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CHAPITRE VII

l'esclavage et la nationalité américaine

Le parti des Whigs et celui des Démocrates ont, l'un et l'autre, révélé l'insuffisance de leurs idées par leur conduite en présence du problème de l'esclavage. Je me suis jusqu'ici abstenu de tout commentaire sur l'effet que l'institution de l'esclavage allait avoir sur la politique américaine, parce que l'importance croissante de l'esclavage et de l'agitation anti-esclavagiste qui en résulta exigent, dans l'intérêt de cet ouvrage et du but qu'il s'est proposé, un examen particulier. Le moment est venu maintenant de se livrer à cet examen. Les âpres luttes de personnes et de partis entre les Whigs et les Démocrates prirent fin devant l'apparition d'une difficulté capitale et périlleuse. Dans le règlement de cette question les principes de ces deux partis, par la manière dont ils furent appliqués, ne furent d'aucun secours essentiel.

La discussion s'ouvrit à propos de l'existence légale, dans les Ktats-Unis, d'une institution essentiellement anti-démocratique. Les Ktats-Unis étaient une démocratie, et quelle que soit l'importance, petite ou grande, do la valour attachée à ce vocable, elle exclut toute idée de droit de })ropriotô d un h<Hnm(^ sur un autre, ("'était pourtant là a^ <|ue la Constitution sanctionnait. Ses auteurs se trouvaient on prt'sonce de l'existence légale de l'osclavag»? chms prescjuo tous les Ktats constitués Lo refus do reconnaître cette institution aurait ou pour résultat de faire

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échouer toute l'économie de la législation constitutionnelle. En conséquence ils ne cherchèrent pas à prohiber l'esclavage des noirs, d'autant plus qu'à cette époque il semblait destiné à disparaître promptement sous l'action de causes naturelles. Les auteurs de la Constitution avaient une bonne excuse pour refuser de sacrifier leur projet tout entier à l'abolition de l'esclavage et pour rejeter sur l'avenir la charge de régler cette question à fond et avec suite. Plus tard, cependant, il arriva que l'esclavage, au lieu de disparaître graduellement sous l'action de causes économiques, s'établit plus fortement que jamais dans une partie du pays. Toute la vie agricole, politique et sociale du Sud fut dominée par l'existence de l'esclavage des nègres. Le problème de concilier l'expansion d'une pareille institution avec la logique de notre idée nationale devait fatalement se poser d'une manière sérieuse. Notre pays était lié par toutes les considérations d'honneur national et d'intégrité morale à rendre ses institutions entièrement démocratiques, et il ne pouvait pas continuer à tolérer l'existence légale de la servitude humaine sans devenir un scandaleux exemple d'hypocrisie politique et morale.

Les deux grands partis politiques en vue s appliquèrent délibérément à éluder la question : les pionniers de l'Ouest étaient si fascinés à la vue de millions de démocrates au teint blanc menant une vie libre et prospère, en récompense du soin vertueux avec lequel ils conduisaient leurs affaires, que l'existence constitutionnelle cl l'esclavagedes nègres ne leurcausaient aucune gène, ni aucun souci. Ils auraiiMil ccmibaliu juscju'à la niori pour empêcher la désunion, mais ils estimaient que perdre un temps précieux à se casser la tète pour résoudre un prolilème politi(|ue embarrassant et en aj^parenctî insoluble, c'était la pire de» économies ils étaient trop optimistes et trop superficiels p<jur prévoir quelque trouble sérieux dans la J erre Promise améri<ainr. «-t ils s'étaifiu tellement habitués à une pensée poli-

L'ESCLAVAGE ET LA yATIOXALITÉ AMÉRICAINE.

