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opinions s'ils voulaient agir sur le peuple, ou leur chance de succès s'ils voulaient garder intactes leurs opinions. En fait ils se décidèrent pour la voie la plus désastreuse. Ils abandonnèrent leurs opinions et malgré cela ne réussirent pas à l'emporter sur leurs adversaires. Jusqu'à l'époque de la Guerre Civile, les Démocrates jouirent des avantages de la victoire et du prestige de la popularité.
Les Whigs, de même que leurs prédécesseurs les Fédéralistes, étaient ostensiblement le parti des idées nationales. Leur association commença avec un groupe de Républicains jeffersoniens qui, à la suite de la seconde guerre avec l'Angleterre, cherchèrent à reprendre l'œuvre interrompue de consolidation nationale. Les résultats de cette guerre avaient clairement fait ressortir certains défauts graves dans l'organisation nationale américaine. C'est à ces défauts qu'un groupe de jeunes progressistes, sous la direction de Calhoun et de Clay, se proposèrent de trouver un remède. Une des plus grandes causes d'infériorité dans la conduite militaire de la guerre était due à l'insuflisance des moyens de communication intérieure. La construction d'un système de routes nationales et de canaux devint un article important de leur programme. Ils préconisèrent aussi une politique de protection industrielle, que Calhoun défendit au moyen d'arguments d'un intérêt et d'une ampleur nationale tels qu'ils auraient pu être empruntés au rapport de Hamilton. Sous l'influence d'idées de même nature, la banque nationale vit renouveler son privilège et, comme corrélatif de cette politique constructive, une interprétation libérale de la Constitution dans le sens nationaliste fut explicitement soutenue. Quand on lit les discours prononcés par certains de ces hommes, et en particulier par Calhoun, pendant la première session du Congrès après la conclusion de la paix, on croirait assister à une renaissance véritable du nationalisme hamiltonien, qui semble devoir échapper cette fois à la fatale méfiance de HaniilttJn conlre hi
démocratie, et éviter l'opposition factieuse et acharnée de la période précédente.
Les Whig-s eurent un beau départ, mais leur course fut médiocre et finit mal. Il n'est pas douteux qu'ils valaient mieux que les Fédéralistes en ce sens que. de même que leurs adversaires, les Démocrates, ils étaient partisans d'une entente entre la démocratie et le nationalisme. Ils croyaient que la consolidation et le développement de l'organisation nationale, loin de leur être hostiles, serviraient les desseins du système politique américain. Cependant ils ne firent aucune conquête au nom de leur conviction. Les Fédéralistes avaient accompli en réalité une grande tâche nécessaire d'organisation nationale et fondé une tradition de politique constructive et de progrès national. Les Whigs se contentèrent de maintenir vivante cette tradition Ils se tinrent entièrement sur la défensive et ne firent rien du tout pour établir la continuité d une législation constructive. Leurs succès ne furent que de simples incursions électorales, et leurs défaites furent tout à fait désastreuses, en ce sens qu'ils y perdirent non seulement toutes leurs places fortes, mais aussi en grande partie leur réputation militaire et leur renommée. Leur disparition finale fut le résultat de leur incapacité. Ils étaient voués d'avance à l'inutilité, à la défaite et au déshonneur.
•Sur tous les points impf»rtants, leur programme tourna mal. I^ur politique d'amélioration intérieure, dans l'intérêt national etaux frais de la nation, fut contrecarrée par les scrupules ct)nstitutionnel.s de présidents tels que Monroe et Jackson, et pour celte raison elle ne put jamais être discutée au sujet de ses propres mérites. J.a Cumberland Koad fut la seule grande voie nationale construite et reste jusqu'à ce jour comme un symbole frappant de ce que le (f()uvern«?ment fédéral aurait pu effectuer pour rétablissement d'un système efficace de communication entre les différents iMats 1^ nmouvcilcnicni du privilège d«' la
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Banque Nationale, l'un des premiers fruits du nouveau mouvement national, devait être par la suite l'occasion de son échec le plus flagrant. La Banque était rétablissement national pour le maintien permanent duquel les chefs des Whigs combattirent avec le plus de persistance et de loyauté. Quand ils commencèrent la lutte, ils avaient pour eux l'appui de l'opinion publique et le prestige d'une institution établie et utile ; mais la campagne fut conduite avec si peu d'habileté qu'ils furent en fin de compte complètement battus. Loin de pouvoir faire avancer la politique de consolidation nationale, ils ne furent même pas capables de conserver les institutions nationales existantes, et leur échec évident dans cette circonstance décisive fut le résultat de leur inaptitude à convaincre l'opinion publique que la Banque était véritablement organisée et maintenue dans l'intérêt national. Leur politique protectionniste était destinée à la longue à subir un sort semblable. Tout d'abord les tarifs qu'ils proposèrent au vote des Chambres, n'étaient pas établis dans l'esprit sage, national et modéré de Hamilton. Ils s'inspiraient, en fait, d intérêts spéciaux qui trouvaient leur profit à cette augmentation de droits. Les chefs des Whigs se laissèrent acheter par les manufacturiers du Nord, et, en légiférant exclusivement en leur faveur, ils poussèrent presque la Caroline du Sud à la rebellion et à la sécession. Puis, après cet exploit admirable, ils consentirent à apaiser ce mouvement de mécontentement en réduisant graduellement l'échelle des droits, au point qu'il ne resta presque rien du tarif prolecteur. Va\ un mot, ils commencèrent par fausser l'esprit du système protecteur jusqu'à ce qu'il cessât d'être une politique nationale, puis ils le compromirent à ce point (|u'il cessa d'être une politique quelconque.
