‹ Les promesses de la vie américaine;Chapitre 20 sur 123 · L'ALLIANCE DES DEUX PARTIS · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE DES DEUX PARTIS

toute l'histoire par l'application puissante des cerveaux pour arriver à la solution d'un problème politique organique, le peuple américain, dis-je, après avoir fait preuve d'une bonne volonté et d'une rectitude de jugement dont il n'y a presque pas d'exemple, allait donner une interprétation complètement fausse à son remarquable triomphe ; il allait continuer à cultiver un état d'esprit qui le faisait particulièrement enclin à l'impuissance et à la conformité intellectuelles. Le mélange d'optimisme, de conservatisme et de superficialité, qui a caractérisé jusqu'à nos jours son point de vue politique, l'a rendu presque aveugle aux vraies leçons de sa propre expérience nationale.

Le mieux qu'on puisse dire en faveur de ce système traditionnel américain d'idées politiques, c'est qu'il contenait le germe de choses meilleures. Le mélange de Fédéralisme et de Républicanisme, qui formait la substance du système, ne constituait pas un principe politique progressif et capable de façonner quelque chose, mais il indiquait la direction vers une formule constructive. Les chefs politiques de « l'ère des bons sentiments », qui commencèrent à faire avec une certaine conviction de belles phrases sur l'alliance éternelle et inséparable entre (f la liberté et l'union », avaient les yeux fixés sur la terre promise où la démocratie américaine devait trouver son accomplissement.

Comme nous le verrons, la sorte de liberté et la sorte d'union ([u'ils avaient dans l'esprit n'étaient en aucune manière unies indissolublement et inséparablement; et il fallait que le sens négatif et légal de ces deux mots fît place à un sens positif, moral et social, avant que l'alliance dont on se vantait pût être autre qu'une alliance jirécaire et stérile. Mais si au mot liberté nous substituons le mot démocratie, qui veut dire quelque chose de plus que liberté, et si au mot union nous substituons l'expression « nationalité américaine », qui veut dire beaucoup plus tiu'uiu- union légale, nous pourrons

entrevoir dans cette direction une alliance féconde entre deux principes qui se complètent. On peut, je crois, établir sans restriction que partout où l'idée et la tendance nationalistes ont été séparées de la démocratie, leurs résultats ont élé limités et en partie annihilés. On peut aussi établir que si l'idée démocratique se sépare du principe et de l'organisation nationale, il en résulte non seulement la stérilité, mais encore toutes sortes de maux dans l'ordre moral et politique. Tout ceci doit rester pour le présent simple assertion ; mais j'espère arriver graduellement à justifier ces assertions en suivant, pour l'examiner, le cours du développement politique américain.

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