tique inconsistante et irresponsable, qu'ils n'attachaient aucune importance à la turpitude morale et intellectuelle qu'impliquait l'existence de l'esclavage dans une nation démocratique. La responsabilité des Whigs en éludant la question était plus grave que celle des Démocrates. Leurs chefs étaient des hommes politiques instruits, les plus célèbres de leur génération. Ils devaient, pour se conformer à leurs déclarations électorales de parti, protéger l'intégrité de la vie nationale américaine et consolider son organisation. Mais les Whigs, presque autant que les Démocrates, refusèrent de prendre en considération sérieuse l'existence légale de l'esclavage. Ils éludèrent la question chaque fois qu'ils le purent et aussi longtemps que ce fut possible, et ils regardaient les hommes qui persistaient à la soulever comme des gens pervers, fauteurs de discordes et de troubles. A vrai dire, les deux partis ne faisaient que représenter l'attitude dominante envers l'esclavage de l'opinion publique américaine. Cette attitude était surtout caractérisée par une certaine lâcheté morale et intellectuelle. Pendant toute la période moyenne de l'histoire d'Amérique, l'importance croissante de la servitude des nègres fut le spectre qui hanta la maison de la démocratie américaine. Le loyal Américain de cette époque essaya d'exorciser le spectre au moyen de nombreux expédients aimables. Tantôt on s'efforçait de l'enfermer sous clef dans une armoire, tantôt on lui offrait de l'or pour le corrompre et l'adoucir, mais le plus souvent on se contentait de fermer les yeux et de prétendre qu'il n'était pas là. Cependant plus on usait avec lui de mansuétude, plus il persistait à s'imposer, jusqu'à ce que finalement on se trouva réduit à l'alternative de lui abandonner la maison ou d en prendre possession soi-même et de l'en chasser.

Des historiens étrangers, dans leurs commentaires sur l'histoire de notre pays, ont prétendu (juune politique sage et patriotique aurait pu donner à la question de l'esclavage une solution pacifique. Ceci peut être vrai ou ne pas l'être. Aucune

solution du problème n'aurait pu être à la fois définitive et pacifique, si elle ne préparait pas l'extinction complète de l'esclavage sans violer les droits constitutionnels des Etats du Sud. Il est presumable que l'on n'aurait jamais réussi par des arguments à persuader aux planteurs du Sud de consentir à l'abolition dune institution qu ils en étaient arrivés à considérer comme une méthode légitime et juste dans leurs relations avec une race inférieure. Personne ne saurait affirmer avec quelque assurance qu ils auraient pu être amenés, par des négociations et discussions loyales, courageuses et justes, à envisager la question sous un jour favorable ; mais ce que nous savons et pouvons affirmer, c'est que pendant les trois décades de 1820 à 1850, les chefs de la politique nationale ne firent aucune tentative pour traiter cette question d'une manière résolue, courageuse et sincère. Lorsque les circonstances les obligèrent malgré tout à s'en occuper, ils se contentèrent, ainsi que l'opinion publique, de compromis sans valeur. Il n'y aurait eu que demi mal à arranger des compromis convenant aux conditions immédiates de la situation, si l'on avait constamment maintenu au premier plan des discussions politiques la question importante d'abolir à la fin, d'une manière absolue, l'esclavage des noirs, sans porter atteinte à l'Union et la déchirer ; mais l'objet de ces compromis n'était pas de guérir le mal, mais simplement d'en adoucir les symptômes. On ne voulait pas admettre que l'esclavage tût une maladie, et il arriva que, grâce à cette politique de laisser-faire, à ces détours et faux-fuyants, les hommes modérés et sensés laissèrent les resj)onsal)ilités iKilionales aux Abolitionistes à outrance, ([ui présentèrent la question sous un faux jour, avec \xnv telle emphase qu'il devint graduellement impossible de pouvcjir pacifiquem<*nt conserver l'intégrité nationale américaine.