L'écliec le yjlus pileux et le plus complet fut peut-être relui que les Whigs éprouvèrent dans leur lutte contre le gouvernement exécutif fédéral au bénéfice de la législature fédérale. Ils tureiil obligés tie j)rtMi(lr«- position en ce sens, parce que.
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pendant de nombreuses années, les Démocrates, représentés par Jackson, occupèrent le siège présidentiel, pendant que les Whigs régnaient sur Tun ou l'autre des corps législatifs du Congrès; mais l'attitude des deux adversaires, relativement à l'issue de la lutte, correspondait à une différence essentielle d'organisation et de personnel. Les Whigs avaient à leur tète un groupe d'orateurs brillants et d'hommes de loi. tandis que les Démocrates obéissaient à un seul individu puissant qui tenait l'emploi de Président. En conséquence de ce fait, les Whigs se firent les champions d'une doctrine constitutionnelle, qui n'était rien moins que l'affirmation de l'omnipotence du Congrès et qui, pendant de nombreuses années, s'attaqua à Jackson, représenté comme un dictateur militaire en train de saper les institutions représentatives de son pays. Les Américains cependant jugèrent ces accusations fulminantes à leur juste valeur. Pendant douze années, ils portèrent à la Présidence Jackson ou le candidat de son choix, et ils finirent par enlever aux Whigs le contrôle du Congrès. Ils eurent rai.son. Le peuple américain a beaucoup plus à craindre les usurpations du Congrès fjue celles de l'Kxécutif. Jackson et Lincoln ont quelque peu dépassé les limites de leurs attributions, mais ce fut dans de bonnes intentions et dans un esprit essentiellement modéré et sincère, tandis (|u'au contraire lorsque le Congrès s'efforce tie dominer le pcnivoir exc'cutif, son l)ut est généralement mauvais et .ses méthodes furtives et dangercu.ses. Notre pouvoir législatif a été et est encore la place forte des intérêts spéciaux et locaux et tout <•(' (jui tend à amoindrir le pouvoir exécutif dans ce pays menace sérieusement notre intégrité nationale et notre équilibre. Il faut louer le peuple américain (l'avoir instinctivement reconnu ce fait <;i d'avoir estimé à leur juste valeur les tirades que des gens qui ne valaient pas mieux <pie llenry Clay ont lancé(î8 contre des hommes <|ui ik* valaient pas moins qu'Andrew Jackson
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La raison de l'échec des Whigs fut que leurs adversaires représentaient d'une manière plus complète les forces vives de la vie américaine contemporaine. Jackson et ses partisans l'emportèrent pai*ce qu'ils étaient simples, énergiques, utiles et forts. Le ferme accord de leurs sentiments, leur loyauté mutuelle, leur permettaient de former une organisation de parti beaucoup plus efficace que celle des Whigs. C est un de ces paradoxes intéressants, qui ne sont pas rares dans l'histoire de l'Amérique, que le parti qui prétendait représenter l'organisation et la direction officielle avait une organisation flottante et une direction malhabile, tandis que le parti qui tenait en méfiance l'organisation officielle, et entourait la direction officielle de restrictions rigoureuses, était le mieux organisé et resta sous la domination absolue d'un seul homme pendant un grand nombre d'années. Au fond, la différence entre les deux partis était une différence de vitalité. Toutes les conditions de succès travaillaient alors en faveur de l'homme à l'esprit peu cultivé, mais au caractère résolu comme l'était Andrew Jackson, contre des hommes tels que Henry Clay et Daniel Webster, plus intelligents, mais sans force de caractère ni unité de dessein. Le premier avait derrière lui l'impulsion d'un grand mouvement populaire, qui se précipitait avec une force irrésistible vers des résultats tout à fait imprévus, tandis que ceux-ci. tout en s'efforçant ostensiblement de remonter le courant, étaient en réalité entraînés par ses flots impétueux.
