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LA SITUATION CONTEMPORAINE ET SES PROBLÈMES

Il est important de reconnaître que l'agitation anti-esclavagiste, la sécession du Sud et la guerre civile ne furent, après tout, qu'un épisode dans le cours des événements qui marquèrent le développement de la nationalité américaine. Cet épisode eut un caractère de gravité sérieuse. De même qu'une maladie aiguë s'attaquant à un homme vigoureux, il faillit tuer le patient, et la crise révéla certaines faiblesses de notre organisme politique, en l'absence desquelles la maladie ne serait jamais arrivée à ce degré d'intensité. Cependant elle sembla épargner et laisser intactes les racines de notre vitalité nationale. Quand la crise fut passée, le paj's reprit avec une promptitude étonnante la marche intorrf)mpue de son expansion éco nomicjue. Les germes de contagion que les Pères de la République avaient laissés s'introduire dans la Constitution nationale, et qui y avaient trouvé un terrain favorable à leur dévelo])p«'ment, en raison du manque de saine cohésion du corps politique, — ces végétations étrangères en avaient été extirpées au moyen d'une énergique opération chirurgicale, et le patient robuste avait k jn'u i)rès recouvré sa santé normale.

Se jugeant même plus robuste qu'avant la crise, il fut plus ardent que jamais à convertir en or le désir satisfait et sa bonne santé retrouvée. Le fantôme de l'esclavage avait été banni de notre banquet national. Délivré de cette terreur, le peuple américain commença à manifester d'une manière plus agressive que jamais son aptitude à préparer et à absorber un festin copieux. Ce n'étaient plus des enfants s'efForçant de saisir les premiers fruits des solitudes à moitié cultivées. C'étaient des adultes, commençant à faire des projets pour la satisfaction d'un appétit aiguisé par le renoncement et rendu conscient par la maturité.

Lorsque la guerre fut terminée, le Nord neut pas beaucoup le temps de réfléchir sérieusement à sa signification et à ses conséquences. Les chefs républicains ne pensaient qu'aux moyens de traverser la crise ; mais une fois que la rébellion fut écrasée et que le Sud fut en partie dénationalisé au nom de la reconstruction, le besoin et le désir d'agir l'emportèrent sur les méditations théoriques. L'agitation anti-esclavagiste et la guerre avaient interrompu la marche de ce qui, au point de vue général, était dénommé le développement économique du pays, mais qui, à un point de vue individuel plus restreint, signifiait faire fortune et gagner de l'argent. Pendant de nombreuses années, le fantôme de l'esclavage avait empêché les Américains de tirer complètement parti de leurs libertés et des circonstances favorables qui se présentaient ; mais maintenant que le spectre était exorcisé, ils écartèrent avec joie toute préoccupation politique inquiétante. On abandonnerait le souci de la politique aux politiciens. Il était temps de se remettre aux affaires. Dans le plus heureux des pays du monde, sous le meilleur des gouvernements, que l'on avait réussi à maintenir au prix de si effroyables sacrifices, le Ijon citoyen américain avait bien le droit de donner sans réserve son attention à la grand*" tâche (\r façonner et ('-(juiper le continent yîour le rendre

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