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LA SITUATION CONTEMPORAISE ET SES PROBLÈMES

gnifiant et était mal rétribué. L'industrie réclamait la maind'œuvre experte avec toutes ses garanties techniques. Pour l'exploitation des chemins de fer et des fabriques, tant au point de vue financier qu'à celui du travail, on ne pouvait se passer de l'aide d'employés bien rétribués et compétents, capables de s'acquitter d'une ou deux fonctions d'une manière remarquable, sans prétendre à plus. Ces hommes devaient avoir et conserver une grande souplesse d'esprit et une facilité d'adaptation indispensables, en raison delà promptitude des progrès de l'industrie et du commerce américains. Leur matériel d'exploitation n'avait pas, et c'était avec intention, le même caractère de stabilité que celui qui, en Europe, était considéré comme économique. Mais tout en s'efiforçant d'éviter la routine et la raideur commerciales, ils appartenaient toujours essentiellement à une classe de gens experts. Ils devaient, à ce titre, compter non pas sur la simple énergie, l'enthousiasme aveugle et la bonne volonté, mais sur une instruction soignée et un dévouement absolu à une tâche spéciale. Il fallait en même temps prendre les mesures nécessaires pour coordonner les résultats de ce travail hautement spécialisé. Une organisation plus complète accompagna nécessairement la spécialisation. L'homme habile devint un rouage d'une grande machine industrielle. Son individualité tendit à disparaître dans son travail. Ses intérêts devinrent ceux d'un groupe. Nos nécessités économiques impérieuses commencèrent à classer les individus composant la société américaine, de la même manière, sinon au même degré, qu'ils avaient été classés en Europe.

C'était un résultat qui n'était jamais entré dans les calculs d'un pionnier démocrate. 11 n'avait aucun goût pour la spécialisation, parce qu'il pensait qu'elle diminuait et appauvrissait l'individu; il se méfiait des formes permanentes et officielles d'organi.sation, parce que, pensail-il, elles entravaient la liberté de l'individu. Toute sa conception politique, sociale et écono-

mique embrassait une société de démocrates énergiques, optimistes et prospères, unis en grande partie par les mêmes intérêts, les mêmes occupations et le même point de vue. Chacun de ces démocrates devait être essentiellement un homme tout rond. Sa conception d'un homme tout rond était quelque peu limitée ; mais cela voulait du moins dire une personne de sentiment expansif, encore qu'assez entendue en affaires pour poursuivre ses intérêts, et comprenant assez la politique pour s'opposer à tout empiétement ou violation de ses droits. Il ne douta pas un instant que cette heureuse combinaison d'homme d'affaires, de politicien et de brave homme ne constituât un idéal excellent d'individualité démocratique, et qu'il ne fût suffisamment réalisé, en moyenne, par l'Américain de l'Ouest à l'époque de Jackson. Il était é-galement persuadé qu'il continuerait à être le type de virilité admirable et que les bons démocrates qui représenteraient ce type continueraient à mériter et à obtenir des récompenses substantielles et pécuniaires à peu près égales. Pendant longtemps d'ailleurs cette manière de voir demeura suffisamment justifiée. L'Américain démocrate typique décrit par Tocqueville correspondait très bien au rêve du pionnier, et il ne disparut pas au cours de la génération suivante. Pendant bien des années, des millions d'Américains, ressemblant beaucoup à ce même type, furent récompensés de leur vertu démocratique, sensiblement île la même manière. Naturellement, il y en avait de pauvres et il y en avait de riches ; mais il n'y avait pas une classe de très riches, et la pauvreté des autres pouvait généralement être attribuée à leur propre faute L'occasion frappait à la porte de chaque individu, et l'homme pauvre d'aujourd'hui devenait l'heureux propriétaire d(î demain. ]*endant loiigtj'injjs les condilions sociales et économiques des Américains ne furent pas simplement fluides, mais consistantes et homogènes, et le rêve du pionnier s'accomplit. Cette condition élail néanmoins Iraiisi-

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