Daniel Webster et Henry Clay se trouvèrent en efl"et en présence d'une alternative semblable à celle qui frappa de stérilité la vie de leurs contemporains représentant un intérêt intellectuel. C'étaient des hommes avec des idées nationales, mais dont le sentiment national n'était rien moins qu'ardent. Leurs intérêts, leur tempérament, leur mode d'existence les empêchait de sympathiser d'instinct avec les idées et manifestations de la vie sociale et politique de leur temps. S'ils avaient besoin de popu-
larité, ils devaient l'obtenir et l'acheter au moyen de compromis, tandis qu'Andrew Jackson gagnait un bien plus grand nombre de partisans dans le peuple rien qu'en conformant sa conduite aux impulsions de son tempérament et de ses idées. Il réussit parce quil représentait dans sa personnalité la démocratie nationale américaine, tandis qu'ils échouèrent, somme toute, parce que les électeurs qu'ils représentaient dissimulaient des sympathies étroites et des intérêts spéciaux sous des mots de signification nationale. Jackson, qui, en théorie, était le serviteur et le porte-parole de ses partisans, joua le rôle d'un véritable chef dans sa campagne contre la banque nationale, pendant que les Whigs, qui auraient pu faire acte de prévoyance en élevant par leur enseignement leurs compatriotes à la hauteur de leurs connaissances supérieures, suivaient en traînards à l'arrière du cortège.
A dire vrai, les Démocrates sous la direction de Jackson furent pendant un temps le parti national, bien qu'ils se soient servis de cette situation authentique pour imposer, à certains égards, à leur pays, un assez grand n()inl)re d'idées anti-nationales. I-os Whigs, d'un autre côté, en dépit de leurs idées et aspirations nationales, n étaient guère en effet qu une faction. S étant aperçus qu'ils ne pouvaient rallier à leurs idées qu'un nombre restreint de partisans, ils furent o])ligés. pour chercher du renfort, tantôt de faire appel à d(^s intérêts spéciaux, tantôt de faire le sacrifice d(' leurs convictions .Sous leur direction, la politique nationale devint une politique de conciliation et de compromis à tout prix, et l'idée nationale tut privée de consistance et de dignité. VAUi ressemble à un salmigondis d'opinions et de projets, ilissimulant l'incompatibilité dr ses ingrédients sous une croûte unie de légalité constitutionnelle ci de consenleiTienl populaire L'idét; nationale ne fut i)as seulement désarmée et ignorée, comme elle l'avait été par Jeffer.son, mais elle fui mulil<'*e vl iléfigurée. ronfôrniénieut .1 une théorie déniocra-
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tique erronée. Les Whigs, ses partisans, s'abusèrent lorsqu'ils crurent prolonger l'existence de l'idée nationale en épuisant sa vitalité. Mais si sa vie fut épargnée, elle dut son salut surtout à ses ennemis ostensibles. Tandis que les Whigs étaient moins nationalistes de sentiment et de tendance que ne l'exigeaient leurs idées, les Démocrates étaient plus nationalistes qu'ils ne s'en doutaient. De 1830 à 1850 l'esprit national américain diminua en tant qu'idée consciente, mais les grandes forces inconscientes de la vie américaine travaillaient d'une manière décisive en sa faveur. Il est incontestable que l'échec des Whigs est susceptible de nombreuses explications. Les circonstances et conditions régnantes étaient défavorables à des hommes qui brillaient plutôt par lintelligence que par la force de caractère. C'était l'époque des phrases retentissantes, des intérêts personnels, des débats stériles, de l'affaiblissement intellectuel, des lieux communs étroits de moralité, toutes choses qui rendaient difficile à un homme d'Etat de voir plus loin que son nez, ou s'il y réussissait, l'empêchait de conformer ses actes à ses idées. Cependant, en dépit de tout cela, il semble que quelque Whig aurait pu faire triompher la logique de l'idée nationale avec autant de puissance et d'autorité que Calhoun en déploya pour faire triompher la logique d'une idée de parti. Qu'aucun Whig ne s'élevât alors à la hauteur des circonstances, c'est une preuve qu'en faisant le sacrifice de leurs idées ils sacrifiaient en même temps leur inté|^rité personnelle. Le manque de sincérité et de responsabilité intellectuelles fut, dans le cas des Démocrates, le résultat de leur manière de vivre et de leur point de vue, mais de la part des Whigs ce fut une sorte de dégradation et de prostitution morales L'œuvre de Jefferson n'avait été que trop bien accomplie. Le pays était si entièrement dominé par un système gouvernemental d'agrandissement individuel, d'abamlon national, de torpeur mentale, que les hommes, qui, dans leur intérêt moral el iiilrllcciucl. auraient dû le eoinballre rés()luin<Mil, en
Lf.S PROMESSES DE LA VIE AMERICAINE.
furent réduits à la position de parasites. Les dangers de la situation se révélèrent d'une manière frappante par l'attitude que prirent les hommes d'État contemporains relativement au grave problème national de cette époque — le problème de lexistence de l'esclavage reconnu par la loi dans un Etat démocratique.