L'ESCLAVAGE ET LA NATIONALITÉ AMÉRICAINE
aucune lumière sur une question qui échappait à ses théories constitutionnelles, terrifiait sa volonté et obscurcissait l'éclat de ses visions patriotiques.
La formule patriotique, dont Webster était le plus habile et le plus éloquent interprète, était bel et bien mise en pièces par les griffes du problème de l'esclavage. La formule affirmait de manière victorieuse la relation inséparable entre la liberté individuelle et la conser\-ation de l'L^nion fédérale, mais il était évident qu'elle ne pouvait avoir aucune valeur aux yeux d'un Sudiste.
Les libertés que les hommes chérissent le plus sont celles qui leur sont garanties par la loi, — et, parmi elles, l'une des plus importantes au point de vue sudiste était le droit de posséder des esclaves nègres. Dès qu'il devint apparent que la perpétuation de l'Union menaçait ce droit, on ne devait pas s'attendre à ce que les sudistes fussent apaisés et désarmés par une proclamation enflammée sur l'impossiblité de séparer la liberté en général d'une indestructible union. Au point de vue de leurs droits les plus chers, ils pouvaient soulever un argument très solide en faveur de la désunion, et ils avaient pour eux l'esprit de la Constitution tout autant que leurs adversaires. Cet acte avait été dressé non seulement dans le dessein de donner une forme légale à l'Union des républiques américaines et du peuple américain, mais aussi de garantir certains droits et libertés spécifiés. Si, d'un côté, l'esclavage des noirs sapait l'unité morale et par suite l'intégrité politique du peuple américain, et si, d'un autre côté, le Sud s'entêtait à réclamer son droit légal de propriété sur les nègres, la difficulté était trop grande pour être tranchée par des moyens constitutionnels pacifiqu(;s. L'édifice légal de la nationalité américaine devenait une maison divisée contre elle-même, et il fallait se résoudre à sacrifier le principe national à la Constitution, ou bi(>ii la Constitution au principe national.
La signification de cette controverse ne devient claire qu'en modifiant la formule de Webster au sujet du caractère inséparable de la liberté et de l'union et en lui substituant l'inséparabilité de la nationalité américaine et de la démocratie américaine. L'Union, pour les Américains du Nord, avait fini avec le temps par signifier quelque chose de plus que la simple fidélité à la Constitution. Elle signifiait dévouement à une idée nationale commune, l'idée de la démocratie : et tandis que les plus sages d'entre eux se refusaient à détruire la Constitution au bénéfice de la démocratie, ils insistaient pour que la Constitution fût officiellement flétrie, comme étant sous ce rapport l'expression imparfaite de l'idée nationale. La démocratie américaine et la nationalité américaine sont inséparablement liées, précisément parce que l'idée de démocratie a un sens bien plus vaste que celui de liberté ou de libertés, naturelles ou légales, et que l'idée de nationalité dépasse celle d'une association légale indestructible. La formule de Webster conseillait d'esquiver le problème de l'esclavage. A son point de vue, il était simplement insoluble.
La question de l'esclavage, quand il ne fut plus possible de l'éviter, partagea le peuple américain en cinq différents partis ou factions politiques : les Abolitionnistes, les Démocrates du Sud, les Démocrates du Nord, les Unionistes Constitutionnels et les Républicains. Chacune de ces factions choisit l'une des diverses méthodes alternatives, de solution ou d'évasion, auxquelles le problème de l'esclavage des noirs pouvait être réduit; chacune d'elles mérite un examen spécial
Des cinq alternatives la moins solide était celle des Unionistes Constitutionnels. Ses partisans, composés en grande partie des anciens Whigs, ])leins de bonnes intentions, persistèrent a affirmer (juo la Constitution était seule capable de résoudre tout problème politique ayant ])ris naissance sous sa protection. Cette assertion, en présence du lait que l'Union avait été