L'ESCLAVAGE COMME LXSTITUTION DEMOCRATIQUE
jouissait sous le régime de la Constitution. Ils proposèrent une conception de la démocratie américaine, qui déifiait la Constitution dans son interprétation la plus rigide, déclarait le Sénat incompétent dans les affaires où il s'agissait de droits dont on jouissait sous la Constitution, transformait toute protestation contre de tels droits en un acte de trahison nationale, et finalement faisait de la sécession une sorte d'action constitutionnelle plus haute. On façonna avec habileté, on présenta avec force arguments, la théorie de Calhoun sur l'interprétation de la Constitution. Dun point de vue exclusivement légal, elle était plausible, sinon convaincante, mais elle avait contre elle quelque chose de plus profond que les contre-théories de la loi constitutionnelle. Elle était opposée aux vues nationales de plus en plus évidentes d une grande majorité du peuple américain, qui ne voulait pas admettre la conception d'un système de politique exclusivement destiné à donner une protection légale aux propriétaires de nègres, et aboutissant comme résultat final à la nationalisation de l'esclavage. On insistait sur la nécessité d'une conception de la Constitution, qui fît de l'organisation nationale l'expression d'une idée démocratique plus large et plus noble que celle de droits légaux existants. En agissant ainsi, les Américains du nord représentaient évidemment, non seulement l'idée politique pure et vraie, mais aussi une belle proportion de la tradition américaine existante. Les Sudistes avaient poussé le culte traditionnel des droits constitutionnels à un point <^ui subordonnait le système légal américain tout entier aux besoins d'une seule institution particulière et incongrue ; une telle innovation devait fatalement devenir révolutionnaire. Mais lorsque le Nord proposa de réaliser son interprétation nationaliste de la Constitution et d'empêcher par la force la sécession du Sud, alors le Sud put, pour justifier sa résistance, [)rétendre obéir à la tradition américaine dans une plus large mesure que It* Nord \nn\r justifier son droit de coercition.
LES PROMESSES DE LA VIE AMERICAiyE.
Insister pour que les États du Suti ne pussent se séparer de l'Union c'était assurément une tentative de violence pour gouverner une société entière sans son consentement. Le fait que les Sudistes plutôt que les Nordistes furent, politiquement parlant, les violateurs de la loi, n'empêcha pas ceux-là d'aller au combat avec la conviction profonde qu'ils se battaient pour une cause essentiellement démocratique.
Les théories agressives et la politique des Sudistes firent comprendre aux adversaires modérés de l'esclavage que les bénéficiaires de cette institution finiraient, si on ne les tenait pas en échec, par nationaliser l'esclavage en s'appropriant à cet effet le domaine national. Un courant d'opinion se forma peu à peu dont le but était de dénationaliser simplement l'esclavage en restreignant son expansion. Ce corps d'opinion publique finit par s'organiser et se fondre dans le parti Républicain. Il a certains droits à être considéré comme le premier parti national véritable qui ait paru dans le monde politique de l'Amérique. Cette qualité de national lui a été refusée parce qu'il n'était, comparé aux anciens partis Whig et Démocrate, qu'une organisation de section ; mais un parti devient national, non pas d'après l'étendue géométrique de la ligne qui le supporte, mais d'après 1 importance nationale de son idée et de sa politique. Le parti républicain n'était pas entièrement national, parce qu'il devait en partie son origine à un sentiment aigri de section, mais il proclamait une idée nati<inale et une politique nationale. 11 insistait sur la Hîsponsabilité du gouvernement national relativement il l'institution <lc l'esclavage et sur le maintien né(M*ssaire de l'Union; mais avant que le Képublicanisnu" i)ùt être reconnu comme parti national menu* dans le Nord, il lui tallut roml)attre et vaincre une autr»- i)roposition concernant le traitement du problème de l'esclavagf", fondée sur une conception iin[iarl;iile (le la démocratie. Dans ce cas, d'ailleur.s. la conception imparfaite cle la démocratie «'•lait plu.s cnnfornir à la tradition auK'ri-