meilleure et la plus sûre des banques. Elle était certaine d'en retirer des intérêts, à condition que la banque fût administrée dans un esprit conservateur, c'est-à-dire pourvu qu'elle soit administrée par de loyaux Républicains. Il n'y avait pas lieu et il n'était pas besoin d'augmenter le capital, qui suffisait déjà à tous les besoins raisonnables. Mais il ne fallait pas le diminuer, et il ne fallait pas l'exposer à des risques de diminution par des spéculations hasardeuses.
Pendant les cinquante années qui suivirent, la démocratie américaine accepte presque littéralement cette tradition jeffersonienne . Jusqu'au moment où la question de l'esclavage devint aiguë, on cessa de penser sérieusement aux problèmes politiques. Les légistes s'occupèrent de certaines questions importantes d'interprétation constitutionnelle, qui enveloppaient (les conséquences politiques; mais ces exposés de notre loi fondamentale avaient pour but d'affirmer, de consolider et, vers la
fin. de restreindre partiellement l'organisation fédéraliste existante. A cet égard, comme à beaucoup d'autres, les Américains de la seconde et de la troisième génération ne faisaient que conserver ce que leurs pères avaient fondé. Leurs institutions politiques étaient bonnes, tant quelles n'étaient pas troublées. Elles ne pouvaient devenir mauvaises que si elles étaient perverties. Le meilleur moyen de les préserver de cette perversion était, naturellement, d'assurer l'élection de vertueux démocrates.
Du point de vue de la tradition américaine, il était beaucoup plus important de faire élire des candidats offrant toute sécurité qu'il ne l'était de faire servir le pouvoir ainsi obtenu à quelque résultat politique utile. Entre les mains d'hommes qui ne sont pas siîrs, c'est-à-dire qui appartiennent à l'opposition, le gouvernement pourrait être détourné vers des usages dangereux, tandis ciuentre les mains d'hommes sûrs, il ne peut qu'être maintenu en sûreté. Un mauvais gouvernement faisait courir plus de dangers qu'un bon gouvernement n'apportait d'avantages, parce ([u'un bon gouvernement, ])arliculièrement en ce qui concerne les fonctionnaires fédéraux, consistait, en exceptant la routine des affaires, à laisser aller les choses. Ainsi l'intérêt passionné que prenait un bon Américain à assurer son élection ou celle de ses associés, pourrait êtrc^ justifiée par des raisons fondées sur la nature essentielle du système politique traditionnel.
Le bon démocrate américain avail, nalurellemeni, un autre devoir politique qnp d'assurer son election et celle de ses amis. •Son système politi(|uo avait j)i)ur l)ul. non seulement de le pro léger contre les abus, mais encore d<! lui assurer \v.s eliances les plus favorables. Ivn tirant le plus d'avantages possible de ce» occasion.s, il ne rerny)lisKait pas seulement un devoir vi.s-àvi« de lui-même, mai.s il aidait à la réalisation, au but essentiel de la rli-moeratie. Si e'i-iait ,1a foiKtionde l'organisation nalio-