L'ESCLAVAGE ET LA NATIONALITE AMÉRICAINE
déchirée au moyen d'une controverse constitutionnelle, était devenue une pure absurdité. Jusqu'en 1850. la position d'Unionistes Constitutionnels tels que Webster et Clay pouvait se défendre d'une manière plausible ; mais après l'échec de ce compromis final, il était évident qu'un homme, pourvu de quelque sérieux intellectuel, devait chercher à soutenir son interprétation spéciale de la constitution au moyen d'une interprétation spéciale de l'idée nationale. L'esclavage était constitutionnel, personne ne pouvait le nier, pas plus qu'on ne pouvait nier que l'agitation anti -esclavagiste fût, elle aussi, constitutionnelle. La question réelle à laquelle la controverse avait été réduite était celle-ci : l'esclavage est-il compatible avec le principe qui constitue la base de l'intégrité nationale américaine — le principe de la démocratie ?
Chacune des quatre autres factions répondait à cette question d'une manière différente, et chacune de ces réponses manifestait l'un des aspects divers sous lesquels se présentait le système des idées traditionnelles américaines. Les Abolitionnistes estimaient qu'un État démocratique, qui semblerait ignorer les droits naturels proclamés par la Déclaration d'Indépendance, n'était qu'une organisation d'hypocrisie politique — digne seulement de la destruction. Les Sudistes croyaient que la Démocratie signifiait par-dessus tout le maintien des droits que la Constitution reconnaissait à la propriété de toute nature, ainsi que la liberté de diriger leurs affaires locales sans entraves ni intervention quelconque. Les Démocrates du Nord réclamaient aussi énergiquementque les Sudistes le droit de gouvernement local autonome et s'efforçaient de l'ériger en principe constituant de la démocratie ; mais ils restaient fidèles à l'Union et se refusaient à admettre que l'esclavage pût être nationalisé, ou que la Sécession pût se justifier légalement. Enfin les Républicains croyaient coin me les Abolitionnistes que l'esclavage était nn mal. tout en estimant avec les Démocrates du Xord que
l'Union devait être maintenue. Ils tentèrent donc de dénationaliser l'esclavage comme anti-démocratique, et en même temps d'affirmer l'indestructibilité de l'Union. Leurs efforts en définitive ne furent pas infructueux.
Il n'y eut jamais certainement un exemple plus affligeant de confusion desprit au sujet d une « noble théorie nationale ». Le système d'idées traditionnelles démocratiques provoqua une activité fanatique de la part des Abolitionnistes, se posant en défenseurs des « droits naturels », un fanatisme de même nature de la part des Sudistes, défenseurs des droits légaux, et une indifférence morale léthargique delà part du Démocrate du Nord au bénéfice de ses intérêts locaux. La conduite de ces trois factions fut inspirée par le culte de ce qu'on appelait Liberté. Ce mot était employé par Calhoun et Davis avec autant de confiance et de faconde que par Garrison. Webster et Douglas. Le Démocrate de l'Ouest et en vérité l'Américain de condition et d'intelligence moyennes interprétaient la liberté démocratique comme étant surtout une liberté de l'individu, exempte de distinctions légales subtiles et d'intervention de l'État dans l'exercice de son commerce de quelque nature qu'il fût L'Abolitionniste était plus exclusivement préoccupé de la liberté que la Constitution refusait au nègre. Les Sudistes ne pensaient qu'aux droits constitutionnels que les Abolitionnistes voulaient abf)lir et les Réj)ublicains simplement restreindre, ("hacun des partis en présence avail (]uelque excuse à s'appuyer exclusivement sur 1rs droits légaux ou naturels, (jui 1 intéressaient le plus, parce fjue le système d'idées traditionnelles américaines ne fournissait aucun principe positif d'après lequel les liy)ertés en < onfiil pussent être classées (»t appréciées. Il est dans la nature des libertés et des droits, ronsidérés comme abstractions, de se révolter et de se trouver en lutte les uns aver le» autres, (ît peut-être aussi avec le bien public. Si le but princip.il <I un système politiijue «l<'Mnorrati<|ue n'est (jue la ron-
L'ESCLAVAGE ET LA SATIOyALITÉ AMÉRICAL\E.
servation de droits semblables, la démocratie devient une invitation aux ambitions locales, factieuses et individuelles et à leurs desseins. D'un autre côté, si ces droits constitutionnels et naturels sont considérés comme un mécanisme temporaire, philosophique ou légal, au moyen duquel une société démocratique doit atteindre à une plus haute perfection morale et sociale, et si cette organisation nationale est simplement considérée comme méthode effective pour maintenir le mécanisme légal et moral conformément à un but démocratique plus élevé, alors aucun individu, aucune faction ou section ne pourrait réclamer le privilège et avantage d'une auréole démocratique pour des projets et ambitions de nature à porter le trouble dans les esprits. Au lieu de subordonner ces droits et libertés en conflit à l'idée nationale et d'ériger l'organisation nationale en instrument effectif, l'idée et l'organisation nationales furent subordonnées à des idées et à des intérêts locaux et de parti. Nul ne put ou ne voulut reconnaître la relation constructive entre le dessein démocratique et le progrès de l'organisation sociale et du développement national. Les hommes qui voulaient déchirer le corps social afin de protéger leur droit de propriété sur les nègres esclaves pouvaient soutenir la prétention d'être d'aussi bons démocrates que ceux qui voulaient le déchirer pour donner la liberté aux nègres. Si lune des deux factions hostiles avait fait prévaloir ses vues, le même résultat désastreux se serait produit. L'intégrité nationale américaine aurait été détruite, et l'esclavage sur le sol américain aurait été perpétué sous une forme nécessairement contraire à la démocratie.
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