I.e problème de l'esclavage devait admirablement faire res sortir la confusion des idées et linconséfjuence qui faisaient le

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L'ESCLAVAGE ET LA i\ATIOy ALITÉ AMERICALXE.

fond du système américain de politique traditionnelle. Les assises de ce sj^stème reposaient, comme nous l'avons vu, sur l'alliance de la démocratie, telle qu'elle avait été formulée dans le credo politique jefFersonien, et du nationalisme américain, tel qu'il est personnifié dans l'union constitutionnelle. Les deux partis dominants dans la période moyenne de notre histoire croyaient tous deux à la nécessité de cette alliance. Mais l'esclavage des nègres, en devenant une question importante à discuter sans retard, tendit à rendre cette alliance précaire. L'organisation nationale, incorporée dans la Constitution, non seulement autorisait l'existence de l'esclavage, mais aussi son expansion indéfinie. La démocratie américaine, d'un autre côté, incorporée dans la Déclaration de l'Indépendance et dans l'esprit et la lettre du credo jefifersonien, était hostile, a certains points de vue, à l'institution de l'esclavage nègre. Fidélité à la Constitution signifiait dès lors infidélité à la Démocratie. Prendre un intérêt actif au triomphe de la Démocratie semblait impliquer la condamnation de la Constitution. Quelle devait être alors la conduite d'un bon Américain à la fois démocrate convaincu et loyal unioniste ?

On trouvera la réponse ordinaire à cette question, dans la conduite de l'opinion publique pendant la période moyenne. Elle se contenta de fermer les yeux devant cette contradiction, d'accuser quiconque insistait pour en démontrer le sens antipatriotique, et de s'accrocher aux deux cornes du dilemme. Des hommes de haute intelligence, qui aimaient sincèrement leur pays et croyaient à 1 idée démocratique, persistèrent dans cette attitude, dont le représentant le plus capable et le plus distingué était Daniel Webster. Il est généralement considéré comme le plus élo(|uent et le plus puissant interprète du nationalisme américain qui ait joué un rôle important pendant la période moyenne. Il est incontestable qu'aucun homme d'Ktat de sa génération n'approcha autant que lui de la i)ensée nationaliste.

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Il défendit l'Union contre les Nuilificateurs avec autant de décision d'une certaine manière que Jackson d'une autre façon. Jackson brandissait son épée, pendant que Webster apprenait à lopinion publique américaine à regarder l'Union comme le cœur et le couronnement du système politique de l'Amérique. On saurait à peine estimer trop haut les services qu'il a rendus en donnant à l'Union une place plus marquée dans l'imagination politique américaine. Si les autres chefs des Whigs s'étaient unis à lui pour refuser tout compromis avec les partisans de la politique de Nullification et pour affermir législativement le gouvernement fédéral comme l'expression d'une unité nationale indestructible, un précédent aurait pu s'établir qui aurait augmenté la difficulté d'une explosion sécessionniste ultérieure. Mais Henry Clay croyait à la vertu des compromis 'surtout quand son nom y était attaché), comme à la substance même d'une politique nationale américaine, et Webster était trop engagé comme candidat à la Présidence, pour voyager très loin sur un sentier solitaire. Il y avait d'ailleurs dans la position de Webster une faiblesse fondamentale, qui se révéla à mesure que la crise de l'esclavage devenait plus aiguë. Il ne manquait ni de hardiesse ni de résolution, quand il s'agissait de défendre l'interprétation nationaliste de la Constitution contre les Nuilificateurs (ju les Al)olitionnistes; mais lors((ue les propriétaires d'esclaves eux-mêmes devinrent agressifs tlans leur politiques et séy)aratistes décidés, le courage de ses convictions l'abandonna Si une institution indubitablement constitutionrn'llc. comiiw était celle de l'esclavage, iiouvait ser\ir dt? hadie pour attaquer le tronc de l'arbre constitutionnel, toute sa théorie du système américain était sapée par la base et ses discours no furent plus qu'un tissu d<î paroles hésitantes et équivoques. 11 était aussi effaré des (•on.'M'i|ucnces possibles il unt; discussion sincère et courageuse <i»* la (picsiion que les homnn's ilu Nord opuhuitH et prospères, n son intelligence l)rilkinle ne pui jeter

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